«Atlas» – un équilibre fragile

Les mercredis du cinéma – Malika Brigadoi

En première mondiale, le film Atlas du Tessinois Niccolò Castelli a ouvert ce mercredi 20 janvier les 56e Journées de Soleure, dont la cérémonie a été diffusée en direct sur les trois chaînes de télévision nationale. A cette occasion, il a été nominé, hier, au Prix du cinéma suisse 2021, comme l’un des «Meilleurs films de fiction» et l’une des «Meilleures photographies». Atlas, second long-métrage du réalisateur, est inspiré d’un attentat qui a eu lieu à Marrakech en 2011 et qui a coûté la vie à trois Tessinois. Niccolò Castelli explique qu’en 2011, il a été «envahi par le sentiment que quelque chose pénétrait dans notre quotidien» alors qu’il était persuadé «d’habiter sur une île neutre, libre et heureuse, à l’écart du reste du monde». Cette impression de ne plus vivre dans un cocon protecteur s’apparente à un ressenti omniprésent dans notre actualité. Atlas semble le film tout indiqué pour ouvrir cette édition en ligne du festival, dans cette période troublée par la pandémie de Covid-19.

Atlas aborde le sujet délicat de la reconstruction d’une jeune femme, Allegra (Matilda De Angelis), qui a perdu ses amis et son petit copain dans un attentat au Maroc. Sa reconstruction se situe à la fois au niveau psychologique et au niveau physique. Autour d’Allegra gravite également toute la problématique des attentats et des amalgames islamophobes et racistes qu’ils peuvent engendrer. Un sujet très ambitieux pour un long-métrage d’une heure et demie et pourtant un sujet extrêmement bien mené de bout en bout. Niccolò Castelli a su sélectionner les moments clefs de l’évolution de son personnage et a réussi – en explorant de nombreux aspects de la personnalité d’Allegra – à ne pas égarer son public. La construction narrative mêle passé et présent, ce qui rend le film intriguant pour le spectateur, qui s’interroge sur les causes de cette tristesse. Celui qui n’a pas lu le synopsis pourra peut-être se sentir un peu perdu et ne saisira pas forcément toutes les finesses offertes par le cinéaste dans cette construction narrative.

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Atlas propose un rythme soutenu, qui par moment pourrait prendre plus de temps pour poser l’ambiance et les enjeux de certaines situations. Les divers éléments de l’intrigue s’enchaînent très rapidement, ne laissant que peu de temps aux spectateurs pour identifier les intervenants et comprendre la question centrale de leurs conversations avant de les entraîner dans une autre temporalité. Ce rythme est d’autant plus regrettable que le long-métrage regorge d’une multitude de subtilités que les spectateurs risquent de ne pas pouvoir saisir. Pour ne donner qu’un exemple, Allegra aura un déclic alors qu’elle travaille sa musculature chez sa physiothérapeute. Cet exercice n’a pas été choisi au hasard par Niccolò Castelli; c’est au contact d’une petite pierre qu’elle doit soulever à deux doigts qu’Allegra amorce sa reconstruction. Ce contact direct avec sa passion – l’escalade – incarne la transition entre le moment où elle ne ressentait plus rien et celui où elle commence à reprendre goût à la vie.

La caméra de Pietro Zuercher joue avec la profondeur de champ, l’échelle des plans et offre de magnifiques images au film. Les plans larges sur les paysages de montagnes transmettent la passion d’Allegra pour l’escalade, les gros plans sur son corps – ses mains, ses doigts et ses pieds – qui s’agrippe à la pierre soulignent sa persévérance. L’image met également en avant l’excellent jeu d’actrice de Matilda De Angelis. L’Allegra post-attentat exprime des émotions qui tranchent complètement avec les expressions de l’Allegra enjouée et souriante «d’avant». Au cœur du récit, son personnage parvient à tenir la distance et à porter le long-métrage jusqu’au bout. La musique apporte, quant à elle, la touche finale. Tantôt plus forte pour s’emparer du spectateur, tantôt discrète pour lui laisser du répit, elle se fond dans les images avec justesse.

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Par ses choix, Niccolò Castelli signe un film au sujet complexe qui impressionne son public autant par sa technique et son esthétisme que par sa construction et sa narration. Atlas ne présente qu’un défaut, celui d’aller parfois un peu vite en besogne, ce qui empêche son spectateur d’entrer pleinement en empathie avec son personnage principal et de saisir l’entièreté de ses finesses. Malgré cela, ce film mérite d’être découvert et recommandé. Souhaitons-lui une belle vie en festival – et qui sait, peut-être en salle.

Crédit photo: © Imagofilm

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