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«Poche Suisse» ressuscite! Cinq questions à Pascal Vandenberghe6 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Le PDG de Payot Pascal Vandenberghe est aussi le président de la nouvelle association Florides helvètes. Il nous explique sa mission: mettre en valeur le patrimoine littéraire suisse au moyen de la collection «Poche Suisse», rachetée aux Editions L’Age d’Homme.

Il y a une semaine, on apprenait dans Le Temps que Pascal Vandenberghe, directeur des librairies Payot, portait plainte auprès de la Commission de la concurrence (COMCO) contre le groupe Madrigall, propriétaire des maisons d’édition Gallimard et Flammarion, qui assure la distribution des livres français en Suisse. Motif de la plainte: la surmajoration des prix, un même livre pouvant coûter 80% plus cher à Lausanne qu’à Paris. Pascal Vandenberghe avait tenté de trouver un accord depuis des années – en vain. Il a désormais lâché une bombe à fragmentation. C’est que la cause du livre et des lecteurs, il la porte dans son cœur, dans ses tripes. Tiens, une énième preuve en est que cet anarcho-self-made-man inclassable préside l’association nouvellement créée «Florides Helvètes»; celle-ci a racheté la collection Poche Suisse aux Editions L’Age d’Homme et lui redonne vie avec un soin remarquable.

Le Regard Libre: Reprendre une collection prestigieuse comme Poche Suisse, ce n’est pas anodin. Pourquoi cette démarche de la part des membres fondateurs de l’association Florides helvètes?

Pascal Vandenberghe: C’est la seule collection de poche ayant la vocation claire (et unique!) de publier et promouvoir les littératures suisses du patrimoine. C’est dans cet esprit qu’elle avait été créée par Vladimir Dimitrijević en 1978. Depuis sa disparition il y a dix ans, la collection était entrée dans une période de léthargie, avec peu de titres publiés, et qui de surcroît n’entraient pas tous dans l’esprit «patrimonial» de la collection. Les difficultés que rencontre L’Age d’Homme nous ont amenés à proposer à Andonia, la fille de Dimitri, de la reprendre, ce qu’elle a accepté. Il y avait deux types de fonds de L’Age d’Homme à préserver en priorité: le fonds slave (unique en son genre en langue française), ce qui fut fait avec sa reprise par les Editions Noir sur Blanc et la création il y a trois ans de la collection «La bibliothèque de Dimitri», que dirige Marko Despot; et la collection «Poche Suisse»: voilà qui est fait!

Quelle ligne éditoriale avez-vous choisie et dans quelle mesure incarne-t-elle une continuité avec celle de L’Age d’Homme?

Clairement celle d’un «retour aux sources» de la collection, avec cette ligne patrimoniale intangible. La nouvelle collection ne rééditera pas tous les titres de l’ancienne, mais accueillera également des titres publiés auparavant (y compris en poche) chez d’autres éditeurs. C’est le cas par exemple du Portrait de l’auteur en femme ordinaire d’Anne Cuneo. Il ne s’agira pas non plus de reprint: chaque livre est accompagné d’une préface inédite, éventuellement d’un appareil critique (notes) et fait l’objet d’une relecture et de corrections: l’ambition de la collection est aussi d’offrir des livres le plus parfait possible.

© Florides Helvètes
© Florides Helvètes
L’association souhaite «valoriser et promouvoir le patrimoine littéraire suisse»: l’attention portée en Suisse aux productions contemporaines éclipse-t-elle parfois cette dimension-là?

Disons plutôt que la mission d’un éditeur de première édition en grand format est différente: il a pour vocation première de publier des productions contemporaines, qu’elles soient des premiers romans ou des livres d’auteurs déjà reconnus. L’axe «patrimonial» n’est dans ce cas pas un critère de sélection. Ce qui est en revanche un impondérable pour «Poche Suisse». Ce qui signifie que la collection n’accueillera, pour ce qui est des auteurs vivants, que des nouvelles éditions de livres d’écrivains ayant construit une œuvre, et dont un ou plusieurs livres (dont les droits seront libres) nous sembleront dignes de figurer au catalogue. Cela peut être le cas pour des œuvres de «première jeunesse» d’écrivains aujourd’hui reconnus (par exemple Etienne Barilier ou Jean-Michel Olivier). La collection ne s’inscrira en tout cas pas en «concurrente» des maisons d’édition suisses sur le marché des premières éditions en grand format.

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Quelle place est et sera laissée aux littératures alémanique, tessinoise et romanche dans votre collection?

La réponse se trouve dans la liste des douze premiers titres publiés cette année, qui propose d’ores et déjà aussi des ouvrages issus des trois autres régions linguistiques. Pour le romanche, il paraît difficile de programmer plus d’un ou deux titres par an (sur vingt) dans la mesure où la production n’est quand même pas très vaste; pour le Tessin, deux à trois par an; quant aux auteurs alémaniques, entre quatre à six, en moyenne. D’ailleurs là aussi, nous publierons des titres d’auteurs encore très «actifs» (Alex Capus en janvier et Matthias Zschokke en mai, par exemple).

A lire aussi | Pascal Vandenberghe: «Le livre forme l’esprit critique et citoyen»

OLF se charge de la diffusion et de la distribution en Suisse. Quid des autres pays francophones?

C’était un gros handicap pour «Poche Suisse» que L’Age d’Homme n’ait plus de diffuseur en France. Nous avons eu la chance qu’Harmonia Mundi Livres (HML) accepte de nous prendre en diffusion/distribution pour «le reste du monde», donc la France, la Belgique et le Québec. HML diffuse déjà plusieurs éditeurs suisses (Zoé, La Baconnière, La Joie de lire, entre autres): il y avait donc une vraie logique à être dans leur portefeuille. Par ailleurs, tous les titres seront publiés en version numérique (sauf quand une édition numérique existe déjà) et seront ainsi accessibles plus facilement que la version papier pour les lecteurs francophones de pays plus éloignés.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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