«Promising Young Woman» tient ses promesses

Les plateformes ciné du samedi – Kelly Lambiel

Oscar du meilleur scénario original, nommé à quatre reprises aux Golden Globes et Prix du meilleur film britannique aux BAFTA, Promising Young Woman, réalisé par Emerald Fennell et produit, entre autres, par Margot Robbie, jouit déjà, avant sa sortie en salle, d’une jolie réputation. La bande-annonce est intrigante, colorée, sucrée; le propos sérieux, sombre, inquiétant. Une proposition alléchante, gourmande, mais la confiserie est-elle à la hauteur de l’emballage?

Teintes chaudes la nuit, tons doux le jour. Couleurs vives lorsqu’elle sort le soir, pastel quand elle se réveille. Jusque dans le soin apporté à l’image, l’ambivalence du personnage se fait présente. Celle qui, à trente ans passés, vit encore chez ses parents, porte des nœuds dans les cheveux et prend son petit-déjeuner en peignoir rose, se transforme en justicière sitôt le soleil couché. Nul besoin de supers pouvoirs: du rouge à lèvres écarlate, des cils impeccablement recourbés, une jupe moulante, des talons hauts et une bonne dose de sang froid suffisent.

Un enrobage fondant

«Déjà vu», diront certains. «A voir», penseront ceux qui, comme moi, n’ont pas encore été découragés par le traitement accordé à certaines thématiques dites «féministes» au cinéma ces dernières années, si tant est qu’on puisse enfermer Promising Young Woman dans cette catégorie. Entre légèreté et gravité, humour et sarcasme, «bonnes leçons» et prise de conscience réelle, il faut le dire, l’équilibre est parfait. Pas étonnant que les producteurs du film et le comité d’évaluation de la Hollywood Press Association n’aient pas réussi à se mettre d’accord sur son genre. 

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Comme dans toute bonne comédie noire, jusqu’à la fin, on rit, parfois jaune, parfois franchement. Et, comme dans tout bon thriller, jusqu’à la fin, le scénario surprend. C’est critique sans être moralisateur, drôle sans virer au comique, macabre sans tonalité mélodramatique, cynique sans être cru et kitsch sans jamais glisser vers le ridicule et ce, même jusque dans la BO. Le cul-cul Stars Are Blind de Paris Hilton, par exemple, y côtoie ainsi parfaitement une version au violon plus menaçante et trouble, revisitée, du fameux Toxic de Britney Spears. Un savant mélange qui donne d’emblée le ton.

© Focus Features

Un cœur savoureux

On l’aura compris, Emerald Fennell fait ici montre d’une grande subtilité et d’une maîtrise parfaite de la forme qui, totalement mise au service du fond, le met en lumière et rehausse le propos. Promising Young Woman tirerait son titre d’une formule prononcée il y a quelques années par un juge américain lors du procès d’un étudiant accusé de viol. Peu enclin à le condamner, celui-ci aurait alors rendu son verdict arguant qu’il serait dommage qu’une «erreur», par ailleurs commise lors d’une soirée trop arrosée, suffise à compromettre l’avenir de ce «jeune homme prometteur», faisant ainsi fi de celui de la jeune femme concernée. C’est donc à la thématique du consentement que s’en prend la réalisatrice à travers l’histoire de Cassie.

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Depuis le suicide de Nina, sa meilleure amie violée lors d’une fête estudiantine, chaque soir, cette dernière se prépare et sort. Feignant l’ivresse, elle se laisse alors approcher par de nombreux «mecs biens» désirant lui venir en aide. Et chaque soir, le scénario est le même: un type finit par l’emmener chez lui pour profiter d’elle. Alors qu’elle simule pourtant l’inconscience – ce qui, au passage, ne refroidit visiblement aucun de ses prétendants et est même considéré comme une invitation – au moment fatidique, sobre comme par enchantement, elle prend un malin plaisir à leur poser une question: «Que fais-tu?».

© Focus Features

Douche froide pour le gars qui réalise soudainement qu’il s’apprêtait à violer une femme; instant jouissif pour le spectateur qui ne peut s’empêcher de savourer le retournement de situation. Sa vengeance pourrait s’arrêter à ces leçons de morale tordues quoiqu’efficaces, mais tout change lorsqu’elle apprend que le garçon qui a violé Nina en fac de médecine revient en ville pour se marier. Cassie s’engage alors dans une vendetta de plus grande envergure, particulièrement bien élaborée. Elle rend ainsi visite à tous ceux qui étaient au courant du traumatisme subi par son amie, déterminée à leur faire regretter leur silence. 

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Et c’est à partir de ce moment que le film gagne, selon moi, en subtilité et parvient à éviter les écueils du manichéisme, car si les hommes sont les grands méchants de la première partie, les femmes ne sont pas en reste. De la doyenne cachant sa lâcheté sous l’excuse de la présomption d’innocence, à l’ancienne collègue et amie qui juge Nina coupable parce qu’elle avait bu, on comprend qu’il n’est plus «juste» question du consentement dans la relation homme-femme mais que le débat s’ouvre également sur le rôle joué par la société, par chacun de nous en somme, dans la culture du viol.

Une pointe d’amertume

Si je juge particulièrement jouissif de voir Cassie s’en prendre aux antagonistes comme elle le fait, si je pense par ailleurs que ce film est d’une grande efficacité pour ce qui est de questionner les thématiques évoquées plus haut, il est un dernier point pour lequel je le considère vraiment réussi, c’est Cassie elle-même. Carey Mulligan est non seulement magistrale dans ce rôle de psychopathe à l’opposé de ceux qu’elle endosse habituellement, froide, implacable, sadique et mordante, mais aussi totalement bouleversante. 

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Si Promising Young Woman est l’histoire d’une revanche, c’est aussi et surtout l’histoire d’une jeune femme brisée, obsédée, traumatisée, coincée dans une boucle temporelle qui sacrifie sa vie, son bonheur et son avenir à une cause qui semble perdue d’avance. Quand une écriture intelligente soulève des questions éthiques et que l’esthétique à la fois décalée et soignée permet le divertissement tout en menant à une réelle prise de conscience, on obtient le genre de film que le féminisme mérite, que la société mérite.

Ecrire à l’auteure: kelly.lambiel@leregardlibre.com

Crédits photos: © Focus Features

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