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Simon Liberati, la performance la moins rock de l’année?

par Mathieu Vuillerme
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performance

Performance retrace l’histoire d’un écrivain sur le déclin, embauché pour écrire le scénario d’une série sur les Rolling Stones. Mais le narrateur se perd, mêlant les déboires de sa vie conjugale à ses recherches. Les sixties définitivement enterrées?

Lorsque l’un des écrivains connus pour aborder les sujets les plus subversifs de ce siècle s’empare des Rolling Stones, on a de quoi s’attendre à une véritable performance littéraire, déjà saluée en 2022 par le prix Renaudot. L’auteur, Simon Liberati, est en effet journaliste de métier et connaît bien cet univers sombre que la fiction tente de dépeindre depuis près de cinquante ans. Dans Performance, l’auteur met en scène son double littéraire, un écrivain septuagénaire en manque d’inspiration, qui doit couvrir un épisode de la vie des Stones pour en faire une série. Le point culminant de celle-ci sera la mort de Brian Jones en 1969. Un travail qui ne sera pas de tout repos, car le héros se heurte vite aux réalités de la vie actuelle…

Pierre qui roule

Le livre alterne entre scènes historiques, reconstitutions prévues par le narrateur et épisodes conjugaux entre ce dernier et Esther, une jeune diablesse de 23 ans, que l’écrivain tente de conserver à ses côtés. Seulement, le protagoniste est un vieil homme, incontinent, perdu dans un XXIe siècle qui ne lui ouvre plus les mêmes portes que sa jeunesse. Si l’on ajoute à cela le syndrome de la page blanche dont il est victime, on comprend que relater la vie du groupe ne sera pas une chose aisée pour lui.

Si ce point de départ a déjà été vu mille fois, il aurait pu servir à proposer une relecture des coulisses du Londres de ces années-là: ce que le livre fait, un peu. Mais l’auteur aurait surtout pu proposer une vraie langue «rock». Dans l’ouvrage qui nous occupe, le style se limite à des phrases ampoulées à rallonge, ainsi qu’à des anecdotes d’un vieux comte tentant de garder près de lui sa dernière compagne, qui se trouve être la fille de son ex-femme.

«Même au bout du rouleau, Brian Jones restait une petite brute impitoyable, vivace, un chien de combat, une pierre qui roule. Il ne fallait pas oublier cela, les années 1960 étaient beaucoup plus violentes et destructrices qu’aujourd’hui.»

Une relation moins compliquée que celle des membres du groupe

La relation entre le narrateur et Esther est pourtant assez belle. Evidemment, leur idylle souffre du trope du vieil érudit «éduquant» sa muse par des vers et de la littérature des siècles passés, mais, que voulez-vous, on ne refait pas les écrivains germanopratins. Cette romance se déroule d’ailleurs bien mieux que celle des membres du groupe de rock, décrits comme des bêtes en rut s’échangeant doses de drogue et petites amies avec la même facilité.

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Les multiples descriptions de ces jeunes stars sont du reste les passages les plus touchants du roman. On ressent, lorsque toute la poudre a été éliminée, le désarroi de ces jeunes de vingt ans qui ne sont même pas assez débrouillards pour se faire soigner une bronchite. Le spectre de Brian Jones plane d’ailleurs sur toute la partie historique, sans pour autant que la «folie» du personnage ne soit mise au premier plan – ce qui le rend plus chétif que l’image qu’on en a conservée.

Quand la fiction se mêle à la triste réalité

Lorsque l’auteur de ces lignes ouvre le livre pour la première fois, il pense connaître quelque peu Simon Liberati et ce que cet écrivain nous proposera: un travail historique de qualité, des scènes crues, mais en accord avec le thème, et une pointe de subversion. Cependant, la triste réalité est que la vie de l’auteur a bien vite déteint sur son roman. Résultat d’une hybridation entre l’enquête sur les Rolling Stones (que l’on croit principale) et la vie du narrateur (que l’on imagine secondaire), l’intrigue verse, en fin de compte, dans une simili autofiction où la vie conjugale de ce narrateur avec son ancienne belle-fille se trouve en fait être celle de Simon Liberati Partant de là, quel intérêt d’avoir voulu y mêler cette histoire de scénario à rendre si c’est pour ne livrer qu’un énième récit de relation compliquée sur fond de grand écart générationnel?

En définitive, si certains (dont l’auteur de cette critique fait partie) se réjouiront de savoir qu’un auteur sortant des canons classiques s’est vu remettre un prix comme le Renaudot, il est regrettable de constater que c’est pour un roman si maigre en récit et si pompeux en style.

Ecrire à l’auteur: mathieu.vuillerme@leregardlibre.com

Crédit photo: © DR

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Simon Liberati 
Performance
Editions Grasset & Fasquelle
2022 
252 pages 

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