«Greta»: une horreur, mais pas dans le bon sens du terme

Les mercredis du cinéma – Lauriane Pipoz

Frances McCullen (Chloë Grace Moretz) trouve un sac oublié dans le métro new-yorkais. En bonne citoyenne, elle décide de le ramener en personne à son propriétaire. Il se trouve qu’il s’agit de Greta Hideg (étonnante Isabelle Hupert), une femme esseulée qui l’invite à prendre un café. Elles se lient d’amitié. Jusqu’à ce que la jeune femme découvre une série de sacs identiques au premier, accompagnés de post-it montrant les nom et numéro de téléphone des jeunes femmes les ayant trouvés. Mais il n’est pas si facile de couper le cordon avec Greta, qui se mue pour Frances de maman de substitution en harceleuse déterminée. S’ensuit un jeu du chat et de la souris à travers les rues et établissements New York.

Le synopsis original de Greta avait tout pour plaire. Couplé à une distribution qui avait l’air solide sur le papier, ce nouveau thriller semblait palpitant. D’autant plus que la bande-annonce très réussie autant au niveau des plans que du son était à glacer le sang! Le hic, c’est que même si cette forme impeccable – points de vue travaillés, musique saisissante, têtes d’affiche expérimentées – demeure tout au long du film, elle est malheureusement au service d’un contenu vide. L’histoire manque cruellement de profondeur, tout comme ses personnages totalement stéréotypés. 

La blonde naïve et la vieille folle

Comme nous le savons tous, les seules personnes susceptibles de ramener un sac honnêtement sont crédules et adorent prendre des risques. Greta nous le confirme encore, nous faisant sauter au plafond quand le personnage principal et son amie trouvent judicieux de s’introduire seules dans la maison de la persécutrice ou de rentrer la nuit en empruntant des ruelles bien sombres.

Cet aspect du film a au moins un mérite: celui de montrer que le réalisateur (Neil Jordan) sait jouer du suspens. A l’aide de la musique, il sait faire monter la sauce et nous tient en haleine pendant de longues et intenses minutes. Particulièrement lors de la deuxième partie du film, pendant laquelle la traque s’enclenche et l’on assiste à un étonnant chassé-croisé.

Malheureusement, pour découvrir cette seconde partie, il faut avoir assisté à toute la première, qui tire en longueur. L’alchimie entre Chloë Grace Moretz et Isabelle Huppert est très douteuse: bien que très bons pris séparément, le jeu très américain de la première et le style français de la seconde s’imbriquent curieusement mal, ce qui fait perdre en crédibilité au film. Cette dernière est également mise à encore plus rude épreuve par la psychologie fade des personnages, bien mise en lumière par des dialogues plats au possible, parfois lors de coups de fil inutilement longs et ennuyeux.

La musique et l’intérêt visuel pour relever un mauvais scénario

C’est certainement pour ces raisons que l’on se surprend parfois à espérer qu’il arrive malheur au personnage principal ainsi que sa meilleure amie, ce qui étouffe la problématique principale du film: l’inaction des autorités face aux cas de harcèlement. Cette dernière aurait pu faire l’objet d’un traitement très intéressant si de longues minutes du film n’avaient pas été utilisées pour faire entendre des phrases vides prononcées par des personnages mal construits. Le scénario exploite très mal l’histoire de base, qui semble alors très vide.

L’aspect non-verbal est néanmoins bien plus intéressant, grâce à des visuels étonnants réalisés à l’aide de miroirs, d’escaliers ou de glissements de la caméra originaux. La musique est elle aussi judicieusement utilisée et on découvre du classique à des moments où ne l’attend pas. Sa place rend ce thriller un peu moins inintéressant, puisque formellement différent. Grâce notamment à Isabelle Huppert, qui a su l’exploiter dans une scène originale où elle montre la folie de son personnage à l’aide de pas de danse improvisés, ou à un beau moment où elle raconte son histoire en jouant du piano.

Bien qu’il obéisse au cliché des films d’horreur contenant des dialogues pauvres et des personnages stupides, Greta sort donc quand même un peu du lot des films d’horreur bateau puisqu’il ne se contente pas d’utiliser l’augmentation de volume pour entretenir l’intérêt du spectateur. La musique est bien exploitée et les plans sont assez bien réalisés pour nous faire par moments oublier l’absence de substance du scénario. Malheureusement, ces aspects ne seront vraiment pas suffisants pour que l’on se souvienne de Greta comme d’un bon thriller.

Ecrire à l’auteur: lauriane.pipoz@leregardlibre.com

Crédits photo: © Ascot Elite Entertainement

Greta
USA ET IRLANDE, 2018
Réalisation: Neil Jordan
Scénario: Neil Jordan, Ray Wright
Interprétation: Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe
Production: Lawrence Bender, James Flynn
Distribution: Metropolitan Film Export
Durée: 1h38
Sortie: 12 juin 2019
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