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« Kingsman : Le Cercle d’or »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Nous pensons à un cartel de la drogue, un certain Cercle d’or. »

Le bel Eggsy (Taron Egerton) sort de la boutique « Kingsman ». Le soir est tombé ; le calme règne. Alors qu’il se délecte de son élégance dans le reflet luisant de la porte, une voiture débarque, assurée. L’homme qui en sort semble connaître Eggsy. Il lui demande d’ailleurs de lui ouvrir la porte de son taxi. Roulement de tambours, et l’action commence. Les deux se battent violemment. Après une intense course-poursuite entre le taxi doté d’incroyables technologies et les véhicules de l’ennemi, le héros réussit à se libérer pour rejoindre ensuite sa sublime compagne (Hanna Alström), qui plus est princesse de Suède.

Tout roule : les potes, l’amour, le camouflage parfait des services secrets Kingsman dans l’arrière boutique d’un tailleur prestigieux. En dépit de ses nombreuses et dangereuses missions, Eggsy ne perd pas de son charme, et aucune de ses mèches ne bouge. Un soir, le drame. Une compagnie mafieuse pirate les systèmes informatiques de l’agence d’espionnage, et tous les agents du Kingsman sont individués et tués. Eggsy a miraculeusement échappé au carnage. Le coordinateur de missions, Merlin (Mark Strong), reste aussi en vie. Les deux survivants ne doivent pas se laisser submerger par l’émotion et mener à bout leur engagement : mettre la main sur le cartel de drogue qui veut leur mort.

Sans surprises

Kingsman : Le Cercle d’or ne surprend pas. D’ailleurs, ce qui aurait été surprenant, c’est qu’il surprenne. Film d’action était annoncé, ainsi se joue-t-il à l’écran. Tous les procédés du genre y figurent. La trame est simple ; l’intrigue manichéenne ; les personnages, sans profondeur ; et la fin, very happy. Techniquement, les caméras tremblent et se meuvent plus vite qu’une auto de course, les plans fusent, l’effet-clip est servi à profusion.

Spécificité de ce type de film d’action, il se veut comique dans le sous-genre de la comédie d’action. Au su d’une histoire on ne peut plus vue et revue, la démarche ne signe pas forcément une réussite. Regards et attitudes calculés pour susciter le rire, c’est au maximum un léger sourire de sympathie qui se dessine sur le visage du spectateur. L’un des seuls acteurs qui parvienne à provoquer quelques vraies joies, c’est précisément celui qui n’en est pas vraiment un. Elton John, qui s’interprète lui-même, en effet, amuse par son ridicule et sa coquetterie mêlée de vulgarité.

Une morale facile

L’aspect moral que voudrait délivrer Matthew Vaughn dans sa réalisation vire totalement à la moraline facile et sans intérêt. Pendant que les consommateurs des drogues du Cercle d’or sont en train de périr les uns après les autres, la réaction du président des Etats-Unis d’Amérique ne trouve rien de mieux à entreprendre que de caser les malades à l’intérieur de cages entreposées dans des stades. Pis encore, il affirme en riant que « ces junkies n’ont qu’à crever ».

Indignée, sa conseillère, femme en tailleur, volant autour de la soixantaine, blonde et cheveux courts – devinez la référence ! – s’oppose au vilain mâle puritain : « Qu’ils enfreignent la loi ou pas, ces victimes sont toujours des humains. » Elle finit elle-même emprisonnée. Et puisque tout le monde connaît déjà la fin avant d’avoir visionné le film, inutile de ne pas révéler qu’un brave jeune homme dira, une fois guéri de l’étrange maladie due à la drogue : « Je ne toucherai plus jamais à cette merde. » Merci pour la leçon, le public en prend bien note.

Aux oubliettes

Un protagoniste prononce tout de même quelques répliques touchantes, pour de rares occasions, dans les incessantes 141 minutes de métrage. Il s’agit de l’agent Harry, incarné par l’excellent Colin Firth. Impossible qu’un si brave acteur, riche d’un oscar et porteur du grand film Le Discours d’un roi, ne réussisse pas à offrir de l’intérêt en quelque cinéma que ce soit. Depuis longtemps disparu, il est retrouvé amnésique par Eggsy dont il fut le maître. Une fois la mémoire retrouvée, son rôle de guide reprend, tout en sagesse : « Sache simplement qu’avoir quelque chose à perdre, c’est ce qui donne un sens à la vie. »

Que restera-t-il enfin du deuxième Kingsman ? Peu de choses, comme pour le premier épisode. Le cinéma de divertissement est ainsi fabriqué qu’il passe dans les salles, connaît un succès relatif, et s’en finit aux oubliettes. Peut-être demeureront malgré tout l’élégance des costumes et la crainte de la drogue.

« Nos agents ont été formés pour la paix. »

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Crédit photo : © cineserie.com

 

Christine Angot quitte le plateau d’ONPC : la question du viol crée le choc

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

France 2 a diffusé samedi soir l’émission d’On n’est pas couché, animée par Laurent Ruquier, sous la critique et les larmes. Alors que tout avait commencé dans l’habituelle ambiance cathodique, mêlant légèreté et combativité, les prémices d’un déraillement sont tout de suite apparues dans l’introduction entre la nouvelle chroniqueuse et l’ancienne ténor d’Europe Ecologie Les Verts.

L’animateur commence à questionner la politique Sandrine Rousseau sur son livre Parler. Elle raconte donc l’agression sexuelle subie par l’intouchable Denis Baupin, de son même parti, le déni total et l’absence de conséquences à ses égards. Et là, la même Christine Angot, qui s’émouvait un peu plus tôt face à la chanteuse Sheila et la diffusion d’une interprétation de « Bang bang », se lance à l’attaque.

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« Ça », un film sur la peur

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« Ça connaît toutes les peurs et ça nous les montre. »

Après-midi de pluie sur la petite ville de Derry. Un doigt trace un sourire sur la vitre embuée ; une main s’applique à un minutieux pliage. Georgie a demandé à son grand frère Bill de lui fabriquer une frégate en papier. Maman joue du piano au salon. Vêtu d’un anorak jaune, Georgie sort, seul, pour courir après son jouet flottant. La musique mignonette se mêle au rire enthousiaste.

Après une chute, l’enfant remarque que son bateau glisse dans une bouche d’égout. Désespéré, il se précipite vers le trou du malheur. « Moi, je m’appelle Grippe-Sou, le clown dansant », annoncent d’un rauquement les yeux bleus cachés dans le noir sous-terrain. Quelques mots sont échangés entre Georgie et sa mystérieuse rencontre. Et lorsqu’il tend le bras pour récupérer la frégate, le voilà aussitôt agressé et traîné par le clown dans l’égout. Il ne reste qu’une flaque de sang sous les gouttes violentes de la tempête.

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« Le Redoutable », redoutablement mitigé

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« Tu te plains sans cesse d’être seul, mais c’est toi qui rejette le monde entier. »

Jean-Luc aime Anne. Anne aime Jean-Luc : malgré les décalages d’âge et d’univers. Elle est une jeune et charmante étudiante en philosophie. Lui, c’est Godard. Le maître du nouveau genre des sixties, l’imminent réalisateur du Mépris et d’A bout de souffle. Il ne parle que cinéma, ne pense que cinéma, ne vit que cinéma. Sa compagne tâche de le suivre dans cette inépuisable passion, bien que son regard se tourne davantage vers les yeux de son aimé que vers un viseur.

Elle joue pour lui La Chinoise ; un déchet cinématographique moralisateur qui veut donner des leçons de maoïsme. Le cinéaste entre alors en crise et veut s’engager pleinement dans la grande révolution rouge. Quelque peu soumise, Anne, le suit. Commence là une dégradation progressive pour Jean-Luc Godard qui rejette tout, même son propre cinéma. Mai 68 emporte alors le couple, pourtant bien bourgeois, dans de burlesques aventures, jusqu’à l’ultime brisure.

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Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

Le Regard Libre N° 31 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

La Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, en Valais, accueille une centaine d’œuvres du maître d’Aix. L’exposition se tient du 16 juin au 19 novembre. Se laissant apprécier pour ses tonalités variées, elle place à l’honneur autant les portraits que les natures mortes ou les paysages de Cézanne. Ces derniers gardent cependant un rôle particulier à jouer : ouvrez grand votre esprit, les terres du peintre se mettent à chanter.

Après un passage des impressionnistes Degas, Manet, Gauguin, Van Gogh, Morisot, Renoir et Monet, c’est Paul Cézanne qui habite les murs de la Fondation artistique. Il est d’ailleurs un emblème de ce mouvement. Père de la modernité picturale, il choqua par son style épais et tacheté. Il permit l’audacieuse innovation d’une lumière qui fait vivre autant les paysages que les visages. Cela ne se déploya pas sans un manque de reconnaissance à son époque, et une grande solitude.

Un titre symphonique

Daniel Marchesseau, commissaire de l’exposition, s’est tout naturellement inspiré de l’état d’âme du personnage pour le choix du titre : Le Chant de la Terre. C’est le nom d’une symphonie de Mahler, dont les liens à Cézanne paraissent parler d’eux-mêmes. Dans un entretien au Figaro, le commissaire expliquait : « Ce sentiment de terrien qui est celui de Cézanne, ce marcheur accroché à sa lande, à sa terre, mort après avoir peint des heures sous la pluie, m’a semblé en profonde résonnance avec Le Chant de la Terre de Mahler. J’ai réécouté cet ensemble de lieder écrit pour voix seule : Cézanne lui aussi est seul, et l’orchestration de ses coloris, de ses panoramas, de ses mondes intérieurs, donne à sa peinture une dimension symphonique. La rencontre avec Mahler m’a semblé naturelle. » Lire la suite Cézanne rayonnant à la Fondation Gianadda

Pierre Bergé : l’homme qui incarnait l’époque

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Un morceau de France disparaît. Et les hommages volent pour cet homme complet, qui conçut son temps par des pouvoirs aussi nombreux que divers. Pierre Bergé était le maître à penser des élites, le promoteur d’un progressisme sociétal et d’un capitalisme effréné, mais encore un patron de presse, un collectionneur d’art et un fin lettré. Un as de ce Paris flamboyant, gauchiste et luxueux, dont la carte n’est plus.

Jeunesse en révolution

Fils unique, de parents anarchistes, né en 1930. Jeune homme, il est têtu et ne tarde pas à s’affirmer. Sans terminer son lycée, il quitte le domicile familial d’Oléron pour monter à Paris. Il rêve de devenir journaliste, ou d’écrire pour le moins, et de faire partie de la haute. Lui, qui est homosexuel, sans s’en cacher, et qui aime passionnément les arts et les lettres. Lire la suite Pierre Bergé : l’homme qui incarnait l’époque

« Les Proies » et leur charme meurtrier

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 2 octobre 2017, 20h30 – 21h00

« L’ennemi, en tant qu’individu, nous réserve des surprises. »

Virginie, 1864. La Guerre de Sécession enfume les paysages américains. Le caporal John McBurney (Colin Farrell) de l’Union est à terre. Blessé. Une fillette, robe à carreaux, se retrouve face à lui. Elle sursaute. Les personnages se présente : elle s’appelle Amy (Oona Laurence). Son pensionnat se trouve tout proche du lieu. Mue par une charité toute naturelle, elle aide le soldat à se relever pour rejoindre l’établissement.

Dans la cour, elle appelle au secours. Miss Martha (Nicole Kidman), autorité de l’école, et les filles arrivent. Dilemme : livrer ce « ventre bleu » ou le prendre en charge, comme le demanderait la morale chrétienne ? La seconde option l’emporte, pour le meilleur et pour le pire. Du meilleur, il y a la rencontre d’un homme, dont l’entre-soi féminin s’émoustille ; du pire, les inévitables passions.

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