Le concert idéal de Johnny Hallyday qui n’a jamais existé

Article inédit – Daniel Wittmer

Community manager pour Le Regard Libre – c’est-à-dire membre de l’équipe qui s’occupe des réseaux sociaux du magazine – je cultive avec mon boss une même passion intime pour certains domaines de la musique, et plus particulièrement pour Johnny Hallyday. A l’occasion des 78 ans que l’artiste aurait eu le 15 juin 2021, nous nous sommes prêtés à un jeu extrêmement pointu. Et ô combien révélateur de l’univers précis qui nous fait rêver tous les deux, bien au-delà du chanteur. Voilà que je prends la plume pour vous raconter cette expérience.

Jonas Follonier et moi sommes deux «fans» de longue date de Johnny Hallyday. Je mets des guillemets car si sur le fond, c’est bien la vérité, j’assume moins la forme du «fan» pour cet artiste. Etre «fan de Johnny Hallyday», dans l’esprit collectif, c’est être fan des loups, des santiags, du Ricard et des blagues beaufs (mais drôles quand même) du tonton Thierry (lui-même fan des loups, des santiags, du Ricard, de ses propres blagues beaufs… et de Johnny).

Pourtant, Jonas et moi avons, sans nul doute, quelque chose en nous de Tennessee et de Johnny à la fois. L’envie du large, du loin, d’ailleurs, des grands espaces, des plaines du Montana aux roches du Colorado, de «l’Amérique de William», d’«une route sans feux rouges depuis l’Hudson River jusqu’en Californie» et des «enfants qui sur leurs vélos rouges distribuent des journaux aux portes des maisons». Bref, d’un certain rêve américain. Et aussi de spectacle, de démesure: de rêve, tout simplement.

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A la recherche de la setlist idéale

Il y a quelque temps, pris d’une envie soudaine (d’amusement!), je lui ai suggéré par un message enflammé que nous créions en quelques heures, chacun pour soi, notre «setlist idéale d’un concert de Johnny Hallyday».

J’entendais par là que, certes, depuis l’aube de notre passion pour l’icône et son œuvre gigantesque, nous avions séparément assisté à quelques-uns de ses concerts nous laissant à chaque fois des souvenirs pour toute une vie, mais nous n’aurions jamais eu exactement la setlist (la liste des chansons jouées lors d’un concert) parfaite du chanteur. Nous n’aurions jamais vécu LE concert idéal. Celui au cours duquel Johnny aurait enchaîné exactement toutes les chansons pour lesquelles nous nous serions déplacés.

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Alors, quitte à ne pas rentrer frustrés, pourquoi ne pas l’inventer nous-mêmes, cette setlist? C’était l’idée du jeu que j’ai proposé à Jonas. Et il a dit oui. Joie!

Durant une après-midi, nous nous sommes donc amusés à fouiller dans le répertoire complet de Johnny, à travers ses 51 albums, faits de plus de 1’200 titres – rien que ça, s’il vous plaît – pour constituer au plus proche de nos sentiments à l’égard de chacun des titres, mais aussi l’humeur du moment, les enchaînements parfaits d’un concert auquel nous ne nous rendrions jamais.

D’une complicité devait naître une forme d’accord…

Il s’agissait bien entendu de trouver LA chanson parfaite pour ouvrir ce show fictif et LA chanson parfaite pour le conclure. Car comme avait dit Maurice Chevallier à Johnny aux premiers rideaux de sa carrière, il y a près de 60 ans: «Petit, soigne tes entrées, soigne tes sorties. Au milieu, démerde-toi».

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La complicité que Jonas et moi partageons à travers le répertoire d’Hallyday est intuitive, quasiment télépathique. Dès lors que nous évoquons une chanson, nous partageons à 99,8% le même avis dans les deux mêmes premières secondes du sujet. De surcroît, pour des raisons identiques.

Si bien que lorsque nous abordons (par exemple) Allumer le feu, Jonas dit qu’elle n’est véritablement bien chantée que sur sa version studio, cette musique. J’approuve en lui emboîtant le pas de sa phrase pour souligner le fait que «oui, mais tel extrait de ce morceau passe très bien dans tel concert». Jonas ajoute encore que «exactement, et là quand il pousse la voix à tel moment d’Allumer le feu, ça ressemble à une intonation de tel passage de telle musique ». Et je conclus par un «oui, exactement!» définitif, amusé et presque rassuré de cette connivence.

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Ainsi, cette complicité fit soupçonner en moi la certitude que lorsque nous ferions découvrir notre setlist à l’autre, il n’y aurait que peu de différences.

… tu parles, Charles!

La règle était simple: on crée un spectacle d’une trentaine de chansons («un bon Stade de France» avais-je suggéré à Jonas, en référence aux neuf shows hors-normes qu’y a donnés Johnny Hallyday). Aucun plafond n’avait été imposé à nos phantasmes; la setlist que nous constituerions pourrait ne pas comporter Le pénitencier ou Marie. Et puisqu’il n’y a pas de plaisir tant qu’il y a de la gêne, nous pourrions même nous affranchir de Que je t’aime, au besoin.

Le résultat nous a paru immédiatement surprenant:

Lorsque Jonas et moi nous sommes retrouvés le soir même autour d’un bon repas pour partager nos listes respectives, nous nous sommes pour une fois quelque peu surpris dans notre amitié musicale d’être si divergents sur le choix des titres. Des 67 musiques élues au total, nous ne partageons réellement que 4% de ressemblance d’un programme à l’autre.

Un même esprit derrière les apparences

Cela étant, prenons un peu de recul. Si effectivement, sur la forme, les différences semblent nettes, il convient de les observer d’une autre manière: les deux statistiques intitulées «Exploitation du répertoire par décennie» indiquent bien que Jonas et moi avons les mêmes préférences de périodes dans la carrière du chanteur. C’est celles des années 1970, 1980 et 1990 dont nous nous sommes le plus servies pour monter ce spectacle imaginaire. Voilà un premier rapprochement.

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Le second lien ne me semblait pas si évident que cela jusqu’ici et c’est en analysant nos résultats de plus près que je pris conscience d’une vraie similarité. Nous avons en commun dans nos setlists dix albums de Johnny. Dix sur cinquante-et-un, tout de même. Un cinquième (1/5) plutôt improbable et plutôt plaisant à la fois: sans présage ou concertation, nous avons confirmé nos avis semblables sur l’ensemble de nos goûts.

Dans un monde où Johnny aurait fêté ses 78 ans sur scène, aujourd’hui même, il est ainsi probable qu’en me rendant au concert dont Jonas aurait rédigé la setlist, je me serais dit: «Tiens, cette fois c’est vraiment le meilleur concert de Johnny Hallyday.» Et vice versa. Et vous, auquel de ces deux concerts auriez-vous aimé vous rendre?

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Crédit photo: © Mathieu Thouvenin / Flickr

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