« Anna Karenina » : La névrose est plus belle en VO

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Le langage claque aux oreilles. La sécheresse du russe, langue originale du film, laisse au spectateur la mission délicate et exigeante de s’imaginer l’équivalent dans sa langue. Ce qui, bien qu’aidé par les sous-titres, représente un exercice ardu. Ce film est sans doute une source de motivation inégalable pour apprendre l’alphabet cyrillique, tant la spontanéité des échanges semble prégnante et juste. La magie se perd quelque peu dans la traduction, mais l’essentiel reste.

Le charme des acteurs principaux, Elizaveta Boïarskaïa dans le rôle d’Anna Karénine et le renversant amant, Maxime Matveïev, qui se glisse parfaitement dans les habits du Comte Vronski, est indiscutable. En face, le mari éconduit, d’une froideur saisissante, Vitaliy Kishchenko, ravira les fans de Poutine, tant sa ressemblance est saisissante.

L’histoire est racontée à travers la rencontre, due au hasard, entre l’amant et le premier fils de l’héroïne, joué par Kirill Grebenshchikov. Le rejeton, devenu médecin, soigne un comte vieilli par la guerre. L’ironie du sort voudra qu’après avoir vaillamment combattu sans connaître les affres de la blessure, le Comte termine son parcours à l’infirmerie, touché par un obus, alors qu’il jouait aux cartes avec des compagnons d’armes. On découvre au fil des scènes le récit, les difficultés, le dénouement, les explications. Sergei, l’enfant perdu, cherche des réponses. Parfois, il y parviendra, d’autres fois les éclaircissements se transforment en complications. Mais toujours, sa mère est au centre de tout.

Cet incessant va-et-vient, ce retour en arrière, dans un passé douloureux, ne cessera de captiver le spectateur qui, parfois seulement, se perdra dans les détails du décor, très réussi. La beauté du paysage ou des montages laisse une impression réussie, en plus de la fluidité, somme toute remarquable, du scénario. Anna Karénine, tiraillée par des sentiments contradictoires et instables, inquiète. Sa lente descente aux enfers, entrecoupée de moments de bonheur et de répit, passionne. La dérive névrotique de la belle dame ne lassera que les insensibles et les cyniques.

Encore une fois, l’avantage de pouvoir se baser sur un roman, écrit par Léon Tolstoï, paru en 1877, et non moins réussi, est indéniable. Contrairement au film, limité dans la longueur, de peur de froisser et de lasser, le roman laisse le temps de respirer, et d’approfondir la complexité des personnages, sans trahir l’image renvoyée par ce film. Bonne lecture !

Ecrire à l’auteur : nicolas.jutzet@lereregardlibre.com

Crédit photo : © HeyUGuys

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