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Films

Critique

Le «Joker», aussi dérangeant qu’époustouflant3 minutes de lecture

par Melisa Oriol
1 commentaire
Joker (2019) © Warner Bros

Le Joker de Todd Phillips raconte la chute progressive d’Arthur Fleck dans les abîmes de la folie. C’est avec splendeur que Joaquin Phoenix incarne le rôle de l’un des personnages les plus complexes de l’univers DC Comics.

Un vestiaire crasseux au centre duquel se trouve une table et un grand miroir. Un homme s’y maquille en clown. Gros plan sur ses lèvres qui tentent de sourire tant bien que mal: Arthur Fleck (Joaquin Phoenix). Dès les premières secondes, la dualité du personnage est posée. Entre son sourire et la tristesse pourtant évidente de son visage, entre la personne et son reflet dans le miroir ou encore entre l’homme et le clown. Arthur Fleck est constamment représenté comme un funambule sur la corde de la raison, prêt à basculer à tout instant dans le vide de la folie.

Cette tension constante traverse l’écran pour s’emparer de nous, spectateurs. Le joker nous fait osciller entre dégoût, gêne et empathie. C’est un attachement sincère que l’on éprouve lorsqu’il se fait rouer de coups sans raison ou qu’il exprime sa douleur de se sentir invisible aux yeux de la société. On croirait voir par moments un enfant dans un corps d’adulte. Et puis, soudain, il se met à rire… Un rire tout d’abord étonnant et amusant et puis de plus en plus pesant, jusqu’à provoquer le malaise. Plus il rit, plus il devient effrayant. A force d’attraper des fous rires, son rire devient celui d’un fou.

Toc Toc

Le film nous montre donc la lente rupture mentale d’Arthur Fleck. D’une routine du malheur où les jours passent et se ressemblent avec leur lot de moqueries et d’agressions, on arrive finalement à un point de non-retour. Un événement à l’occasion duquel il rentre du travail déguisé en clown va le faire exister aux yeux du monde. C’est donc tout naturellement qu’il va petit à petit créer son identité au travers de la figure du clown. Ce personnage si drôle et extravagant, à cheval entre le monde de l’enfance et celui des adultes. Plus sa psychose se renforce, plus le film va nous permettre d’entrer dans sa tête – et ça fait froid dans le dos.

C’est avant tout l’acteur Joaquin Phoenix qui, avant nous, a dû entrer dans la tête du Joker. De nombreux acteurs s’y sont essayés avant lui, de Cesar Romeo (Batman 1966) à Jared Leto (Suicide squad 2016), en passant par Jack Nicholson (Batman 1989). Certains y ont excellé, d’autres moins; Heath Ledger y a même trouvé une fin tragique. C’est qu’il s’agit là d’un personnage très sombre et ambigu, empreint de violence et de surprise. Une chose est pourtant sûre: Joaquin Phoenix a su l’apprivoiser, et son interprétation va marquer les esprits.

Un rôle qui colle à la peau

La transformation physique de l’acteur est surprenante. Son corps squelettique et difforme résonne à merveille avec la mentalité dysfonctionnelle de son personnage. Son regard, vide et intense à la fois, est mis en valeur par de gros plans dans lesquels on ne dissocie plus l’acteur du personnage. Sa voix (VO), d’une tonalité aussi grave que celle du film, hypnotise. Mais c’est surtout ce rire, glaçant, qui peaufine le personnage si souvent associé à son sourire. Et quel meilleur acteur que celui qui y porte déjà une cicatrice?

C’est un tour de force qui est réalisé ici. La magnificence du personnage ne serait sans doute pas telle sans une photographie absolument bluffante. Les plans larges laissent exprimer toute la folie du Joker, notamment lors de ses nombreuses danses. Les couleurs apportent de la profondeur et une ambiance particulière à l’image. Le cadrage et les mouvements de caméra ne sont pas en reste, puis qu’ils traduisent l’intériorité du personnage : oblique, dérangeant et sans repère.

Le rythme, quant à lui, peut paraître relativement lent, mais il est nécessaire au développement du personnage; on ne devient pas le Joker en un claquement de doigts! Saluons le choix de ne pas faire de ce film un blockbuster où tout explose et où les rôles sont caricaturés, comme ça a été le cas déjà trop souvent. La lenteur laisse s’installer la tension jusqu’à son paroxysme…et lorsqu’enfin elle éclate, ça fait l’effet d’un choc. Voilà un film spectaculaire qui mérite toute notre l’attention.

Vous venez de lire un article tiré de notre dossier JOKER contenu dans Le Regard Libre N°60.

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1 commentaire

Angelilie 10 octobre 2019 - 18 06 05 100510

J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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