Archives par mot-clé : réalisme

«Sweet Country», un western atypique

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Le film s’ouvre sur de l’eau qui bout. De l’eau qui paraît noire, en raison de la couleur de la casserole. Couleur centrale dans Sweet Country, puisqu’il n’y aura pas d’Indiens ni de grand ouest américain : le western se déroule dans l’Australie des années 1920 et met en scène les tensions raciales de cette époque, entre aborigènes et blancs. Le vocabulaire est rude : « bétail noir », « sale négro », le film ne tarde pas à faire entendre les qualificatifs, rappelant en quelques aspects le dernier Tarantino. Le noir, c’est aussi l’obscurité d’une chambre où se passe un viol.

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« Candelaria », une fresque délabrée d’un couple au crépuscule

Les mercredis du cinéma – Virginia Eufemi

La Havane, Cuba, 1994. L’île subit l’embargo économique américain. Des voix d’opposition retentissent à la radio, les gens envahissent les rues pour protester contre la crise, mais le vieux couple que nous suivons semble passer à côté de ces événements, trop occupé à assouvir ses propres besoins primaires – un repas chaud, de l’eau courante, de l’électricité. Candelaria, proche des quatre-vingts ans, travaille encore – les conditions économiques l’obligent –, malgré son âge avancé, comme femme de chambre dans un établissement touristique. Le soir, dans un local, elle chante des airs typiques accompagnée d’un petit orchestre.

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« Black level » et la solitude moderne

Festival International de Films de Fribourg – Jonas Follonier

Un Ukrainien se retrouve en pleine crise de la cinquantaine : il se fait quitter par sa petite-amie et son père devient paralysé suite à une attaque. L’homme en question est photographe ; le film s’ouvre d’ailleurs sur une séance de clichés avec des femmes en robes de mariées, une scène tournée en plan fixe. Les symptômes d’une société malade sont d’ores et déjà présents à l’écran, avec chacun des personnages se prenant en « selfie ». Le film sera muet, comme pour dénoncer le manque de contact humain qui règne actuellement dans la société.
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Vladimir Poutine : autoritariste de l’Ancien Monde ou stratège hors pair ?

Les lundis de l’actualité – Diego Taboada

Accusé par la plupart des pays occidentaux d’importants bouleversements géopolitiques contemporains (Ukraine, Syrie), le président russe a rendu à la Russie le statut de puissance mondiale. Retour sur la stratégie et les événements clés qui ont mené à la situation actuelle.

Tout commence à la chute de l’Union soviétique. C’est « la fin de l’histoire », l’avènement d’un nouvel ordre mondial incarné par les Etats-Unis et leurs alliés. Le modèle libéral occidental s’impose. L’opposition bipolaire cède sa place à un idéal de promotion de la paix et de la démocratie, et d’une interdépendance économique entre les Etats. Ce projet se caractérise par l’expansion de l’OTAN et de l’Union européenne vers l’est, et la cooptation de pays comme la Hongrie, la Pologne ou les pays baltes, historiquement proches de l’URSS. Continuer la lecture de Vladimir Poutine : autoritariste de l’Ancien Monde ou stratège hors pair ?

« Jusqu’à la garde », un thriller réaliste

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Les lumières éclairent gentiment la salle, le générique de fin défile à l’écran et les sièges sont lourdement silencieux. Certains spectateurs ont de la peine à décrocher leurs yeux de l’écran, car le film qu’ils viennent de voir les a laissés sans voix. Voilà la réaction que peut susciter le long-métrage Jusqu’à la garde réalisé par Xavier Legrand. Ce film nous parle de la complexité des relations familiales, parfois malsaines, et surtout de la difficile épreuve du divorce. Continuer la lecture de « Jusqu’à la garde », un thriller réaliste

« The Greatest Showman »

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

Réaliser son rêve. Tel est l’objectif de Phinéas Taylor Barnum, jeune citoyen des Etats-Unis d’Amérique du XIXe siècle. La vie de Phinéas ne semble cependant pas prévoir l’horizon d’un avenir radieux du fait de sa prédisposition social : il est issu d’un milieu très modeste, voire pauvre. Le but du jeune homme est de pouvoir briller dans le milieu du cirque, mais la haute société américaine de son temps a une vision très précise du spectacle, ne correspondant pas aux idées folles du jeune Phinéas. Ce n’est pas seulement un combat pour devenir ce grand showman tant rêvé ; c’est aussi la volonté d’accéder à un rang social élevé afin de prendre une revanche sur la vie – une preuve qu’il n’était pas prédestiné à la misère. Continuer la lecture de « The Greatest Showman »

« The Florida Project », un contraste entre la joie des enfants et la réalité sociale américaine

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Je vois quand les adultes ont envie de pleurer. »

C’est l’été. Moonee et Scooty, deux enfants espiègles, courent, s’appellent de loin en criant et rient de bon cœur. Ils vivent au Magic Castle Motel, à proximité du Disney World en Floride. Le décor donne plutôt à rêver : le ciel est bleu, les bâtiments pastel. Mais voici que les enfants commencent à parler et surgit une vulgarité aussi drôle qu’étonnante. Les « fuck » rythment les phrases de la petite fille de six ans, et son ami ne semble point troublé à la suivre dans ce langage. Ils aperçoivent une voiture bleue au Futureland, le motel voisin. L’occasion est idéale pour faire comprendre au nouveau locataire que les enfants veulent s’amuser, sans limites. Ils crachent aux gros mollards sur l’auto.

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« Faute d’amour », un film qui en dit long sur les maux de notre époque

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Genia (Mariana Spivak) et Boris (Alexeï Rozin) s’apprêtent à divorcer, chacun étant embarqué dans une nouvelle aventure sentimentale. Leur fils Aliocha (Matveï Novikov), 12 ans, n’en peut plus de leurs disputes et sanglote en silence. Il manque si cruellement d’amour de la part de ses parents que ceux-ci mettront du temps à remarquer sa fugue. Ou son enlèvement, qui sait. Sa disparition ne va cependant rien arranger à la haine que les époux en voie de séparation se vouent l’un pour l’autre.

Faute d’amour, c’est le film que la presse francophone adule en ce moment à une quasi-unanmitié. Il faut dire que ce cinquième long métrage du cinéaste russe Andreï Zviaguintsev a remporté le Prix du Jury au Festival de Cannes. La force de ce film ? Son réalisme, d’une part, et son art, d’autre part. Deux éléments qui, bien assemblés, donnent lieu à un chef d’œuvre – ne pensons qu’à Flaubert dans le domaine de la littérature, qui a réussi à glisser le plus grand génie littéraire dans Madame Bovary, un roman a priori difficile à lire par l’ennui qui lui est intrinsèque. Continuer la lecture de « Faute d’amour », un film qui en dit long sur les maux de notre époque

Fanny Ardant en transsexuelle dans « Lola Pater »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

Zino (Tewfik Jallab) est un jeune homme d’origine algérienne. Suite à la mort de sa mère, il décide de partir à la recherche de son père perdu de vue vingt ans plus tôt. Quelle ne va pas être alors sa stupéfaction à l’heure des retrouvailles. Ce n’est pas un homme, mais une femme qu’est à présent son père. Signant son cinquième film, Nadir Moknèche a confié le rôle du personnage transsexuel à la délicate Fanny Ardant.

Une interprétation déconcertante

Le public comme la presse sont forcément divisés sur le fait que le héros transgenre de l’histoire ne soit pas incarné par une personne ayant vraiment vécu une telle opération. D’autant plus qu’avec Fanny Ardant, le réalisateur franco-algérien n’a pas choisi l’actrice la moins connue pour sa féminité. Toute une iconographie de femme sublime entoure celle qui s’est fait connaître dans des films comme Pédale douce ou Huit femmes.

Le choix du cinéaste a cependant le mérite d’accorder de l’importance au jeu d’acteur et d’être cohérent avec son métier. Continuer la lecture de Fanny Ardant en transsexuelle dans « Lola Pater »