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Nicaragua: la «révolution socialiste» impopulaire4 minutes de lecture

par Diego Taboada
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Les lundis de l’actualité – Diego Taboada

Depuis quelques mois maintenant, le Nicaragua est sous les feux des projecteurs en raison des manifestations populaires contre la dictature de Daniel Ortega et sa femme, Rosario Murillo – qui s’est progressivement hissée à la vice-présidence du gouvernement. Ces mouvements ont permis de mettre en lumière les agissements d’un régime autoritaire qui n’hésite pas à réprimer violemment toute tentative de contestation: près de trois cents morts sont à déplorer malgré les appels à la paix – cyniques – du président.

Malgré les grèves et la pression internationale, le couple est bien déterminé à rester au pouvoir. La célébration du trente-neuvième anniversaire du renversement du régime de Somoza par le Front sandiniste de libération nationale tombait à point nommé. Ortega a profité du bain de foule avec ses partisans pour consolider sa position et accuser l’Eglise, dont le rôle est resté important dans le pays, de conspiration et de soutien aux «putschistes» de l’opposition. Les évêques ont tenté de proposer une médiation entre les parties afin de trouver une sortie de crise pacifique. Mais ce scénario ne convient pas à un président qui n’envisage aucune démission ni convocation d’élections anticipées.

La situation dans laquelle se retrouve le Nicaragua peut sembler paradoxale si l’on se penche sur le projet originel des révolutionnaires sandinistes, dont Ortega faisait partie lorsqu’ils ont pris le pouvoir par la force, tout d’abord, et par les urnes ensuite. Ceux-ci prétendaient lutter contre le despotisme corrompu des régimes d’Amérique latine, à l’instar de ses grands frères castro-guévaristes. Certains observateurs en ont bien soulevé l’ironie: devenu le dictateur qu’il s’était juré de combattre, Ortega est maintenant contesté par ce même peuple qu’il se disait défendre et représenter. Tout un symbole.

La situation au Nicaragua n’est pas sans rappeler les événements qui ont lieu au Venezuela. En effet, les parallèles sont flagrants. Un régime autoritaire, népotique et corrompu, dans lesquels la contestation gronde et la répression est sanglante. Un discours similaire, accusant l’opposition de «subversive», et illégitime car au service des intérêts impérialistes américains, les deux régimes fermant les yeux sur la situation catastrophique que vit la population. Il serait bien entendu inconcevable pour un gouvernement «du peuple» de se faire contester celui-ci. Mais cette rhétorique socialiste classique a ses limites et ne survit pas à l’épreuve des faits bien que l’écho continue de toucher certaines personnes à travers le monde.

En effet, ces dictatures de gauche jouissent d’une tolérance bien plus grande que les autres types de régimes. Certains – ceux qui n’y vivent pas bien entendu – en sont les ardents défenseurs car ils les considèrent comme moralement supérieures, au service des pauvres et à la recherche de justice sociale. L’échec latent de ces régimes réside moins, selon eux, dans un problème intrinsèque plutôt que dans le contexte et l’influence d’éléments extérieurs venus perturber la bonne marche de la révolution.

Il est néanmoins difficile de continuer à croire aux vertus de cette forme de pouvoir et à fermer les yeux sur les conséquences désastreuses qu’elle a sur le pays et ses habitants. L’attitude de la population est un indicateur infaillible. Quand elle descend dans la rue, c’est rarement parce qu’elle s’y sent obligée par des impérialistes. Une révolution populaire qui perd l’appui de son peuple perd sa raison d’être. Ce fait a semblé inéluctable dans chaque expérimentation socialiste à travers l’histoire. Il s’agit dorénavant de reconnaître qu’une dictature – de gauche ou de droite – n’est jamais positive et qu’il faut la combattre.

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Le Nicaragua est un exemple parmi tant d’autres d’échec de la dictature. Espérons que la souffrance des habitants du Nicaragua et leur désir de liberté, de démocratie et de prospérité contribuent à casser le mythe de l’idylle socialiste et démontre encore une fois que la «dictature du prolétariat» à la sauce sud-américaine a beaucoup de «dictature» et très peu de «prolétariat».

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