Archives par mot-clé : littérature romande

« Ces enfants déjà, avant le vrai », janvier 1944 – automne 1949

Le Regard Libre N° 24 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (3/6)

Le chemin heureux et tortueux de Corinna Bille et Maurice Chappaz continue. Le deuxième chapitre, « Ces enfants déjà, avant le vrai », s’étalant de janvier 1944 à l’automne de 1949, connaît la fécondité littéraire, conjugale et parentale du couple. Comme dans le dernier épisode, l’article se base et se concentre sur les mots des deux écrivains eux-mêmes, riches de leur généreuse correspondance.

Blaise, l’enfant-joie

« Le tocson de Sierre qui apporte les express vient de frapper, et j’ai la grande joie de recevoir ta lettre. Une immense joie. Merci cher Maurice. Oui, j’ai confiance. Par moments un peu d’angoisse mais j’arrive à la dominer. Physiquement : très bien, malgré un certain écœurement latent. Ma mine est excellente et Mamita me dit que je n’ai jamais été aussi belle, aussi fraîche que ces derniers jours. »

Corinna est enceinte. Avec sa mine « excellente », elle vit une agréable grossesse, bien que Maurice soit toujours aussi absent. Relativement isolée à Lausanne pour éviter que la situation de mère-célibataire ne choque en Valais – les deux écrivains ne sont encore pas mariés –, elle songe en douceur, avec un brin d’inquiétude, à cet enfant qui naîtra. Continuer la lecture de « Ces enfants déjà, avant le vrai », janvier 1944 – automne 1949

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« Nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient », février 1942 – décembre 1943

Un article de Loris S. Musumeci paru dans Le Regard Libre N° 23

Jours fastes (2/6)

Suite à l’entretien de novembre 2016 avec Pierre-François Mettan pour ouvrir la présente série, Jours fastes est présenté ici sous son premier chapitre : « Nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient ». Cette partie s’étend du 8 février 1942, treize jours après la rencontre des deux écrivains, au 30 décembre 1943. Corinna Bille et Maurice Chappaz commencent à s’écrire pour la vie, continuellement, se racontant les banalités quotidiennes, les misères du monde, les amertumes de leurs douces amours ainsi que les joies familiales, jusqu’en 1979, année du décès de la conjointe. Cette correspondance a le rare prestige d’être complète car elle recouvre, dans un style délicieux, les questions tant amicales qu’amoureuses, littéraires ou voyageuses du couple. Il est donc moins opportun de relater les faits biographiques que de s’arrêter sur la variété du type de propos et d’en apprécier l’écriture soignée. C’est à la découverte des plus beaux et intéressants passages parsemés dans les lettres des deux amants, que cet article est consacré.

Fatigue et paix pour un amour particulier

« Bientôt quand d’absurdes événements d’un monde que nous ne voulons pas connaître auront pris fin… nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient. » Continuer la lecture de « Nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient », février 1942 – décembre 1943

Dans l’intimité de Corinna Bille et Maurice Chappaz (Rencontre avec Pierre-François Mettan)

Le Regard Libre N° 22 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (1/6)

Par cet entretien littéraire, nous ouvrons une série de six épisodes se penchant sur la correspondance des deux écrivains valaisans Corinna Bille et Maurice Chappaz, publiée cette année aux éditions Zoé sous le titre : Jours fastes, Correspondance 1942 – 1979. Pierre-François Mettan, professeur de français et d’anglais au Collège de l’Abbaye de Saint-Maurice, a travaillé durant quatre ans à la réalisation de cet ouvrage épistolaire d’une richesse unique. Passionné de littérature, il connaît les deux auteurs comme ses propres parents. Nous ne pouvions alors que le rencontrer.

Loris S. Musumeci : Quel désir vous a poussé à vous pencher sur la correspondance entre Corinna Bille et Maurice Chappaz ?

Pierre-François Mettan : Tout a commencé lorsque j’étais étudiant au Collège de l’Abbaye de Saint-Maurice. Mon professeur avait invité Maurice Chappaz. Sa rencontre fut extrêmement marquante. Cet homme joyeux, volubile, s’intéressait à nous. Maurice Chappaz était alors en rupture avec différentes institutions, notamment avec le Nouvelliste ; ce qui fit que nous le prîmes en sympathie. Avez-vous d’ailleurs le souvenir du « Vive Chappaz ! » peint sur la façade d’une falaise à Saint-Maurice ? Des étudiants de ma classe (promotion de 1976) avaient volé des pots de peinture à la police, le premier avril, pour inscrire ce cri du cœur visible depuis la ville. Tous les journaux suisses en avaient parlé ! Voilà comment j’ai commencé à connaître, lire et aimer Maurice Chappaz. Par la suite, la figure de Corinna Bille m’a aussi passionné. On me demande lequel des deux je préfère. Je dois vous avouer que j’apprécie autant l’un que l’autre. Ils sont très différents. Maurice, c’est un poète. Tout ce qu’il dit a du poids dans la réalité, dans sa propre vie. Corinna quant à elle est toujours dans la fiction ; elle raconte des histoires et s’intéresse à d’autres vies que la sienne. Il est, à vrai dire, intéressant de comparer leurs manuscrits pour comprendre leurs différences de genre et de style. Le premier a une petite écriture, ses textes sont remplis de corrections et de rajouts. La seconde écrit d’un seul trait ; son écriture glisse et coule, elle va de l’avant spontanément. Continuer la lecture de Dans l’intimité de Corinna Bille et Maurice Chappaz (Rencontre avec Pierre-François Mettan)

« Deux petits pas sur le sable mouillé »

Le Regard Libre N° 3 – Loris S. Musumeci

L’histoire commence sur une plage, quand Anne-Dauphine remarque que sa petite fille marche d’un pas un peu hésitant, son pied pointant vers l’extérieur.

Après une séries d’examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d’une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors l’auteur fait une promesse à sa fille : « Tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres petites filles, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d’amour. »

Ce livre raconte l’histoire de cette promesse et la beauté de cet amour. Tout ce qu’un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner.

« Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie. » Continuer la lecture de « Deux petits pas sur le sable mouillé »