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«Fiancées», un documentaire lent mais réussi4 minutes de lecture

par Ivan Garcia
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Les mercredis du cinéma – Ivan Garcia

En guise de premier long-métrage, Julia Bünter suit le parcours de trois couples de fiancés égyptiens sur le chemin du mariage. Un petit voyage qui donne à méditer. Mais dont il ne faut pas abuser sous peine d’ennui.

Au Caire comme ailleurs, le mariage est un événement marquant dans la vie d’un individu. C’est donc autour de trois femmes, les «fiancées», issues de milieux différents que le documentaire se concentrera pour les guider vers le mariage. Disons-le tout de suite, le cinéma suisse a la réputation d’être un cinéma où le documentaire est roi. Comme si les Suisses étaient incapables de produire un «vrai» scénario… On craignait le pire ! En même temps, Fiancées ne pouvait être qu’un documentaire, vu le délicat sujet qu’il aborde. Et sur ce point, c’est réussi.

En 2015, la réalisatrice helvétique Julia Bünter s’installe au Caire et suit trois couples dans leurs préparations matrimoniales. Elle fait donc la connaissance de Batool, comédienne pressée de se marier pour se faire cajoler par son futur mari Bassam. Elle suit la charismatique Marize, femme copte aux mœurs modernes, lors de ses séances de manucure et pendant les négociations des tarifs du mariage. Et elle filme, entre autres, une discussion religieuse et sociale entre Randa, une fiancée musulmane, et deux femmes plus âgées qui manifestent leur désaccord face à ses opinions.

Le casting est donc varié, c’est un très bon point. On craignait de rapidement tomber dans le cliché dénonçant le «patriarcat égyptien», ainsi que le manque de nuances dans la caractérisation des personnages. Heureusement, le dispositif adopté évite de porter des jugements sur les différentes visions du monde défendues par les personnages. La caméra suit les faits et gestes des fiancées et de leur entourage mais jamais le caméraman ne s’exprime. Aucune question, aucune interpellation. L’œil observe mais ne commente pas les actions.

Quant aux nuances, rapidement, le spectateur se rendra compte qu’il faut éviter le «tout noir, tout blanc». Marize, derrière ses mœurs et sa beauté, est peut-être bien plus matérialiste qu’il n’y paraît. De même que Randa qui n’a pas été contrainte par ses parents de se voiler mais a choisi de le faire, ou c’est en tout cas ce que l’on croit… 

La réalisatrice Julia Bünter assume ce parti pris de donner à voir un point de vue féminin sans pour autant délaisser totalement les homologues masculins. On suivra donc les différentes fiancées à travers des petits événements en apparence anodins (se faire les ongles, aller acheter des rideaux, visiter un appartement,…) jusqu’à leur mariage, voire leur après-mariage. Quant aux hommes, les fiancés, ceux-ci sont également présents dans le documentaire, quoique mis en retrait.

Si on pensait que seules les femmes avaient des «problèmes» avec la société, les hommes ne sont pas en reste. Ecrasés entre un travail qui les stresse, un mariage épuisant et des affaires familiales, les fiancés sont également sujet à une pression sociale élevée, ce qui n’arrange pas leur mariage…

Au niveau esthétique, le documentaire assure de bonnes transitions en se focalisant sur des événements plus généraux tels que les passants dans la rue ou encore un éclair dans le ciel. Visuellement, c’est beau et très réussi. En même temps, le documentaire possède un rythme lent qui ne le rend pas facile à visionner pour tout un chacun. De même que son sujet ne captivera pas tous les publics.

Fiancées possède un petit charme. Celui de donner à voir le quotidien de gens qui, au final, ressemblent à tout le monde. Mais avis aux passionnés, soyez prêts à prendre le temps et à analyser. Sans cela, le visionnage devient compliqué.

Ecrire à l’auteur: ivan.garcia@leregardlibre.com

Crédit photo: © Xenix Film

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