Archives par mot-clé : justice

La corrosion de l’utile

Le Regard Libre N° 40 – Giovanni F. Ryffel

Depuis que l’on vit dans la société du spectacle, nous assistons à une telle banalisation de la pensée que le langage, censé la véhiculer, s’en trouve lui-même galvaudé. Les mots sont utilisés à tort et à travers pour signifier des concepts toujours plus vagues, mais qui vendent bien. Le concept d’utilité, ainsi que les notions qui lui sont attenantes, subissent le même sort, d’autant plus qu’elles sont le fer de lance d’une propagande de la consommation à laquelle les industries ne peuvent guère renoncer. Peut-être pourrions-nous tenter d’y voir plus clair.

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Falciani, l’heure de vérité ?

Les lundis de l’actualité – Nicolas Jutzet

Hervé Falciani, ex-informaticien de la banque HSBC, que vous connaissez sûrement en lien avec l’affaire des « Swissleaks », refait des siennes. Cette semaine, vous avez pu lire qu’il avait été arrêté à Madrid à la demande de la Suisse. Cette dernière confirmera par la suite qu’elle sollicite son extradition. Peu après, la justice espagnole décidera de sa remise en liberté, sous contrôle judiciaire. Il s’en sort avec un passeport en moins et une interdiction de quitter le territoire.

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« Five Fingers for Marseilles »

Festival International de Films de Fribourg – Loris S. Musumeci

« Il faut s’armer ; il faut qu’ils nous craignent. »

Marseilles, un village d’Afrique du Sud, où « cinq enfants luttaient pour la liberté ». Des policiers blancs semaient la terreur. L’un des cinq, Tau, apprit à tuer ; par besoin de vengeance, par soif de justice. Il finit en prison. Vingt plus tard, il en sort et revient au village. La situation ne s’y est guère améliorée. Les citoyens vivent dans la souffrance permanente de savoir leur petite Marseilles étouffée de corruption.

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« Jusqu’à la garde », un thriller réaliste

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Les lumières éclairent gentiment la salle, le générique de fin défile à l’écran et les sièges sont lourdement silencieux. Certains spectateurs ont de la peine à décrocher leurs yeux de l’écran, car le film qu’ils viennent de voir les a laissés sans voix. Voilà la réaction que peut susciter le long-métrage Jusqu’à la garde réalisé par Xavier Legrand. Ce film nous parle de la complexité des relations familiales, parfois malsaines, et surtout de la difficile épreuve du divorce. Continuer la lecture de « Jusqu’à la garde », un thriller réaliste

#BalanceTonPorc, à chacun sa blessure

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Le harcèlement sexuel est au cœur de l’actualité. Tout le monde en parle, le dénonçant plus ou moins à l’unisson. Les divergences interviennent quant à la nouvelle série de tweet #BalanceTonPorc, enclenchée par les divulgations officielles de l’affaire Weinstein. Tantôt gagne-t-elle en ovations et encouragements, tantôt ne recueille-t-elle que blâmes et méfiance. En tout cas, un phénomène de société est au tournant. Que révèle-t-il ?

La question mérite un intérêt profond. Celle-ci n’est en effectivement pas créée de toutes pièces au service d’une idéologie, pour apporter des réponses qui seraient tout aussi orientées. Le harcèlement ou l’agression sexuelle, et bien entendu le viol, sont réellement présents, chacun à son degré de gravité. Si #BalanceTonPorc en ravive la mémoire, les rapports désordonnés entre les hommes et les femmes sont visibles. Sifflements aux abords des terrasses, regards pénétrants et sans pudeur, frottements insalubres et insistants en bus comme en discothèque. La liste pourrait durer.

Le risque hygiéniste

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Point final pour Fabrice A. ?

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

L’affaire « Fabrice A. » n’a pas fini de donner les frissons. Le psychopathe en question avait égorgé sa sociothérapeute, Adeline, le 12 septembre 2013. Après un premier jugement annulé en janvier dernier pour « un évident parti pris contre le prévenu », selon les dires de la défense, le second procès s’est tenu la semaine dernière.

La situation est toujours aussi délicate et révoltante. Alors que les experts psychiatres ont témoigné d’une possibilité de changement sur le long terme pour Fabrice A., la partie plaignante continue de traîner sa souffrance, son insatiété. Soif de justice oblige. Le verdict est attendu pour mercredi.

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« Le Procès du siècle » et l’exigence de vérité

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 5 juin 2017, 20h30 – 21h00

« La voix de la souffrance sera entendue. »

Le professeur Deborah Lipstadt (Rachel Weisz) enseigne l’histoire et la littérature juives à l’Université Emory d’Atlanta. La mémoire de l’Holocauste n’est, pour elle, pas seulement une tâche de son métier. C’est un devoir moral. Une vérité à reconnaître comme telle. L’historien anglais à succès, David Irving (Timothy Spall), n’a pas choisi la même direction. Il préfère « remettre en cause les affirmations de la bien-pensance », selon ses dires. Cette témérité le mène progressivement jusqu’au négationnisme pur et dur. Il est prêt à tout pour proclamer sa construction idéologique au sein des plus hautes sphères intellectuelles. Résultat : il colle un procès à sa rivale sémite, qui a impunément critiqué ses ouvrages. Sans concession.

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Vieille France

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Un sentiment étrange me reste après la lecture de Bienvenue place Beauvau, celui d’une France qui se meurt. Comme si elle arrivait au bout, essoufflée, et qu’un nouveau départ était nécessaire. Une feuille blanche, pour retrouver ne serait-ce qu’un semblant de virginité, ô combien mise à mal par les actuels « amoureux de la République ». L’essai des journalistes d’investigation français Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé dresse un compte-rendu mortifiant de la déliquescence d’un organe pourtant central dans un Etat de droit qui se veut respectable. La machine policière française est une véritable usine à gaz qui laisse la part belle à la connivence, au copinage et, ce qui semble en être la suite logique, à la médiocrité.

Nombreux sont les exemples listés dans ce témoignage désabusé de la situation exécrable que vit la France. La surveillance est monnaie courante, que ce soit pour un rival politique ou un criminel supposé, les procédures sont faciles. Le soupçon est généralisé. Mais plus inquiétant encore, certaines affaires sortent carrément de la légalité et restent impunies. Ce qui, vous l’admettrez, est une réalité passablement difficile à assumer pour ceux qui devraient justement faire régner l’ordre.

Les luttes d’influence pour une once de pouvoir supplémentaire gangrènent l’entier de la construction qui ne cesse de trembler sur des fondations instables. Sans cesse remise en question, réformée sans réflexion sur le long terme, la machine policière est à l’agonie. On place ses amis aux postes délicats, pour s’assurer de leur fidélité le moment venu. On se court-circuite, on intrigue, on fait échouer l’autre, on détruit ce que notre prédécesseur a mis en place, oubliant sans cesse que c’est pour la France, un idéal, que l’on s’est engagé. Et les mêmes, Valls en particulier, qui ne jurent que par la « République » face à la caméra, s’avèrent être de pitoyables fossoyeurs en coulisses. Continuer la lecture de Vieille France

Fabrice A., un malaise en justice

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

« Les juges ont donné toutes les apparences d’un évident parti pris contre le prévenu. »

Après plus de trois ans du meurtre de la sociothérapeute Adeline M., l’affaire Fabrice A. n’est pas encore réglée en justice. Aucune résolution ne semble pouvoir advenir ; au contraire, c’est la confusion qui devient maîtresse alors même que les faits sont parfaitement clairs. Fabrice A., interné à l’asile psychiatrique La Pâquerette, avait égorgé sa curatrice Adeline M., lors d’une sortie.

Le Regard Libre s’était déjà penché sur cette affaire l’an dernier. Le procès s’était tenu du 3 au 7 octobre 2016. Il avait fait grand bruit, certes, par l’importance de la cause, mais également par le comportement du meurtrier, qui s’était montré, à dire peu, totalement impassible. Chacun livrait son interprétation face à un tel spectacle d’indifférence. D’aucuns se braquaient sur la fine malice de Fabrice A., d’autres l’innocentaient, comprenant l’atrocité de son geste par les effets pathologiques. Continuer la lecture de Fabrice A., un malaise en justice

Une heure avec Marc Bonnant

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Loris S. Musumeci

Marc Bonnant n’est pas seulement un personnage très cultivé et admiré de toutes parts pour sa sublime éloquence, il est aussi un véritable Maître. Avocat depuis 1971, il défend des personnalités d’envergure au niveau international, telle Sa Majesté l’Impératrice Farah d’Iran. De Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Genève à président du Concours d’art oratoire, ses mandats restent très nombreux. Ces derniers voyagent même dans le temps : l’homme de droit s’est amusé notamment à plaider pour Baudelaire dans le procès des Fleurs du mal. Il a par ailleurs reçu différentes récompenses grâce à sa passion du beau verbe : la nomination d’Officier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, le Prix du rayonnement français et la consécration de Meilleur orateur francophone vivant. Marc Bonnant, amoureux de la vie et de la langue, nous offre un entretien profond et touchant.

Loris S. Musumeci : Le français a-t-il une culture qui lui est propre ?

Marc Bonnant : On a soutenu que l’Etat est une langue, et que l’Etat est sa langue. Avant d’en venir au français, on peut considérer que la langue est constitutive d’une communauté, et donc d’une nation. On peut dire d’une nation qu’elle étaie des frontières et une langue, donc une culture, et par là une tradition ainsi qu’une verticalité. Je parle de culture et de langue, parce qu’elles sont consubstantielles. On conçoit dans une langue, on pense dans une langue. Ainsi, les lecteurs que nous sommes devraient pouvoir, s’ils voulaient vraiment lire, lire dans la langue originale. La pensée est l’expression d’une culture, la langue en est l’instrument, mais en est aussi la créatrice. Continuer la lecture de Une heure avec Marc Bonnant