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Critique

«Omar la fraise», un film qui manque de saveur5 minutes de lecture

par Mathieu Vuillerme
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Omar la fraise © Frenetic Films

Premier film d’Elias Belkeddar, présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2023, Omar la fraise alterne entre buddy movie, comédie burlesque, film de gangsters et ode aux origines.

Omar Zerrouki (Reda Kateb), dit «Omar la Fraise», règne en maître sur le monde criminel parisien pendant des années avec son compère de toujours, Roger (Benoît Magimel). Mais ça, c’était avant. Condamné à vingt ans de réclusion en France, il retourne avec son ami en Algérie, terre de son père qu’il connaît peu, pour se faire oublier. Là, les deux hommes vont tenter de retrouver leur gloire d’antan dans un pays où ils ne sont plus rien. Entre trafics minables, gestion de biscuiterie et idées ridiculement géniales, la grandeur perdue se retrouvera-t-elle?

L’Algérie: terre permise

Le film s’ouvre sur une discussion entre Omar et Roger dans un désert et annonce la couleur: ce sont deux guignols. Véritables gangsters «à l’ancienne», les deux hommes sont sérieux et ne plaisantent pas. Pourtant, leurs combines et leurs moyens ne sont plus ce qu’ils étaient: ils sont coincés en Algérie, face bis du Paris qu’ils connaissent par cœur. Entre livraison hebdomadaire de camembert par bateau et cocaïne, le temps paraît long, et il va bien falloir penser à la suite. Heureusement, l’Algérie permet à toute fortune de se faire: «Dans ce pays, si tu veux devenir millionnaire, il faut commencer milliardaire», dira même un personnage. Le décor est posé.

Soudain, la bonne fortune: Omar a la possibilité de reprendre une biscuiterie, un travail enfin légal. Mais cette perspective ne semble pas suffire à la Fraise qui se verrait bien en nouveau roi de la ville (le titre anglais du film est d’ailleurs: The King of Algiers). Le film prend alors une tournure inattendue au vue de la première demi-heure et du pitch: déambulation, romance, nostalgie. Si on ne peut évidemment pas reprocher à un film de ne pas être ce qu’on aimerait qu’il soit, cela reste dommage dans ce cas-ci tant les promesses étaient alléchantes. L’histoire d’amour plombe totalement la narration et fait patiner le récit, la grandeur d’Omar n’est presque jamais retrouvée, et le meilleur élément du film se retire peu à peu de l’intrigue. Cet élément? Roger, interprété par un Benoît Magimel fou furieux.

Benoît Magi(c)mel

S’il est une raison pour aller voir Omar la fraise, c’est bien lui. Benoît Magimel est absolument parfait dans ce rôle à contre-mploi (même si sa carrière depuis deux ou trois ans n’a plus le moindre sens et empêche de le mettre dans une quelconque case) et livre un jeu qui suffit à élever le long-métrage. Roger, son personnage, est le comparse français d’Omar; il a échappé à sa condamnation: il n’a donc aucune obligation de rester en Algérie, si ce n’est pour apporter un soutien indéfectible à son ami. Pour Omar, il est alors à la fois le soutien émotionnel cherchant à faire rebondir le duo, et l’agent social prenant les risques pour deux (son casier étant vierge). Pour le spectateur, il est le réservoir comique inépuisable de ces 1h36.

Non seulement il est drôle, mais il est absurde; non seulement il chante, mais en plus il rape. Magimel semble s’amuser comme jamais avec ce personnage. Loin de son rôle de diplomate opaque de Pacifiction (Albert Serra, 2022), l’acteur traîne pourtant toujours sa dégaine depardiesque dans des habits trop petits et son flegme qui allume chaque réplique et la porte aux sommets. Exemple? Roger fait une séance de sport que l’on imagine routinière. Il transpire et bouge correctement. Mais alors pourquoi cet embonpoint? Parce qu’entre deux pompes, l’homme s’hydrate à la vodka. C’est ce genre de scène qui assoient le personnage.

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Pourtant, bien vite, le métrage s’enlise et malgré des personnages attachants, certaines décisions incompréhensibles et une bonne idée de base jamais vraiment dépassée font ressentir un manque de scénario en dehors des dialogues. Si le film est court, le dernier tiers souffre d’une cruelle baisse de régime qui fait regretter l’action du début.

Au final, Omar la fraise est un film drôle et surprenant, mais dont le traitement de la narration et de ses enjeux auraient mérité plus de travail. Elias Belkeddar est néanmoins très lucide quant au ridicule de ses protagonistes et semble toujours faire le «pas de côté» nécessaire à éviter une iconisation malvenue. A voir pour la surprise, le dépaysement général et Benoît Magimel en roue libre.

Ecrire à l’auteur: mathieu.vuillerme@leregardlibre.com

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