«A la recherche d’Ingmar Bergman»: un documentaire à moitié tourné

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Tourner un documentaire sur un cinéaste mythique quand on est soi-même une réalisatrice ; la tâche en étonnera certains et en réjouira d’autres. C’est exactement ce qu’a fait Margarethe von Trotta dans A la recherche d’Ingmar Bergman. Un document peu surprenant dont le principal intérêt apparaît dans la discussion autour de l’héritage cinématographique que le réalisateur suédois a laissé derrière lui et dans la manière d’entrer frontalement dans son univers.

Il faut comprendre la complexité de l’homme avant son cinéma. Voilà ce qui semble rapidement être l’angle d’attaque principal du documentaire. Margarethe von Trotta s’intéresse d’abord à la manière dont certains artistes ont entretenu une relation singulière avec l’œuvre du réalisateur aux trois Oscars de meilleur film en langue étrangère. Un documentaire d’abord ennuyeux parce qu’une espèce de louange continue de la manière dont Bergman a changé le cinéma. Comment la Nouvelle Vague française a par exemple puisé dans son œuvre cinématographique pour révolutionner les codes du septième art. Déjà vu, déjà entendu, rien de passionnant.

Un réalisateur qui a tourné sans concessions et de toute son âme avant tout le monde. Car oui, il a mis en images ses angoisses, la violence et son enfance qu’il a eue ou qu’il n’a pas eue. Personne ne le sait vraiment, sauf lui. Un cinéma qui sortait ainsi du réducteur format des grands héros, si répandu à l’époque des premiers films d’Ingmar Bergman : constamment à la limite du réel et à la cassure de l’imaginaire. Peu à peu, au fil des entretiens avec les actrices fétiches – qu’il filmait d’une manière merveilleuse – et la famille de Bergman, Margarethe von Trotta dégage un portrait assez intime de l’homme. N’oubliant ni l’évocation de sa tyrannie ni son séjour en institution psychiatrique après une dépression.

Le document devient plus intéressant quand Daniel, le fils d’Ingmar, parle de l’enfance qu’il n’a pas eue et de la difficulté qu’avait son père d’être adulte et responsable. C’est alors qu’on bascule dans l’homme plutôt que le cinéaste. On apprend qu’Ingmar Bergman a longtemps caché de nombreux frères et sœurs, issus de passions sans doute, d’adultères peut-être, à sa famille « principale » issue du mariage avec Kabi Laretei.

Soudain, le portrait devient plus critique et moins élogieux tout en sautant sans cesse entre les faits de la vie de l’homme Bergman aux films réalisés à ces moments clefs de son existence. Un va-et-vient constant entre la réalité et l’invention tout à l’image de ce qu’étaient les films du réalisateur suédois : du réel fantasmé. Comme il l’a écrit lui-même dans Laterna magica :

« Faire un film, c’est pour moi planifier une illusion dans le moindre détail. C’est le reflet d’une réalité qui au fur et à mesure que s’écoule ma vie, me paraît elle-même de plus en plus illusoire. »

Sans convaincre complètement, A la recherche d’Ingmar Bergman dévoile néanmoins une partie du mystère d’un réalisateur fuyant, par exemple, du jour au lendemain de son pays, blessé dans son orgueil, colérique, avec l’impression d’être pourchassé par ceux qu’il a aimés le plus : les Suédois. Auprès desquels il est toujours revenu derrière la caméra. Un portrait d’un réalisateur voulant être auteur tel que les grands de la littérature. Un bémol majeur ternit encore le documentaire : aucune envie de voir un film d’Ingmar Bergman à la fin de la projection. C’est un peu frustrant puisque nous aurions voulu mieux connaître l’œuvre du cinéaste.

Ecrire à l’auteur : alexandre.waelti@leregardlibre.com

Crédit photo : © Prasens Films

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