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Entre rires et délires, la voie du «Punk Samouraï»7 minutes de lecture

par Ivan Garcia
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Les bouquins du mardi – Ivan Garcia

Ko Machida nous emmène sur les traces d’un samouraï sans maître à la morale douteuse, embrigadé dans une lutte contre une secte qu’il a lui-même inventée. Mélange entre une histoire de cape et d’épée et une farce médiévale, Punk Samouraï est un roman kaléidoscopique qui se lit avec délectation.

C’est au pays du Soleil-Levant que se déroule le récit qui sera chroniqué en ce jour, à un temps où les samouraïs existaient encore et, par une étrange collusion temporelle, parlaient presque comme nous à coup de «fake news», de «restructurations», de «zigouiller»… Punk Samouraï (…Râââh, je me meurs…) est une belle farce saugrenue qui suit une bande d’hurluberlus visant à sauver leur domaine d’une secte aux mœurs bien étranges. Un récit brillant d’originalité et d’humour.

Samouraï cherche travail

Kakari Jûnoshin, un rônin (un samouraï sans maître ou un «samouraï au chômage», si vous préférez), possède une habileté surhumaine au sabre. Au début du récit, pour une raison indéterminée, il exécute un vieillard qui se baladait innocemment avec sa fille aveugle. Stupéfaction publique. Face à cet état de fait, Nagaoka Shume, samouraï employé du fief Kuroae, l’interroge sur cet assassinat. Pour éviter de se battre, Kakari lui sort une théorie fumeuse: ce vieil homme était dangereux. C’était un membre de la secte des «Agitateurs de l’Epigastre», de périlleux fanatiques qui s’agitent le ventre et causent d’innombrables troubles publics. Apeuré et craignant pour son fief, Shume demande à Kakari de l’aider à protéger le domaine face à ce groupement. Ce qui au départ n’était qu’une simple invention d’un samouraï flemmard finit par devenir méchamment réel: les «Agitateurs de l’Epigastre» ne tardent pas à se manifester et à mettre le domaine sens dessus dessous… Le héros et ses acolytes devront donc tout faire pour repousser ces religieux risqués.

Dans l’histoire japonaise, le «bushido» est le code moral et éthique auquel sont soumis les samouraïs. Un samouraï sans maître est appelé un «rônin». Il est une sorte de paria. Dans l’imaginaire nippon, le samouraï est un peu l’équivalent de notre chevalier occidental. Alors quoi de plus noble et de plus classe qu’un samouraï? Mais voilà, le héros de Punk Samouraï (…Râââh, je me meurs…) n’a pas vraiment la tête de l’emploi: Kakari Jûnoshin est un rônin, il a perdu son boulot et en cherche un autre. Aussi, vu qu’il a besoin d’argent, dès que l’occasion se présente, il n’hésite pas à monnayer ses services et à se faire passer pour un prétendu expert en «Agitateurs de l’Epigastre». Bon marchand de tapis, il fait tout pour protéger sa propre vie et pour convaincre ses interlocuteurs qu’il peut leur être utile. Ainsi se trouvera-t-il embauché par Naitô Tatewaki, «Premier conseiller du Conseil des anciens du fief Kuroae», qui – sachant pertinemment que Kakari ment – souhaite ainsi embêter son rival, le Second conseiller Ôura Shuzen. Ce qui sera la source de bien des désagréments.

Une écriture carnavalesque

Traduit aux Editions Actes Sud, le récit de Ko Machida, auteur japonais de prose, de poésie, ainsi que chanteur de rock, est un étrange ovni. D’abord, au niveau de l’histoire: on y trouve des samouraïs et une secte à l’idéologie loufoque: d’après les «Agitateurs de l’Epigastre», le monde serait l’estomac d’un ténia à qui il conviendrait, en remuant son épigastre, de filer une indigestion pour qu’il nous exècre «hors du ténia-monde» et ainsi atteindre la Réalité. A cela s’ajoutent des cordes qui tombent du ciel, des histoires d’espionnage, des êtres au pouvoir surnaturel et même un singe qui parle… On l’aura compris, l’ouvrage de Ko Machida est un joyeux banquet auquel sont invitées les inventions fantaisistes. Le tout épicé à la sauce des références de culture populaire avec des clins d’œil aux chansons de Bob Marley ou de Frank Zappa. Un genre de croisement entre l’œuvre de Borges, la télévision et les mangas. A ce propos, on appréciera notamment l’inventivité des attaques au sabre telles que «Winnie l’Ourson a l’alcool mauvais, cherche la bagarre et pif».

Dans différentes descriptions, le récit semble s’inspirer de scénarios de films, à l’instar de la scène où la troupe de héros finit de manger dans une gargote, avant de se rendre chez un prédicateur, cure-dent en bouche ou encore quand Kakari entre dans une taverne et demande «A boire et à manger». Il y a, de la part des personnages, une sorte de conscience qu’ils sont les sujets d’une fiction rendant le récit vivant et surtout plus drôle, car il faut bien l’admettre, on rit beaucoup à la lecture de ce récit entraînant. Au niveau du casting, les personnages – et il y en a – sont mémorables et bien construits, que cela soit l’espion Konji, le benêt Osamu aux superpouvoirs, ou encore l’ancien prédicateur épigastrique Chayama Hanrô…

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Ce long récit (plus de 300 pages) ne comporte pas de chapitres et c’est donc «d’une seule traite», comme on dit, qu’on se lance dans cet ouvrage. Lors de la lecture, on fait donc «ça et là» des petites pauses pour savourer les scènes drôles qui nous sont décrites. Si les «Agitateurs de l’Epigastre» décrivent le monde comme factice, le lecteur de Punk Samouraï s’amusera de «cette fiction» créée de toutes pièces par l’écrivain japonais qui mêle un maelström d’éléments dans ce récit carnavalesque.

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Dans l’esprit du carnaval, ce qui est en haut se retrouve en bas et vice-versa. Il en va de même pour cette histoire où son héros picaresque «retourne» littéralement chaque situation. Jusqu’à provoquer un chaos monumental. A défaut de suivre la voie du bushido, au fil du roman, Kakari Jûnoshin trouve sa nouvelle voie entre rires et délires. Celle du punk samouraï.

«- Ron. Ce monde est peut-être illusoire, comme le dit Chayama Hanrô. Enfin, c’est très probable, je suppose. Mais, c’est de cette façon que je vis, moi. Je n’ai appartenu à aucune organisation, aucune structure, aucune société. J’ai toujours vécu par moi-même. Et à partir de maintenant aussi. Je n’ai pas le choix, Les types du domaine Kuroae, s’ils savaient que le monde dans lequel ils vivent est une illusion, ne pourraient plus vivre, j’imagine. Moi, je ne suis pas comme eux. Je me pose la question des prémisses de ce monde. Le monde, je m’en fous. Que ce monde soit illusoire, ou fictif, je survivrai. Ron. Je suis un punk-samouraï.»

Ecrire à l’auteur: ivan.garcia@leregardlibre.com

Crédit Photo: © Photo by Barthelemy de Mazenod on Unsplash

Ko Machida
Punk Samouraï

(…Râââh, je me meurs…)
Traduit du japonais par Patrick Honnoré
Actes Sud Editions
2021
396 pages

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