docteur femme

Allô docteur bobo

Les bouquins du mardi – Arthur Billerey

Avec humour et générosité, Alice Bergerac rompt de façon bienveillante le secret médical et regroupe en anecdotes variées plusieurs rencontres avec ses patients depuis son entrée à la fac de médecine.

C’est une drôle de scène. Au premier étage d’une maison de retraite de village, la patiente Madame Duchamp, hors de ses gonds, colérique, vocifère des mots durs et résiste à l’auscultation de la médecin généraliste Alice Bergerac, attaquant stéthoscope et tensiomètre du bout des ongles. L’unique moyen de la calmer est assez inhabituel. Pour mener à bien son travail et ausculter la patiente, il n’est possible que de la faire chanter. Autrement dit, d’entonner une chanson que la patiente Madame Duchamp poursuivra machinalement, sans trop réfléchir, rentrant soudain les ongles, baissant la garde et les armes. La chanson est le seul subterfuge pour détendre l’atmosphère, et peut-être les maux de la patiente: «Au clair de la luuneu, Madameu Duchamp, prête-moi ta plumeu… pour écrire un moot!»

Docteur-auteur

Sous la forme d’un recueil d’anecdotes professionnelles aux allures de journal, Alice Bergerac cristallise ses rencontres en blouse blanche au moyen du détail qu’elle en a retenu, de l’originalité du moment vécu, de telle joie ou inquiétude ressenties, qui font de l’anecdote, parfois, ce que la mémoire retient le mieux et ce qu’il reste du passé de plus vrai, du moins de plus évocateur, comme le disait si justement William Ellery Channing: «Une anecdote nous en apprend plus sur un homme qu’un volume de biographie.»

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Et l’humour y est omniprésent, que ce soit dans le style, ou le choix des anecdotes, ou la façon dont elles sont abordées. Comme cette rencontre avec un TVA, dans le chapitre le «Retour des TVA (Types qui Vivent Ailleurs)», à l’intérieur d’un EHPAD, avec une sorte de Marcel Duchamp de l’unité qui, dans son délire, se permet de répondre aux questions de la médecin généraliste par une poésie riche en images, digne d’un André Breton et des plus grands surréalistes: «Georges, avez-vous mal? – Je n’ai jamais peur. Je marche sur les trottoirs quand il y a du soleil dessus.»

Derrière un humour omniprésent, de la profondeur

Cet humour, qui captive le lecteur, n’exclut pas pour autant quelques détours plus sérieux par rapport à la médecine en tant que discipline, avec des renseignements épars sur la consultation médicale: «C’est marqué partout dans les livres de médecine qu’à âge identique, en quatorze secondes de consultation, le contretransfert est fait et que tu passes d’une relation médecin-patient à une relation de type: “Bon sang, mais ce gars… c’est moi”.»

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Hors de ces renseignements et des manuels, il y a aussi le quotidien de la profession qui est décrit pratiquement, avec, par exemple, ce que peuvent proposer les patients lors des visites à domicile avant de repartir, tel un café, ou un petit quelque chose à manger. Le lecteur est d’ailleurs aussi vivement sollicité, pour participer et deviner la suite, faisant de certains chapitres du livre presque un jeu, l’anecdote devenant participative: «Complétez vous-même entre ces deux exemples extrêmes l’éventail des propositions culinaires qui nous sont faites au quotidien.»

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Sans exclure quelques références littéraires ou musicales, d’Hemingway à Bashung, la médecin généraliste Alice Bergerac place l’humain au cœur de son ouvrage, l’humain des consultations, celui qui souffre et qui se soigne, celui qu’il faut recoudre et réparer, touchant dans sa démarche investigatrice de partager leurs joies, leurs rires et leurs sanglots directement le lecteur à la poitrine. Notre raison d’être n’est-elle pas intimement liée en réseau à la vie des autres? Prescription du médecin: «Livre bon pour le moral, lecture à renouveler autant de fois que nécessaire.»

Crédit photo: © Pixabay

Alice Bergerac
Alors, qu’est-ce qui vous amène? Chroniques de médecine générale
Dashbook
2022

144 pages

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