Archives de catégorie : Littérature

En pleines « Forêts »

Promenades théâtrales (2/6)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

« EDMOND. Ma mémoire est une forêt dont on a abattu les arbres. »

Forêts. Une quête tragique pour retrouver les arbres abattus et ainsi reconstruire l’histoire de femmes, d’hommes, de fils, de pères, de frères : d’une famille à l’héritage en ruines, tel un crâne fracassé dont il faut recomposer les morceaux.

La pièce appartient à la tétralogie du Sang des promesses de Wajdi Mouawad. Elle en est la troisième tragédie, réalisée en 2006 ; la première étant Littoral (1997), la deux-ième Incendies (2003), la quatrième Ciels (2009). Selon l’auteur, sans comporter « une suite narrative, ces histoires, puisqu’il s’agit d’histoires avant tout, abordent, de manière différente et, j’ose l’espérer, de manière à chaque fois plus complexe et plus précise, la question de l’héritage. Celui dont on hérite et celui que l’on transmet à notre tour. » Continuer la lecture de En pleines « Forêts »

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Bienvenue au théâtre

Promenades théâtrales (1/6)

Le Regard Libre N° 14 – Loris S. Musumeci

Dans l’obscurité, la salle se remplit peu à peu. Les murmures et le bruit sourd des pas discrets annoncent un début qui, dans l’excitation incomprise, l’émotion douteuse mais aussi l’appréhension, s’approche ; lorsque soudain, telle une vague surgissant d’une mer silencieuse, tel un coq chantant trop tôt, avant l’aube d’un nouveau jour, surgissent, de la profondeur du cœur des coulisses, les fameux et décisifs trois coups. Le rideau d’un rouge épais et dense s’ouvre ; c’est sur les planches que commence une nouvelle réalité, celle de vies appelées à être ressuscitées sur la scène par la représentation. L’art dramatique s’actualise alors à nouveau. Le corps d’un homme s’apprête à revivre l’existence d’un autre, tout en l’offrant à un public unique et éphémère ; cela par la présence temporelle du comédien qui réanime une histoire intemporelle. Bienvenue au théâtre, lieu de mystère continu.

Ils seraient si nombreux, les éléments théoriques, techniques et philosophiques à évoquer pour réaliser une introduction au théâtre, qu’un seul livre aurait déjà quelques difficultés à les contenir. De fait, Henri Gouhier, notamment éminent penseur de l’art, en toute humilité, affirme, à la fin de son ouvrage Le théâtre et l’existence, qui cherche à aller du théâtre à la philosophie par la pensée de l’essence même de ce premier – thèse qu’il aborde dans un essai précédent L’essence du théâtre – : « La philosophie et l’esthétique du théâtre doivent se constituer à travers une histoire comparée des arts du théâtre et en faisant appel à de multiples sciences, psychologie et psychanalyse, sociologie et ethnographie. Toutefois, une vue d’ensemble peut être commode, permettant de poser, de situer et de soupeser les problèmes fondamentaux. Une telle esquisse, par sa nature même, s’adresse simplement à tous ceux qui aiment le théâtre et qui ne refusent pas l’effort de réfléchir sur ce qu’ils aiment, sachant que la meilleure façon d’aimer est encore de chercher à comprendre. ‘Conclusion’ ne conviendrait pas plus ici que ‘dénouement’ à la fin d’un premier acte. Ces pages ne sont rien de plus qu’une scène d’exposition. » Continuer la lecture de Bienvenue au théâtre

« L’adversaire »

Le Regard Libre N° 9 – Loris S. Musumeci

« Qu’il ne joue pas la comédie pour les autres, j’en suis sûr, mais est-ce que le menteur qui est en lui ne la lui joue pas ? Quand le Christ vient dans son cœur, quand la certitude d’être aimé malgré tout fait couler sur ces joues des larmes de joie, est-ce que ce n’est pas encore l’Adversaire qui le trompe ?
J’ai pensé qu’écrire cette histoire ne pouvait être qu’un crime ou une prière.
Paris, janvier 1999 »

Jean-Claude Romand : Père de famille idéal, fils consciencieux, grand médecin à succès… et menteur, assassin, fou.

Son histoire est celle d’un homme banal, qui pendant dix-huit ans a menti sur tout à tout le monde. Et tout éclate le 9 janvier 1993, lorsqu’il tue sa femme, ses enfants, ses parents et tente, sans succès, de se suicider. On découvre alors qu’il n’était pas médecin à l’OMS comme il le prétendait. Il n’était rien. Durant toutes ces années, sans l’ombre d’un doute, sa famille, ses amis le crurent dans ce mensonge d’une vie, mais au moment où la vérité s’apprêta à déchirer le voile de l’imposture pour ressurgir à la lumière, Jean-Claude Romand ne trouva d’autre issue que d’assassiner « ceux qu’il aimait », ceux qui eussent été meurtris par cette vérité étouffée, si vieille et nouvelle à la fois. Continuer la lecture de « L’adversaire »

Un étudiant sédunois romancier et romantique

Le Regard Libre N° 5 – Pierre Loretan

Nous interrogeons aujourd’hui Vincent Gauye, qui présentait il y a quelque temps de cela son premier ouvrage au Salon du livre. Depuis toujours fasciné par les mots, plusieurs fois primé, il nous livre sa vision de l’écriture et de la finalité d’une publication.

Pierre Loretan : Parlez-nous en peu de vous pour commencer.

Vincent Gauye : Comme déjà dit plus haut, je m’appelle Vincent Gauye et je vis à Sion. Il est évident que le contexte historique et culturel de cette ancienne cité médiévale n’est pas sans m’influencer et il est même parfois difficile de la clarifier face à cette pléthore d’éléments susceptibles de m’intéresser ! J’ai donc très vite couché des mots qui cumulés à des règles de grammaires ont fait naître des phrases. (rires)

Abordons la question du Règne Tourmenté Des Douzièmes Harald, qui est votre premier ouvrage publié. Si vous deviez le résumer en quelques mots ?

Hélas ! il m’est difficile d’accomplir cet exercice ! En effet, il y a tant d’éléments qui s’entremêlent pour former le tissu narratif ! Je vais donc en donner la couleur, ce qui me semble être plus aisé. Il s’agit avant tout d’une fiction, ce qui ne lui empêche pas d’avoir une multitude de liens avec une réalité historique. Il s’inscrit dans une époque médiévale, néogothique, qui fait donc apparaître une société sous la houlette d’un Roy et d’un ordre hiérarchique. Le personnage principal est un Duc. Le lecteur évolue donc dans ce contexte d’honneur, de vertus et de grandeur propre à ces temps hélas achevés ! Enrichi d’éléments d’architecture historique, le récit conte un royaume puissant qui se trouve subitement déstabilisé. Continuer la lecture de Un étudiant sédunois romancier et romantique

Faut-il être lu pour écrire ?

Le Regard Libre N° 4 – Sébastien Oreiller

Voici une entrevue sur le thème de l’écriture, réalisée auprès d’un jeune écrivain qui, par modestie, a tenu à garder l’anonymat.

Sébastien Oreiller : Cher ami écrivain, un grand merci d’avoir accepté cet entretien. Tout d’abord, pourquoi cet anonymat ?

Pour deux raisons : en premier lieu parce qu’il ne serait pas très décent de s’afficher publiquement lorsque l’on n’est qu’un néophyte dans le monde de la littérature, et encore… Deuxièmement, parce qu’il est toujours difficile de parler de ce que l’on écrit, comme l’avait déjà relevé Corinna Bille, et que l’anonymat permet une franchise et une liberté de cœur impossibles à découvert. Continuer la lecture de Faut-il être lu pour écrire ?

«Deux petits pas sur le sable mouillé»

Le Regard Libre N° 3 – Loris S. Musumeci

L’histoire commence sur une plage, quand Anne-Dauphine remarque que sa petite fille marche d’un pas un peu hésitant, son pied pointant vers l’extérieur.

Après une séries d’examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d’une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors l’auteur fait une promesse à sa fille: «Tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres petites filles, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d’amour.»

Ce livre raconte l’histoire de cette promesse et la beauté de cet amour. Tout ce qu’un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner.

«Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie.»

Le vendredi 11 avril dernier, à Martigny, j’ai fait l’incroyable rencontre d’Anne-Dauphine Julliand. Son témoignage de vie est un véritable hymne au bonheur et à l’amour.

Anne-Dauphine et Loïc, son mari, ont quatre merveilleux enfants: Gaspard, Thaïs, Azylis et Arthur. Cependant, seuls trois sont physiquement vivants. Thaïs est morte à l’âge de trois ans, d’une maladie au nom barbare: la leucodystrophie métachromatique. Ce nom fait peur. Peur! Une peur qui aurait paralysé le bonheur de la petite famille à jamais, comme l’avait tout de suite pensé Anne-Dauphine à l’annonce de cette tragédie. D’autant plus qu’elle attendait un enfant en ce temps; d’autre part, les médecins avaient été clairs: «Il y a une chance sur quatre que votre prochain enfant soit atteint de la même maladie.» La petite Azylis est née avec la même maladie génétique que sa sœur. Elle a été traitée depuis sa naissance; mais la leucodystrophie étant une maladie incurable, ces traitements ne font que ralentir la dégénérescence. Azylis est aujourd’hui âgée de sept ans et demeure complètement dépendante car elle a développé de très lourds handicaps. Elle ne peut pas marcher, ni parler, ni se nourrir…

Pourtant, Anne-Dauphine et sa famille sont profondément heureux! Mais comment est-ce possible? Comment garder le courage et la volonté de vivre dans une telle situation?

S’ils sont heureux, c’est parce qu’ils ont la force de, chaque jour, choisir la vie, lui dire «oui». «Nous serons unis dans cette épreuve. C’est notre vie. Et nous allons la vivre.»

Que faire d’un enfant à qui il ne reste que quelques mois à vivre, comme Thaïs? – L’aimer!
Que faire d’un enfant malade comme Azylis? – L’aimer!
Que faire de deux enfants en bonne santé comme Gaspard et Arthur? – Les aimer!

Evidemment, Anne-Dauphine déclare ne pas être toujours joyeuse dans son bonheur: elle a aussi de grands moments de tristesse, lorsqu’elle repense à sa Thaïs et qu’elle aimerait la serrer dans ces bras pour un instant seulement ou qu’elle aimerait voir sa princesse Azylis guérir. Toutefois, ces moments de douleurs font aussi partie du bonheur. Ce bonheur qui se choisit se vit dans la beauté de l’instant présent.

A travers la thématique du bonheur, le témoignage d’Anne-Dauphine Julliand fait beaucoup réfléchir sur la véritable valeur de la vie. Thaïs n’a pas eu une vie très longue, mais intense. Et ce qui fait la valeur et la beauté d’une vie, ce n’est pas son étendue dans le temps mais son intensité dans le présent. Du côté d’Azylis, malgré son très lourd handicap, elle peut tout de même faire l’essentiel: aimer. «Rien que par son regard, Azylis me transmet un tel amour, comme aucune parole ou aucun geste ne pourraient le faire.»

«Une belle vie, ce n’est pas une vie où il n’y a pas d’épreuve. C’est une vie où on surmonte ces épreuves.» Anne-Dauphine nous montre par son témoignage de vie qu’épreuves (autant difficiles soient-elles) et bonheur sont en parfait accord. Nous pouvons donc tous être heureux!

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Loris S. Musumeci pour Le Regard Libre