« Lady Bird », quand l’adolescence nous revient

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Je m’appelle Lady Bird. Je me suis baptisée moi-même. »

Dernière année au lycée catholique de Sacramento avant l’université. Christine (Saoirse Ronan), qui par acte de révolte se fait appeler Lady Bird, rêve d’étudier dans une grande université et de quitter sa ville miteuse. Elle veut plus ; plus de liberté, de bouleversements, d’éclatements, de passions. Encore vierge, elle éprouve un désir fou de connaître un amour bohème, mêlant la tendresse et la sauvagerie des romances les plus chaudes.

En opposition, sa mère (Laurie Metcalf). Cette infirmière se démène au travail pour offrir à sa famille une vie un tant soit peu correcte. Les frais d’études sont élevés ; la vie, chère. En plus, le père a perdu son emploi. Face à l’exubérance de sa fille, la mère ne manque pas un occasion de la recadrer. Mais comment recadrer une Lady Bird, qui n’a pour seul souhait que de sortir de tout cadre ? Leurs interminables disputes mènent à des fractures lourdes, alors même que celles-ci traduisent une affection profonde entre les deux femmes.

Qui n’a jamais rêvé ?

La jeune Greta Gerwig parle de famille dans son film, comme elle traite de l’adolescence, de la révolte, de la fin du secondaire et des premières amours. Des thématiques récurrentes qui conservent néanmoins toujours leur place dans les scénarios. L’expérience de tout un chacun s’y retrouve. Qui ne s’est jamais senti oppressé par sa famille, aussi bienveillante soit-elle ? Qui n’a jamais eu honte de ses parents, aussi normaux soient-ils ? Qui n’a jamais rêvé de vivre l’amour le plus exceptionnel du monde ? Qui n’en a pas connu l’amer échec ? Qui n’en a pas pleuré ?

La force et la faiblesse du film résident dans l’histoire et sa banalité. La réalisatrice touche l’universel. Ainsi, elle atteint l’adolescent qui demeure en chacun. Par ailleurs, elle est dotée d’un vrai talent d’évocation, également porté par le jeu de Saorise Ronan. Lady Bird réussit en effet à faire prendre conscience au spectateur de l’un des sentiments les plus contradictoires de l’existence humaine : celui d’avoir tout vécu, d’avoir franchi une étape pleine à la fin du secondaire sous le signe d’un fier accomplissement, tout en sentant qu’il reste encore tout à vivre, à découvrir, à souffrir. Le tout, bercé d’une musique joyeuse et nostalgique d’un bal de fin d’année.

Le grain apparent

Si Greta Gerwig offre une trame bien construite dans un modèle de situation initiale, péripétie et point de conclusion avec ouverture, elle s’y enferme, payant le prix de son choix de banalité. Hormis quelques surprises d’ordre comique, l’histoire est sue d’avance. Ce qui peut sembler normal pour un film traitant de famille et d’adolescence. Seulement, Lady Bird ne dépasse aucune frontière : la mère et la fille se disputent, le père est l’homme doux et calme qui apaise les situations, la famille est ringarde mais heureuse, les petits copains déçoivent et ainsi va la vie. Il aurait fallu un élément qui perce le tissu lissé des films américains pour offrir un brin de nouveauté.

Du point de vue technique, il y a matière à rattraper les failles du scénario. Sans s’ériger en monument stylistique, les images sont belles et agréables du début à la fin. La photographie est marquée d’un grain apparent, fort élégant et donnant une allure old school au long-métrage lors de sa projection. Aussi, le jeu avec la couleur bleu récurrente, plus ou moins lumineuse, marque un rythme graphique de scène en scène, suivant l’aventure de Lady Bird, en vol vers un ciel de liberté.

« – Vous allez divorcer maman et toi ?
– Non, de toute façon on n’en a pas les moyens. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © Universal Pictures

 

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