Le théâtre au cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Lorsqu’une venue du théâtre au cinéma est annoncée, l’heure est à la perplexité : on reste sceptique face à ce nouvel avatar du mélange des genres, dont notre époque est si friande, et dont les exemples ont été parfois catastrophiques… Ne pensons qu’au mélange littérature-musique avec Camus, l’art ou la révolte, un spectacle actuel du rappeur Abd Al Malik faisant côtoyer son slam avec le génie littéraire d’Albert Camus.

Et pourtant, comme une fois sur deux, le préjugé s’avère totalement faux lorsqu’on se rend sur place. Le jeudi 9 février dernier, au Cinéma Rex à Neuchâtel, un public relativement âgé mais pas seulement put découvrir sur l’écran Le Misanthrope de Molière, joué par la Comédie Française, retransmis en direct de la célèbre Salle Richelieu, à Paris. Soyons objectif : ce fut un véritable événement.

Un véritable événement, oui, déjà par le choix de retransmettre aussi l’ambiance de la salle avant le spectacle, avec l’arrivée progressive du public, les chuchotements, la préparation des comédiens dans les coulisses, la splendeur de la salle Richelieu. Cela peut paraître banal, voire bête, mais « on s’y croirait ! » Or si cet effet de voyage (et de voyeurisme) parisien n’était pas réussi, la formule du théâtre au cinéma n’aurait aucun intérêt. Il s’agit vraiment d’un tout, incluant bien sûr le film de la pièce en tant que telle, mais aussi l’atmosphère qui l’englobe.

La pièce en tant que telle, parlons-en : si la puissance de cette comédie de Molière n’est plus à prouver, il n’en reste pas moins qu’une personne ayant déjà lu et vu cette pièce une centaine de fois avait quand même tout intérêt à venir assister à cette représentation. D’abord, parce que la Troupe des Comédiens-Français, qu’on se le dise, rassemble l’élite des comédiens francophones, la crème de la crème, un concentré de talents ! Ensuite, parce que cette version filmée d’une pièce culte permet de saisir en gros format les plus extrêmes finesses, les plus exceptionnelles nuances du jeu théâtral.

Portée par la supériorité indiscutable de l’alexandrin sur toutes les autres formes du discours, cette interprétation du Misanthrope nous fait passer du rire aux larmes, certes, mais c’est le sentiment de l’effroi qui domine : le caractère actuel (et donc éternel) de cette pièce de théâtre est tellement brûlante que le cri d’Alceste devant la totalitaire hypocrisie de la société plonge le spectateur dans un profond et sain malaise.

Ce malaise s’accompagne naturellement d’une admiration pour les comédiens, pour la mise en scène également – une mise en scène humble au sens le plus noble du terme. Et à tout cela s’ajoute ce qui, personnellement, m’émeut le plus : cette sublime beauté de la langue française classique, où les mots sont autant de diamants et les silences autant de moments d’intimité.

La prochain rendez-vous théâtral au Cinéma Rex de Neuchâtel : « Cyrano de Bergerac », par la Comédie Française, le mardi 4 juillet 2017 à 20h30.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Unidivers

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