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«Ocean’s 8», drôle et efficace4 minutes de lecture

par Hélène Lavoyer
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Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

Après cinq années d’incarcération pour un vol qu’elle n’avait pas même commis, Debbie Ocean (interprétée par Sandra Bullock) se voit enfin octroyer la liberté conditionnelle. Mais la sœur de Daniel Ocean, décédée, a l’arnaque dans les gènes. Quelques heures à peine après sa sortie, ce besoin vital, viral la pousse à mettre en œuvre un plan auquel elle a pensé jusque dans les moindres détails lors de son séjour en prison.

Petit à petit et à l’aide de son amie Lou Miller (Cate Blanchett), cinq autres femmes, toutes d’anciennes voleuses, maîtresses de leurs techniques particulières, sont recrutées : Amita (Mindy Kaling), tailleuse de diamants, Constance (Awkwafina), capable de furtifs vols à la tire, Tammy (Sarah Paulson), qui opère secrètement en tant que receleuse, Nine-Ball (Rihanna) excellant dans la piraterie informatique et Rose Weil (Helena Bonham Carter), devenue couturière.

Ensemble, elles se préparent à réaliser le plan : voler l’un des colliers détenus par Cartieret dont la valeur est estimée à plus de cent cinquante millions de dollars. Le projet est simple : à l’occasion du gala annuel du M.E.T., RoseWeil se chargera de faire sortir le fameux « Toussaint »de ses coffres forts afin de le faire porter à l’actrice Daphne Kluger (Anne Hathway), qu’elle doit habiller.

Tout, des préparatifs aux possibles retournements de situation et jusqu’à l’issue même de l’enquête menée par un détective privé, a été réfléchipar Debbie. Chacune dans son rôle, les sept femmes coopèrent et parviennent à collecter un butin inespéré, qu’elles doivent cependant partager avec la maligne Daphne, qui, dès les préparatifs pour le gala, avait découvert la supercherie.

Agréable tandem entre humour et surprise

Sans s’ériger en un scénario grandiose recelant d’inattendues perspectives ou d’originalité, le long-métrage tient la route grâce à un humour souvent cassant et direct, ainsi qu’à son issue surprenante, osée, fière.

Gary Ross, également réalisateur d’Hunger Games, signe ici l’un de ces films qui « font plaisir à voir » et « ne prennent pas la tête ». En effet, le spectateur enhardi par les réflexions et questionnements posés après un visionnement ne trouvera dans Ocean’s 8 que peu de matière à réflexion – quoique, nous verrons.

Pourtant, il y trouvera de l’étonnement, et se laissera aller à des pouffements ainsi qu’à quelques rires francs à l’écoute des dialogues, légers et tous pleins de l’attitude – si confiante qu’elle en deviendrait presqu’hautaine – des huit protagonistes.

Le féminisme à l’écran

Il y a cependant une problématique qu’il est nécessaire d’aborder lorsqu’on discute d’un film au casting composé presqueexclusivement de femmes : celle de la présence d’un certain féminisme à l’écran, et de la façon dont il est amené, ainsi que les images du féminin qui y sont proposées.

Depuis les révélations d’abus sexuels perpétrés par le producteur Harvey Weinstein, la parole des femmes semble se libérer aux Etats-Unis, notamment à travers le succès du fameux #MeToo. Par conséquent, le cinéma américain innove également, la norme se transforme, passe du masculin au féminin, du hérosà l’héroïne.

Huit femmes, de styles différents, de couleur de peau différente, d’origines sociales et culturelles différentes, en têtes d’affiche sans aucun nom masculin ? Aujourd’hui, cela semble constituer un événement somme toute peu remarquable. Mais à nous de percevoir les grands changements lors de leurs insinuations premières et d’y poser des interrogations.

Mais de quel genre de féminisme parlons-nous ?

La réelle préoccupation, ici, est celle de l’image – ou plutôt, des images – du féminin qui sont proposées par le cinéma américain. Star Warsle réveil de la Force, Hunger GamesAnnihilation ou encore Tomb Raider,ces dernières années, Hollywood propose à son public d’admirer la femme, sa force, sa détermination, sa capacité et sa beauté.

Quelque chose qui, malheureusement, nous reste en travers de la gorge. Non parce qu’il ne faut pas laisser aux actrices l’occasion d’être des héroïnes, mais plutôt parce que le cinéma américain ne laisse que peu de place à la diversité et que, sous couvert d’une apparence féminine, elles reproduisent finalement le comportement du héros.

Al’instar dOcean’s 8, spin-off de films aux castings masculins, où les femmes correspondent au canon de beauté actuel, dans lequel elles soumettent l’homme à leur volonté, duquel elles se vengent et se rient de sa peine. Notons tout de même que les huit voleuses restent dotées d’un caractère bien trempé et différent pour chacune, ainsi que de leurs physionomies particulières.

Abdiquer ou résister ?

Face à l’imposition américaine d’une certaine image de la femme et d’autres catégories de personnes – celle du noir (Black Panther), du rebelle (Lady Bird) et, bien sûr, de l’homme (Cinquante nuance de gris) – devrions-nous organiser un blocus total, ou continuer à remplir les salles de cinéma ?

La question est épineuse, et ne peut se voir unanimement validée. Quoi qu’il en soit, tout film n’est pas mauvais simplement parce qu’il est américain, et la présentation d’un héros atypique parce qu’absent des scénarios et castings n’est pas à rejeter, au contraire.

Par-dessus tout, l’enjeu est de garder un paysage cinématographique varié, allant des grandes aux petites productions, des scénarios simples à ceux plus farfelus, avec à l’esprit la multiplicité de rôles et de catégories avec lesquels il est possible de décrire quelqu’un, ainsi que les risques d’attendre des personnes qu’elles collent à une image imaginée, préconstruite par des jeux d’acteurs.

Ecrire à l’auteur : helene.lavoyer@leregardlibre.com

Crédit photo : © Warner Bros

 

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