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Dans le carnage de «Comme Carthage»4 minutes de lecture

par Quentin Perissinotto
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Les bouquins du mardi – Quentin Perissinotto

Une adresse de l’auteur à l’éditeur comme quatrième de couverture, une couverture faite d’un montage Photoshop; je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce livre. On nous promet un roman, mais tout paraît si burlesque qu’on s’imagine tout. Avec Comme Carthage, Jean-Yves Dubath nous donne rendez-vous à Paris, dans un appartement transformé en boîte de Pandore des corps sculpturaux. Un aller simple pour un dévergondage érigé en système bien rodé.

Dans ce roman, on cherche, on nage ou plutôt on essaie de surnager, on fouille sans forcément trouver – en résumé, on s’efforce. Le sujet est étonnant et la forme encore plus. Dans l’appartement d’un critique d’art parisien, le lecteur voit arriver des hommes et des femmes par dizaines, qui se déshabillent totalement pour s’empiler les uns sur les autres, afin de combler chaque recoin. Je ne savais pas trop si j’assistais à la finale de Lego Masters ou une soirée Erasmus, tout est flou.

Et tout le restera. Car rien n’est sexuellement explicite. Rien n’est explicite du tout même, on doit creuser dans le texte et dégager parmi le flot d’informations son chemin de lecture. La malice de ce roman se situe là: donner la matière au lecteur et lui laisser les clés pour construire ce qu’il veut à partir de cela, un vague mode d’emploi lacunaire à la main. Un récit à monter soi-même façon Ikea.

Corps sur corps, digression sur digression

Car Comme Carthage ne suit pas une intrigue, mais les pensées et digressions du narrateur, qui brassent énormément de sujets différents, dont un qui occupe une place centrale dans le roman: le rapport au corps d’athlète et le regard de la société à son propos. Tous les hommes qui se présentent à ces petites soirées sont rugbymen professionnels, lutteurs, pompiers ou encore gymnastes. Toutefois, aucune explosion de testostérone, tous ces corps sont vus et observés comme on observe les statues grecques ou romaines au musée. Un autre sujet pourrait être la vacuité des relations. J’ai également vu l’empilement des corps comme métaphore de la langue, jusqu’à sa saturation. Car tout ce jeu de l’abondance fait évidemment penser à Rabelais!

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C’est un roman baroque dans lequel l’écriture n’est ni confuse ni hermétique, mais s’écoule de façon gracile, avec une délicate touche classique; c’est un roman bavard, mais pas verbeux, qui finit par interroger la place du silence. Je pourrais encore vous en dire bien des choses, mais cela ne saurait effacer que ce que je vois dans ce roman ne pourrait être que ma seule interprétation: chaque lecteur aura sa propre entrée dans le livre et sa propre lecture, tant il est dense et mystérieux.

Ecrire à l’auteur: quentin.perissinotto@leregardlibre.com

Crédit photo: © Quentin Perissinotto pour Le Regard Libre

Jean-Yves Dubath
Comme Carthage
BSN Press
2021
336 pages

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