Un périple autour du monde pour «Ne pas laisser le temps à la nuit»

Les bouquins du mardi – Lauriane Pipoz

Ne pas laisser le temps à la nuit est un roman basé sur les dialogues. Il présente la quête identitaire d’une jeune femme tentant de fuir son passé. Paradoxal? Pas forcément, puisqu’il montre à quel point on peut se perdre en cherchant ses racines. 

Maiko est amnésique. Elle s’est réveillée à Bruxelles avec une cicatrice dans le dos et beaucoup d’angoisses. La secrétaire de son père lui a laissé une enveloppe avec de l’argent et un nouveau passeport. Elle lui a enfin donné une consigne: ne révéler son identité à personne.

Un récit en deux temps

C’est sur cette base que Sonia Molinari déroule son premier roman. Il est construit en deux temps: celui de l’amnésie, où Maiko paraît victime de sa situation, et celui où, devenue experte dans l’art de disparaître, elle semble maîtresse de son destin. Cette dichotomie rend l’ouvrage presque schizophrène, ce qui reflète bien la perte d’identité de la jeune femme. Le lecteur se perd dans les pages accompagné d’une protagoniste qui possède deux facettes. Qui se ressemblent et même se rejoignent de plus en plus lorsqu’on avance dans le récit.

Déguisée en hôtesse de l’air, Maiko doit faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour échapper aux personnes qui veulent sa peau. Alors qu’elle tente d’échapper à ses poursuivants, elle cherche aussi désespérément à comprendre ce qui est arrivé à son père. Ce microbiologiste a disparu des années auparavant, événement qui a laissé sa famille brisée. Mais faut-il réellement bien connaître ses racines pour se construire?

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Un style épuré

Dans son périple, le personnage principal pourra compter sur l’aide inattendue d’amis d’enfance, d’employeurs ou de baroudeurs. Avec toujours la même question: à qui peut-il se fier? Cet ouvrage est autant un roman à suspense qu’un récit sur les relations humaines et le sentiment de solitude. L’intrigue principale devient progressivement secondaire puisque le plaisir de cette lecture découle principalement du style de l’auteure: épuré, il permet de se mettre facilement à la place des protagonistes. Les dialogues jalonnent le livre et prennent souvent le pas sur les passages descriptifs. Elle semble néanmoins très à l’aise pour intégrer le lecteur dans les ambiances et lui faire comprendre les sentiments de ses personnages en quelques mots – intégrés ou nom au sein de dialogues. Ce style presque minimaliste est certainement la raison pour laquelle il est si facile d’imaginer les lieux ainsi que les liens qui se construisent.

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On pourrait trouver que la psychologie des personnages n’est pas assez fouillée: on en rencontre une multitude et on a parfois peu le temps de faire connaissance avec eux. Ce qui reflète parfaitement les impressions de Maiko, qui doit à plusieurs reprises s’enfuir après avoir fait une rencontre. Cette évanescence des personnages secondaires est l’un des éléments qui rend cette lecture très agréable: sur la base d’un, voire deux, grands événements, il est possible d’imaginer par nous-même ce qui a bien pu leur arriver pour qu’ils développent certains traits de caractère. Tout comme le personnage principal a su le faire.

En considérant ce livre comme un simple thriller, il pourrait paraître attendu, présentant une intrigue un peu trop facilement classée. Mais en le considérant comme un ouvrage élégant et parlant de la peur, il devient complexe. A noter enfin que, s’il sonne juste, c’est probablement parce que Sonia Molinari sait de quoi elle parle. Elle sait rendre la fuite agréable et nous faire comprendre qu’il est possible d’exorciser ses peurs, tout en sachant s’y confronter.

Ecrire à l’auteure: lauriane.pipoz@leregardlibre.com

Crédit photo: © Romain Guélat / Editions Zoé

Sonia Molinari
Ne pas laisser le temps à la nuit
Editions Zoé
2020
304 pages

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