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Films

Critique

«Le Procès Goldman», cloisonnement d’un insoumis

par Mathieu Vuillerme
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Le Proces Goldman_0 © Moonshaker

Alors que les «films de procès» semblent être revenus sur le devant de la scène, Cédric Kahn joue la carte de la radicalité en offrant un film solide, brillant et drôle sur la machine judiciaire française du milieu des années 1970.

Présenté cette année en ouverture de la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes, Le Procès Goldman revient sur l’audience en appel de Pierre Goldman, militant d’extrême-gauche et braqueur de banques, accusé d’un double meurtre qu’il nie avoir commis. Si cette affaire a fait du bruit dans la France de Valéry Giscard d’Estaing, ce n’est pas tant pour la parenté entre l’accusé et le chanteur Jean-Jacques Goldman que pour la portée du procès et son retentissement politique. Sur les deux qualificatifs retenus dans cette présentation rapide de Pierre Goldman, ce n’est en effet pas celui de «braqueur de banques» qui a poussé les forces de l’ordre à la méfiance, mais bien celui de «militant d’extrême-gauche». Car en pleines révoltes communistes dans différents pays, et alors que la «menace rouge» est toujours vivace, ce n’est pas un meurtrier présumé que l’on tente d’enfermer, mais bien un activiste politique.

D’enfant de résistant à révolutionnaire

D’abord présenté comme fils de héros de la résistance polonaise, Goldman est ensuite tour à tour universitaire, braqueur, guérillero, violent, drôle et communiste. C’est d’ailleurs ce dernier point qui semble retenir l’attention des jurés, et celle de la police, très présente sur le banc des proches. Car Goldman ne ressemble pas au criminel idéal, et cela dérange la cour. Il est non seulement très précis et érudit dans le choix de ses mots, d’une totale moralité et d’une transparence irréprochable, mais il est surtout très vindicatif envers toute forme d’autorité, et a fortiori le système policier.

«Le Procès Goldman» (2023) de Cédric Kahn © Moonshaker
«Le Procès Goldman» (2023) de Cédric Kahn © Moonshaker

Ce refus d’une police qu’il considère comme «raciste et fasciste» va être mêlé à son passé de révolutionnaire en Amérique du Sud, pour en faire une sorte de terroriste de gauche (type bande à Baader) qui menacerait l’équilibre de l’Etat tout entier: si Goldman est acquitté, c’est la mort de la nation française telle qu’on la connaît, en somme. Pourtant, l’homme est paradoxalement très soutenu. Par ses proches, mais également par un public aux idéaux proches des siens. Ce clivage sur le banc des témoins crée un esprit presque forain dans la salle d’audience, et permet à Cédric Kahn de sous-tendre son point de vue sur la société actuelle.

Le procès d’une époque

Alors que Cédric Kahn met en scène son personnage principal (sidérant Arieh Worthalter), ce n’est pas tant l’homme réel qu’il fait parler, que l’écho d’une génération. Si le film semble si fluide et parlant, c’est bien parce qu’il raconte quelque chose de notre époque. Alors que Goldman clame haut et fort, dans une salle pleine d’officiers, que la police est raciste, cela est d’autant plus impactant que peu de choses ont changé aujourd’hui. La tension permanente qui s’installe alors dans la salle – et dans le film – transparaît également dans la mise en scène.

L’enfermement que ressent Goldman est immédiatement transféré aux spectateurs. Hormis une rapide scène d’introduction, l’entier du long-métrage se déroule dans la salle d’audience. Tout au long du procès, les spectateurs assistent à la reconstitution de la vie de Pierre Goldman, à coups d’échanges et de lectures de lettres, comme s’ils étaient eux-mêmes jurés. Des faits, ne sont «montrés» que les témoignages. Ce procédé permet une identification immédiate à l’histoire et fait basculer les certitudes au gré des nouvelles preuves et annonces défilant devant la caméra statique de Kahn. Le choix peu usuel du 4:3 (format presque carré utilisé notamment par les anciennes télévisions) crée aussi un cloisonnement de chaque personnage s’adressant aux jurés, tout en rappelant l’aspect médiatique de l’affaire, dont la France de 1976 n’a eu les échos que par le petit écran.

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Brillamment mis en scène et écrit, Le Procès Goldman est aussi éminemment politique et actuel. A la peur que peut susciter un huis-clos judiciaire de deux heures, Cédric Kahn répond par une direction d’acteurs et un rythme sur le fil qui n’ennuie jamais; sorte de bonne réponse à la première moitié d’Anatomie d’une chute (Justine Triet, 2023) qui peinait à démarrer avant d’attaquer son réel sujet.

Ecrire à l’auteur: mathieu.vuillerme@leregardlibre.com

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