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L’histoire de la plume de «Colette»3 minutes de lecture

par Lauriane Pipoz
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Les mercredis du cinéma – Lauriane Pipoz

Colette dresse le portrait de Sidonie-Gabrielle Colette, l’un des plus grands écrivains de la France du XXe siècle. Cette femme de lettres française est extrêmement intéressante sous plusieurs aspects. Elle peut être vue à travers de nombreux prismes: plume de génie, bisexuelle et personne de caractère, elle était une femme très atypique pour son temps. Raison pour laquelle des Américains et des Anglais se sont intéressés à elle et nous livrent un film très riche – mais peut-être un peu trop.

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«Willy te tient au bout d’une longue laisse. Peut-être que ça te plaît»

L’histoire de Colette (Keira Knightley) est celle d’une femme cachée derrière un homme: son mari, Henry Gauthier-Villars (Dominic West), est un écrivain mondain connu sous le nom de Willy. Néanmoins, il n’a de l’écrivain presque que la réputation: accro à la notoriété, il utilise en réalité des prête-plumes pour écrire ses romans. A court de personnel et sentant en elle le potentiel, il a alors l’idée de génie de demander à sa femme de coucher son enfance sur le papier. Ce roman sera un grand succès: dès sa sortie, Claudine se trouve entre toutes les mains du tout-Paris.

Si Gauthier-Villars est un homme malhonnête qui se fait passer pour un écrivain qu’il n’est pas, il a tout de même le mérite d’avoir flairé le talent, et d’avoir su le guider. Ce fait est bien rendu à l’écran. L’alchimie entre les acteurs interprétant Colette et son mari permet de voir que leur relation n’était pas que celle d’un abuseur et d’une soumise. En un certain sens, il y trouvaient tous les deux leur compte. Cependant, les personnages manquent cruellement de nuance. La faute à des dialogues stéréotypés et à des scènes qui demanderaient à être approfondies: on les voit à plusieurs reprises se disputer de manière peu crédible. Sur ce point, les réalisateurs semblent avoir trop forcé le trait.

«L’infidélité dépend du genre pour vous»

Le film parle aussi des amours libertines des deux époux: Colette est bisexuelle et son mari l’encourage à aller jusqu’au bout de cette bisexualité afin de pouvoir la raconter dans la saga des Claudine. Gauthier-Villars est lui aussi infidèle. L’occasion de montrer ici la différence de traitement entre le mari et la femme: si le premier se permet de coucher avec des femmes, la seconde n’est autorisée qu’à coucher avec des femmes. C’est le mari qui décide pour son épouse.

Le problème du genre au début du XXe siècle est bien présent dans Colette, mais n’est qu’évoqué: certaines scènes mettent bien en lumière ce sujet à travers des dialogues, mais les discussions sont très courtes. L’image sans complexité des protagonistes participe probablement de l’impression qu’ils ont tous des avis très tranchés. On devine que les personnes sur lesquelles le film se base étaient bien plus nuancées, et c’est dommage qu’il ne réussisse pas à en rendre compte.

Un portrait de la modernité, aussi

Colette reste néanmoins historique, et ceux qui apprécient les films à costumes seront extrêmement bien servis. La modernité omniprésente passe par les premières bicyclettes, la reconstitution du Paris du début du siècle ou encore les débuts de l’électricité à domicile. En ce sens, le but est atteint. Beaucoup de choses dans ce film, donc: du bon et du moins bon. Voilà peut-être le vrai défaut de ce film: les scènes sont trop courtes et se succèdent parfois très rapidement, empêchant le spectateur de suivre une ligne directrice et lui faisant faire des sauts dans le temps. On voit bien où l’on veut en venir, mais cela rend les personnages peu crédibles, malgré une magnifique prestation des deux acteurs principaux. Dommage.

Ecrire à l’auteur: lauriane.pipoz@gmail.com

Crédit photo: © DCM Film Distribution

COLETTE
Royaume-Uni et Etats-Unis, 2019
Réalisation: Wash Westmoreland
Scénario: Richard Glatzer, Wash Westmoreland et Rebecca Lenkiewicz
Interprétation: Keira Knightley, Dominic West, Eleanor Tomlinson
Production: Pamela Koffler et alii
Distribution: DCM Film Distribution
Durée: 1h52
Sortie: 16 janvier 2019


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