Archives par mot-clé : loris musumeci

«Pastorale américaine», un ouvrage qui dit tout

Le Regard Libre N° 43 – Loris S. Musumeci

Dossier spécial Philip Roth (2/4)

«Deux cent cinquante millions de personnes mangent une dinde unique et colossale, qui nourrit tout le pays. On met entre parenthèses les mets bizarres, les pratiques bizarres et les particularismes religieux, entre parenthèses la nostalgie trimillénaire des Juifs, et chez les chrétiens le Christ, sa croix et sa crucifixion ; chacun, dans le New Jersey et ailleurs, met son irrationalité en veilleuse mieux que tout le reste de l’année. On met entre parenthèses griefs et ressentiments, et pas seulement les Dwyer et les Levov, mais tous ceux qui, en Amérique, soupçonnent leur voisin. C’est la pastorale américaine par excellence ; cela dure vingt-quatre heures.»

Pastorale américaine (1997) est une révélation. Elle est une révélation de Philip Roth pour ceux qui, comme moi, n’avaient jamais lu l’auteur auparavant. Elle est aussi la révélation d’un roman on ne peut plus complet dans ses thèmes et où le style parle vrai. Elle est par là la révélation d’une œuvre d’art, qui s’érige indéniablement en authentique chef-d’œuvre de la littérature.

Continuer la lecture de «Pastorale américaine», un ouvrage qui dit tout

«En liberté!» et le micmac de nos têtes

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Non, mais tu rends compte que t’as bouffé l’oreille de ce mec?»

Jean Santi était vaillant, loyal, valeureux et il a donné sa vie pour défendre sa ville. Hommage au flic défunt, qui a laissé la commissaire de police Yvonne veuve, et un petit garçon orphelin. Deux ans qu’il est mort; et deux ans qu’Yvonne raconte tous les soirs au petit à quel point son papa était un héros. Le deuil passe par le culte. Mais voilà qu’un jour, au commissariat, un bijoutier reconnaît la bague qu’Yvonne porte au doigt. Et là c’est le choc.

Continuer la lecture de «En liberté!» et le micmac de nos têtes

«Ceux qui travaillent», quand le cinéma suisse de qualité se fait attendre

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«De quel côté tu veux être? Ceux qui travaillent ou les autres?»

Franck est une bête au travail. Il ne lâche rien. Jour et nuit, il a les yeux rivés sur son téléphone et sur son ordinateur. Son bureau, c’est sa deuxième maison, ou plutôt sa première tant il y passe du temps. Les sentiments n’existent pas pour lui. L’argent, l’entreprise et le profit sont les seuls moteurs de sa vie. Depuis Genève, il gère les déplacements de navires de commerce à travers le monde. Chaque petite erreur peut coûter des centaines de milliers de francs à l’entreprise. Un jour, le commandant d’un bateau lui signale qu’un Libérien clandestin s’est infiltré dans le bateau. Impossible de faire marche arrière; impossible de le ramener en Europe. «Débarrassez-vous de lui!» L’histoire ne tarde pas à être connue de ses supérieurs. Et c’est le licenciement.

Continuer la lecture de «Ceux qui travaillent», quand le cinéma suisse de qualité se fait attendre

«L’Art de perdre»: l’art de réussir à créer des liens

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

«Qu’est-ce que vous croyez qu’elles font vos filles dans les grandes villes? Elles disent qu’elles partent pour leurs études. Mais regardez-les: elles portent des pantalons, elles fument, elles boivent, elles se conduisent comme des putes. Elles ont oublié d’où elles viennent.»

Naïma est l’héritière d’une histoire familiale chargée de l’Histoire. Sa famille, d’origine kabyle, est arrivée en France durant l’été 62. Date maudite selon son père Hamid, qui n’a quasiment jamais parlé de l’Algérie à ses filles. Date maudite aussi pour son propre père, Ali, qui avait suggéré aux siens de ne jamais préciser la date de leur arrivée en France, surtout en présence d’autres ressortissants algériens. L’été 62 est en effet le moment où sont arrivés les «harkis», ces Algériens qui ont choisi la France face au FLN.

Continuer la lecture de «L’Art de perdre»: l’art de réussir à créer des liens

«Dogman»: une vie de chien dans toute sa splendeur cinématographique

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Casse-toi, espèce de lâche!»

A coups de «Bravo, amore», Marcello, dit Marcè, lave, masse, soigne, nourrit et promène les chiens qui lui sont confiés. Son modeste cabinet, le Dogman, marche plutôt bien, même si la banlieue du Latium où il se situe laisse plutôt penser qu’on devrait davantage songer à s’occuper des êtres humains que des chiens. Marcello a aussi une fille, qu’il adore. En somme, les deux amours de sa vie sont les chiens et sa fille. Et puis, il a encore quelques bons amis dans le quartier, avec lesquels il discute de tout et de rien, et partage de généreuses spaghettate sur la terrasse du seul restaurant du coin.

Dans ses fréquentations, rôde aussi un certain Simone. Une brute pur-sang. Un colosse de violence au nez bossu par l’habitude des coups. Il tape sur tout ce qui bouge quand ses nerfs sont à bout; et ses nerfs sont toujours à bout. Pourtant, il semble y avoir une certaine affection entre lui et Marcello. Ce qui les lie: la cocaïne. Les deux s’en procurent et se la partagent. De temps en temps, il sortent voir des filles. Et si le cœur leur en dit – surtout à Simone – ils s’organisent un petit cambriolage vite fait bien fait. Mais ce cercle vicieux ne peut plus durer, surtout quand Simone commence à devenir violent également avec celui qu’il appelle son ami, et qu’il le pousse à commettre l’irréparable.

Continuer la lecture de «Dogman»: une vie de chien dans toute sa splendeur cinématographique

Pierre Soulages et son «outrenoir» interrogent les regards à la Fondation Gianadda

Le Regard Libre N° 42 – Loris S. Musumeci

Après une exposition sur Cézanne l’année dernière et une autre sur Toulouse-Lautrec en début d’année – plus classiques en leur genre – le visiteur de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny, en Valais, se retrouve face à un Pierre Soulages plutôt surprenant. La salle principale est métamorphosée: du blanc, du noir. Contraste avec la douceur des peintures figurant la Sainte-Victoire et les portraits paysans de Cézanne ou la Belle Epoque chaude et enjouée de Toulouse-Lautrec. L’exposition «Soulages: Une rétrospective» est à voir jusqu’au 25 novembre.

Continuer la lecture de Pierre Soulages et son «outrenoir» interrogent les regards à la Fondation Gianadda

«L’Ombre d’Emily» à la lumière de ses caricatures

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Mon Dieu, ce que t’es nunuche!»

Stéphanie est une mère au foyer innocente et naïve, très investie dans les activités scolaires de son fils. Elle tient aussi un blog de conseils pour mamans. En somme, c’est une vraie «nunuche». Décrire Emily reviendrait à affirmer qu’elle est l’opposé total de Stéphanie. Femme d’affaire transgressive et absente, elle porte toujours une tenue extrêmement chic. Le contraste entre les deux femmes est absolu.

Continuer la lecture de «L’Ombre d’Emily» à la lumière de ses caricatures

L’avarice, je vous paierai un café

Le Regard Libre N° 40 – Loris S. Musumeci

De L’Avare de Molière au film Radin ! de Danny Boon, l’avarice est un sujet qui titille. Il rougit les joues de ceux qui se sentent concernés, ceux qui ont des sueurs froides lorsqu’ils doivent déployer leur porte-monnaie face à un petit ticket blanc. D’où nous vient l’avarice ? Est-elle naturelle, culturelle ? Concerne-t-elle les dépenses pour soi ou plutôt celles pour autrui ? S’agit-il d’un vice en tous points ? Peut-être un vice nécessaire à régler ses dépenses ? Brève réflexion que voici, avare en mots et en approfondissements trop philosophiques.

Continuer la lecture de L’avarice, je vous paierai un café

« Burning », quand le cinéma laisse un désir

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« – Tu ne demandes pas quel est le problème ?
– Des problèmes, il y en a tout le temps. »

Une camionnette blanche filmée par l’arrière, un jeune livreur qui fume une cigarette. Celui-ci prend ses paquets à l’épaule et les apporte dans un magasin. A l’entrée, deux filles sont chargées de la promotion des articles. En tenue sexy, elles dansent devant la porte en proposant une tombola aux clients. Le livreur sort et se fait appeler par son prénom. « Jongsu ! » Il s’approche de la danseuse publicitaire. Apparemment, ils se connaissent. Jongsu n’en a aucun souvenir. Quoi qu’il en soit, se tisse entre les deux une amitié silencieuse et étrange. Sans trop tarder, lesdites retrouvailles finissent au lit pour une aventure sexuelle. La jeune fille part en voyage. A son retour, elle demande à Jongsu de venir la chercher à l’aéroport. Mais elle est accompagnée d’un « Gatsby coréen ». Le nouveau duo devient trio, et le cauchemar général apparaît.

Continuer la lecture de « Burning », quand le cinéma laisse un désir

« Le Poirier sauvage »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Expérience étrange. Qui suscite même un certain malaise. Réaction assez normale pour un film d’auteur. Le Poirier sauvage. Car il s’agit bien d’un authentique film d’auteur, et pas des moindres. Cependant, il ne passe pas avec tout spectateur. La nouvelle réalisation de Nuri Bilge Ceylan signe-t-elle un (très) long-métrage vraiment mauvais ? Est-elle inaccessible ? Le trop-plein d’arrogance de Sinan, le protagoniste principal qui veut devenir écrivain, et du film en lui-même voile-t-il un chef-d’œuvre ? L’arrogance est-elle, au contraire, le reflet d’un faux grand réalisateur qui a réalisé un faux grand film ?

Continuer la lecture de « Le Poirier sauvage »