«L’homme et la forêt»: un documentaire atypique, vrai, touchant

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

«L’arbre s’offre entièrement. C’est une maison, de la nourriture… une fois sec, on peut l’utiliser pour faire du feu. Il a des racines profondes et est donc ancré, avec cette idée de profondeur et en même temps, ses racines sont tendues vers le ciel. Comme une antenne vers le céleste.»

Quels citadins serions-nous si nous n’avions pas l’impression de savoir ce qu’est la forêt? Cette entité, exemple de cohérence et de continuité, reste bien secrète. Sous les premières couches de connaissances, appelons-les «générales», résident des savoirs nous laissant découvrir une certaine nature qui une fois en interaction avec l’homme semble ne plus jamais abandonner le jardin qu’elle aura aidé à faire naître en lui.

Un documentaire atypique

Que ceux qui s’attendaient à un documentaire ordinaire revoient leurs préconçus, comme nous avons dû le faire. D’une présentation objective et scientifique de la forêt, de ce message ultra-protectionniste et alarmiste auxquel nous nous attendions, nous passons à une rencontre: celle non seulement de la forêt et de ses ressources insoupçonnées, mais également de cette relation que les intervenants de tous âges expliquent, présentent, et nouent.

Bien entendu, de nombreuses connaissances «objectives» sur la forêt – espace présent sur 30% du territoire Suisse – sont fournies; saviez-vous que la cueillette aux escargots est régulées? Qu’une énorme quantité d’eau potable nous est disponible grâce à la forêt, qui la «traite»? Ou encore que les arbres marqués pour l’abattage ne le seront qu’après huit ans? Souvent, une brique est enlevée au mur du citadin, lui offrant une fenêtre sur ce monde vert que l’on pense fonctionner de lui-même.

La cohérence à tous égards

L’œil guidé par la caméra d’une intelligence fine de Camille Cottagnoud, le spectateur dépasse, avec les enfants de l’école de Lajoux, l’orée de la forêt à la rencontre de Luc Maillard, ancien garde forestier. Et, comme une balade en forêt, les personnages se rencontrent et sont chacun incorporés à ce tout dont ils ne se dispenseront plus, pas même dans l’esprit du spectateur.

Nous parlions des fabuleuses images filmées par Camille Cottagnoud plus haut; elles ne sont pas l’unique raison de la beauté du documentaire. Tout d’abord, il y a la prépondérance d’un naturel à peine effleuré de quelques discussions préliminaires au tournage, et qui donne au long-métrage une qualité ethnographique. Ensuite, ce travail de montage qui vient lier tous les acteurs, donnant finalement une cohésion tout aussi logique qu’émotionnelle au projet.

De l’humain, enfin

Outre l’harmonie ambiante qui fait passer les nonante-huit minutes du film avec aisance existe cette possibilité d’intimité avec l’humain qui, sous les enveloppes de chair et de sang s’étant laissées abordées, se dévoile sensible, parfois à fleur de peau, émerveillé, et qui nous apprend au fur et à mesure pourquoi la forêt n’est pas qu’une histoire de nature et comment elle anime (par du travail ou du loisir) l’être humain, qui finit par se confondre avec la philosophie de la forêt.

En conclusion, Claude Schauli propose ici un documentaire qui rapproche le spectateur de la réalité du terrain tout en ouvrant un nouveau terrain de discussion, plus sensible que logique, plus humain que moralisateur, sur la connexion possible entre l’homme et la forêt. Avec ses personnalités touchantes et actives, il nous entraîne dans une aventure qui fera résonner les cris des enfants en écho aux chants d’oiseaux.

Ecrire à l’auteur : helene.lavoyer@leregardlibre.com

Crédit photo : © Manisanda Production

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