Archives par mot-clé : lumières

« Coco », une touchante ode à la famille

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire de ce garçon ? »

Miguel Rivera est un enfant de la petite ville mexicaine Santa Cecilia. Il en porte en lui un fort sentiment familial. A l’approche de l’incontournable Dia de los Muertos – la Fête des Morts – tout a été préparé pour réserver aux ancêtres Rivera un bon retour annuel, par des offrandes et l’exposition de la photographie de chacun de ses membres défunts sur l’autel de la maison.

Seule une figure ne trône pas en effigie : celle du père de Mama Coco, l’arrière-arrière-grand-mère et confidente de Miguel. Le mystérieux personnage aurait abandonné sa famille pour suivre son destin : la musique. Considéré comme maudit, la musique elle-même a été complètement bannie et haïe par la famille. Et pourtant, le jeune garçon ne rêve que de devenir musicien. Secrètement.

Continuer la lecture de « Coco », une touchante ode à la famille

« Moonlight », une poésie d’images

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Sous la lumière de la lune, les garçons noirs sont bleus. »

Miami. Quartier chaud, quartier noir. Chiron, le gringalet nommé Little, court de toutes ses jambes, de toute sa force. Il doit échapper aux autres enfants qui veulent le fracasser. C’est la même rengaine au quotidien. Juan (Mahershala Ali), le « dealer » respecté du coin, aborde le gamin en douceur. Epris de compassion et cherchant à l’aider, il veut simplement connaître son prénom et le reconduire chez lui. Le petit, sans doute surpris et de nature tacite, ne réagit pas.

« Tu parles pas mais tu bouffes », remarque, souriant, Juan, alors qu’il a emmené le petit chez lui pour manger un morceau. C’est sa femme, Teresa (Janelle Monae), douce et maternelle, qui réussit à donner confiance à Chiron. Le couple comprend vite sa situation délicate : pas de père, mère fragile. Elle se drogue et se prostitue. Son fils ne veut simplement plus rentrer à la maison.

C’est ainsi que, progressivement, le jeune garçon se trouve des parents adoptifs, sans abandonner totalement sa mère, qui l’exige chez elle, parfois violemment. La vie de Chiron, si elle trouve un soutien, ne devient pas moins dure. Adolescent, il demeure le souffre-douleur à l’école. Il est différent ; trop fin et timide. On le traite de « tapette » et on continue de le tabasser après les cours ; le quartier miséreux n’arrange pas la donne. Homosexuel, il l’est vraiment. Sans l’avoir choisi. Tel est le tourment dans une société qui ne comprend pas, qui n’accepte pas.

Malgré la légitimité plus ou moins crédible des Oscars – du meilleur film, meilleur scénario adapté et meilleur second rôle pour Mahershala Ali – la nouvelle réalisation de l’Afro-américain Barry Jenkins inquiétait. Lourde et superficielle eût pu apparaître l’œuvre porteuse de la grande prophétie. Homosexualité et négritude sont d’habitude défendues avec tant de maladresse et furieuse ignorance. Les dites minorités émeuvent et provoquent incessamment le pire : une marginalisation indésirable. Qui plus est toujours médiocre en sa forme. Moonlight a assumé le défi. Et l’a relevé avec grâce. Poésie d’images s’imposant. Continuer la lecture de « Moonlight », une poésie d’images

La tolérance, ce n’est pas tout accepter

Le Regard Libre N° 18 – Jonas Follonier

Dans la philosophie politique, une question mérite qu’on y porte toute notre attention, vu les situations inédites auxquelles sont confrontées nos sociétés occidentales actuelles. Un grand changement est survenu ces dernières décennies. Il ne s’agit pas de la technologie, vieille comme le monde, ni des bouleversements écologiques, eux aussi vieux comme le monde. Non, je veux parler du politiquement correct – et ne vous dites pas à ce stade que vous avez affaire aux propos d’un extrémiste de droite un peu simplet ; les lignes que vous lisez émanent d’un libéral.

Le politiquement correct est apparu à la suite de la Seconde Guerre mondiale. L’intelligentsia européenne, qui voulait se racheter du passé colonial, esclavagiste, impérialiste et raciste de l’Europe et qui ne pouvait plus trouver refuge dans le marxisme car il avait également montré son horrible visage, se tourna vers une idéologie qui était alors l’invention de quelques penseurs mais qui désormais fait presque l’unanimité : celle consistant à dire qu’il faut respecter toutes les croyances et tous les modes de vie. L’axiome sous-jacent est que toutes les civilisations sont égales. Continuer la lecture de La tolérance, ce n’est pas tout accepter