Archives par mot-clé : festival de cannes

Comprendre la misère avec «Les Misérables»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

L’ambiance est chaude au cœur de Paris. C’est l’été, et le coup de sifflet final annonce la victoire de la France à la coupe du monde de football de 2018. Banlieusards et urbains fêtent ensemble sous le drapeau bleu, blanc, rouge. La joie du moment laisse tout de même pressentir une angoisse. Celle de tout le reste du film, qui se déroule à Montfermeil dans le 93. On sait déjà les pressions, on connaît déjà le climat qui va régner: celui de l’affrontement. Les cris, les chants et les danses apparaissent dans toute leur futilité, parce que championne du monde ou non, la France est en guerre.

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Ah! «La belle époque»!

Les mercredis du cinéma – Kelly Lambiel

Avec ce deuxième film présenté hors compétition au festival de Cannes, Nicolas Bedos nous prouve que malgré son peu d’expérience, il a déjà l’étoffe d’un grand cinéaste. Et ce, pas seulement parce qu’il fait preuve de talent en écrivant et en réalisant à la fois. Ou parce que, comme c’est le cas pour tous les audacieux, sa personne ou sa plume, c’est selon, suscitent la controverse. Ni même, enfin, parce qu’on voit déjà poindre le tourment de l’artiste qui s’évertue à épuiser certaines obsessions et thématiques récurrentes. S’il gagne nos faveurs, c’est avant tout parce que ses comédies aigres-douces sont à l’image de la vie, drôlement tristes et tristement belles.

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«Matthias et Maxime»: l’amitié anti-Guillaume Canet

Les mercredis du cinéma – Fanny Agostino

Seulement une année après l’hollywoodien Ma vie avec John F. Donovan, le jeune prodige du cinéma québécois revient aux sources avec Matthias et Maxime. L’art et la manière de produire une œuvre de fiction avec sa vraie bande de potes, en évitant le piège de la beauferie.

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«Portrait de la jeune fille en feu»: Eurydice en abîme

Les mercredis du cinéma – Fanny Agostino

Primé à Cannes pour son scénario, le dernier film de Céline Sciamma dépeint la rencontre puis la passion naissante entre deux femmes du XIXe siècle. La réalisatrice de Tomboy embrase son récit par une intrigue impressionnante et impressionniste, celle d’une peintre qui doit dissimuler à son modèle qu’elle a pour mission d’établir son portrait sur toile. Une réflexion d’une grande justesse sur l’amour et le souvenir par le prisme de l’image.

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«Rocketman», une fusée dans le ciel d’Elton John

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier et Lauriane Pipoz

Un homme prestant vêtu d’une tenue d’ange orangé s’élançant vers le ciel s’avance d’un pas décidé, prêt à entrer sur ce qu’on imagine être une grande scène. Mais cette grande première scène du film nous surprend: l’extravagant personnage incarné par Taron Egerton débarque dans une réunion d’alcooliques anonymes. «Je m’appelle Elton Hercules John et je suis alcoolique, cocaïnomane, sex addict, boulimique…» Le visage de l’acteur en ce début du film est bouleversant, ses paupières pleines de poudre et de terrifiant chagrin sont annonciatrices du fil rouge du film.

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«Le Jeune Ahmed», prix de la mise en scène à Cannes

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Un vrai musulman ne serre pas la main d’une femme.» 

Ahmed a treize ans. Mais c’en est déjà fini des jeux de l’enfance. Plus de Playstation, plus de posters, plus de bêtises. Désormais, c’est la foi qui a pris toute la place. Ahmed veut être un vrai musulman. Il se radicalise, comme on dit. Seules comptent les paroles de son imam; seul son cousin est digne de vénération, parce qu’il est parti mourir en martyr au front avec l’Etat Islamique. Ahmed veut passer à son tour à l’action, en tentant d’assassiner sa prof d’arabe, Madame Inès, trop libérale à ses yeux. Il échoue, il entre en centre de détention. Mais l’idéologie continue de le suivre.

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«The dead don’t die», chef-d’œuvre ou navet?

Les mercredis du cinéma – Kelly Lambiel

Qu’ont en commun Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Steve Buscemi, Tom Waits et même Iggy Pop? Une gueule, certes. Une filmographie prestigieuse, évidemment. Et les faveurs du réalisateur Jim Jarmusch, également. Dirigés à plusieurs reprises par ce dernier, c’est dans The dead don’t die, présenté en ouverture et en compétition pour la Palme d’or au festival de Cannes 2019, qu’il a fait le choix de réunir toutes ses «muses». Un casting détonnant, des partis pris audacieux, une esthétique résolument kitsch, une morale ambigüe et un humour pour le moins particulier: on frise le nanare ou on effleure le génie. C’est selon.

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«Douleur et gloire»: le premier désir de Pedro Almodòvar

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Salvador Mallo a connu la gloire. Il connaît désormais la douleur. Asthme, maux de dos, maux de tête. Dépression aussi. Le grand cinéaste n’est plus en état de créer. Il se renferme sur lui-même. Des retrouvailles auxquels il ne s’attendait pas et la rediffusion de son succès des années quatre-vingt, Sabor, provoquent cependant un tournant dans sa vie. Celui de d’aller au-delà de la douleur pour retrouver son chemin de gloire. Celui de recommencer à poser sur le clavier un scénario qui raconte son histoire et son mal-être, pour guérir de ses blessures. Pour guérir de son passé.

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« Trois visages », quand les mots simples d’un paysan iranien mènent au prix du scénario à Cannes

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Et si c’était un canular, Monsieur Panahi ? »

Une vidéo amateur est adressée à l’actrice Behnaz Jafari, dans son propre rôle. « Bonjour Madame Jafari, je suis Marziyeh », salue la jeune fille qui se filme en selfie. Elle annonce ensuite gravement qu’elle est sur le point de se suicider parce que sa famille l’empêche de devenir actrice. Celle qui, pour le coup, est actrice reçoit ces images l’interpellant et vit la panique. Elle se sent responsable, d’autant plus si Marziyeh s’est vraiment donné la mort. Elle part donc contrôler sur place ce qu’il en est vraiment avec le réalisateur Jafar Panahi, lui aussi dans son propre rôle.

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« The Square », un moule à Palme d’or

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Pourquoi est-ce si difficile à avouer que le pouvoir est attirant ? »

Christian est le beau gosse cinquantenaire. Riche, chic, adulé, haut placé et merveilleusement bobo. Sa fonction lui va bien, il est en effet conservateur du musée d’art contemporain de Stockholm. Lui et son équipe, tout aussi branchée et bien-pensante, se préparent à accueillir l’œuvre sociale d’une artiste argentine : « The Square ». La pièce n’est en fait qu’un carré délimité par un cordon lumineux où il est écrit que celui-ci est « un sanctuaire où règnent confiance et altruisme. Tous y sont égaux en droits et en devoirs. »

Ironie du sort, coïncide à la préparation de l’exposition le vol que subit Christian. Dans une mise en scène où une femme accoure criant au secours alors qu’un homme veut la tuer, le conservateur, se croyant un héros, la protège fièrement après une hésitation craintive. Quelques instants plus tard, il prend conscience du piège grotesque dans lequel il s’est foulé. Téléphone portable, portefeuille et boutons de manchette ont disparu. Quelle cohérence de vie se doit-il désormais d’appliquer entre son carré d’altruisme et la violente lettre de menaces qu’il adresse aux locataires d’un bâtiment de banlieue, où son téléphone est localisé par Apple Assistance ?

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