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Accueil » «Tu ne tueras point»

«Tu ne tueras point»3 minutes de lecture

par Loris S. Musumeci
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Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« En temps de paix, les fils enterrent leurs pères.
En temps de guerre, les pères enterrent leurs fils. »

La guerre. Des flammes aux cadavres, jusqu’aux cris éteints des soldats sans lendemain. Tu ne tueras point, c’est le champ de bataille, mais aussi le déchirement des familles et l’alcoolisme des traumatismes.

Desmond T. Doss (Andrew Garfield) est un jeune Américain de Virginie. Fort engagé en paroisse, dévoué pour son village, il n’a qu’une boussole guidant les pas de son existence : celle du service. Alors que monde brûle et saigne dans ces interminables années quarante, il décide de s’offrir à l’armée des Etats-Unis. Seul problème : les armes. Le néo-soldat est objecteur de conscience par ses croyances et son passé. Une telle posture ne plaît ni à ses pairs, ni à ses supérieurs. « Le soldat Doss est objecteur de conscience. Ne comptez donc pas sur lui pour vous aider sur le champ de bataille. » Partir à la guerre sans fusil ? Contre les farouches Nippons ?Tu ne tueras point – « Hacksaw Ridge » –, film tiré d’une histoire vraie, est brutal, dur, sanguinolent. Un cadavre rongé par des rats, le hurlement d’un corps brûlant, éjecté par une grenade ; mais aussi la petite bible de Desmond et ses prières constantes au Seigneur. Mel Gibson est bien connu pour ses deux chevaux de bataille : la violence et les liens avec l’affaire religieuse.

La Passion du Christ, du même réalisateur, choqua passablement en 2004. Et pourtant, le long-métrage donne une conscience toute particulière de l’atroce souffrance du personnage emblématique de Jésus de Nazareth. La lecture des Ecritures Saintes, seule, ne réussit désormais plus vraiment à rendre un tel effet – bien que là n’est pas sa principale finalité –, tant le public est habitué à l’image, voire à la plus mouvementée. Dans sa nouvelle œuvre, cependant, Mel Gibson exagère lors de certaines courtes scènes. Ces dernières coupent le souffle tant elles sont exécrables, impossibles à supporter par leur trop-plein de sombre réalité.

Au moins, l’excès de sang et d’angoisse révèle le vrai visage de la guerre. Le public assez jeune pour n’avoir jamais combattu ne sort pas de la salle indemne. En fait, oui, les soldats sont vraiment courageux, oui, ce qu’ils vivent est insupportable : ce n’est pas de la fiction. La guerre ne devrait rester que le tout dernier recours, après maints sacrifices et compromis.

La trame ne comporte rien d’exceptionnel lors de la première partie du film, minoritaire ; et c’est très certainement voulu. Le protagoniste principal suscite à la fois une naturelle sympathie, mais aussi un certain agacement par son entêtement. Que ce puritain de la première espèce prenne les armes enfin ! pensais-je discrètement sur mon fauteuil. La seconde partie est plus riche par ses révélations et son rythme. Il devient impossible ne pas être pris d’amitié pour Desmond. Le spectateur, ému, capté, ne peut en aucun cas s’ennuyer.

Du côté des effets spéciaux et du montage, chapeau bas aux Américains, comme d’habitude. Il n’y a rien à reprocher. Ceux-ci nous emmènent à Okinawa, en 1945. Sans nul égarement.

Le nouveau Gibson, bilan observé, demeure une réussite. A voir par le grand public, absolument. Que s’aventurent toutefois, au rendez-vous guerrier du début d’année, seuls les spectateurs aux tripes solides, car, ces dernières, ils les verront à l’écran, dans un bien triste état.

« De grâce, Seigneur, aidez-moi à en sauver un de plus. »

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : Filmosphère

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