Archives du mot-clé sport

« Le Grand Jeu » et son grand ennui

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Le poker, c’est de l’habileté. »

Molly Bloom descend la piste avec force et détermination. Dès son plus âge, elle est poussée par son père à devenir une championne de ski de bosses. A douze ans, ses espoirs comme son dos se brisent. Pourtant, malgré la recommandation des médecins à cesser la pratique sportive de haut niveau, elle s’y relance à corps perdu un an après son opération. A deux doigts des jeux olympiques, un nouvel accident change sa vie. Désormais incapable de sport, elle part à Los Angeles pour des études de droit. Entretemps, le père autrefois adoré s’est détourné de sa fille, amer.

Nouvelle ville, nouvelle vie. L’ancienne skieuse gagne un peu d’argent dans un bar guindé. Elle y rencontre un pulsionnel homme d’affaire. Cupide de s’offrir une vie plus aisée, elle devient tant son assistante que sa servante. Là, elle est appelée à organiser les parties de poker de son patron, où se rend toute la jet set du jeu. Les rencontres foisonnent. De fil en aiguille, Molly Bloom, se fait un nom. Elle commence à organiser ses propres parties de poker illégales avec de richissimes joueurs. Le succès est grandissant, mais le malheur frappera.

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Matthias Sindelar, le Mozart du football

Le Regard Libre N° 34 – Nicolas Jutzet

Les grands héros se trouvent parfois sur un simple rectangle vert. Sindelar, précis face au but et courageux ailleurs, en fait assurément partie. Son histoire est celle d’un homme qui aura su lutter contre l’évidence, en assumant l’importance de son statut.

Le football, sport le plus pratiqué au monde. Sport du peuple par excellence. Praticable partout, tout le temps. Le football regorge d’histoires et d’anecdotes laissant supposer que, contrairement à la plupart des huées condescendantes que lui réserve une partie de la population, qui croit s’élever en critiquant sans comprendre, il est question de bien plus que des vingt-deux pantins qui courent après un ballon. Nous nous trouvons face à un véritable fait social.

Certains, comme Georges Haldas, passeur d’émotions à la plume soyeuse, écrivent sa légende. Albert Camus dira de son côté : « Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois ». Vouloir opposer l’élite et le ballon rond n’est donc point pertinent. Prenons pour preuve les tribunes officielles lors des grands événements, garnies par les huiles politiques, économiques et culturelles. Mais avant d’en arriver au sport business quelque peu aseptisé que nous connaissons, le football a eu le temps de se créer sa légende. Focus sur un acteur de ce grand conte. Lire la suite Matthias Sindelar, le Mozart du football

« Borg/McEnroe »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Au tennis, l’important c’est comment on gagne. »

Björn Borg est la superstar du tennis. Après avoir remporté quatre Wimbledon d’affilée, il vise le cinquième. La pression qui l’habite est telle, que le tennisman, de nature impassible, en vient à douter de lui, au point de souffrir physiquement d’angoisse et de remettre en cause la totalité de son parcours de champion. Face à lui, se trouve l’intempestif mais non moins talentueux John McEnroe. Les deux dieux du court, s’affrontèrent en finale du prestigieux tournoi le 5 juillet 1980.

Janus Metz Pedersen réussit à rendre son film accessible à tout étranger du tennis. Certes, les passionnées y trouvent davantage leurs marques ; pourtant l’histoire tient quasiment le sport pour prétexte. C’est principalement la quête de deux hommes face à la gloire qui est racontée. Et le scénario léger mais ponctué de puissantes sentences le laisse bien transparaître. Sa construction par de nombreuses analepses sur les jeunesses respectives de Borg et McEnroe accentue encore le trait. Lire la suite « Borg/McEnroe »

Shaqiri, chat qui pleure

Le Regard Libre N° 18 – Sébastien Oreiller

Cet article sera à l’image d’un match de foot : une causerie sans vrai début ni fin, à match nul, écrite à l’intention des bons supporteurs, ceux qui sont agressifs, détruisent des cités entières à coups de violence et de bière ; les supporteurs, donc, que l’on préfère voir chez son voisin plutôt que chez soi. Voltaire constate que le Sénat romain déversait le peuple sur les pays étrangers plutôt que sur lui-même. Il en va de même pour le football, qui canalise toutes les frustrations, la haine quotidienne, que le match permet au supporteur d’exprimer en se substituant au guerrier du gazon vert, avec force invectives et cris de jouissance. Et pendant ce temps, le chat pleure. Il pleure parce qu’il est tout seul. A l’image de ces affiches que l’on trouve placardées partout en Suisse, prétendant « échanger mari contre bon soins ». Je ne sais pas exactement de quoi il en retourne ; je soupçonne qu’il s’agisse d’une publicité pour un site de rencontres adultérines. L’avenir nous le dira peut-être.

Enfin, le chat est seul, la femme aussi, les enfants également. Est-ce donc là l’effet solidaire du football ? Je le pense. Si les peuples ont les dieux qu’ils méritent, ils ont également les sports qu’ils méritent et, à plus juste titre, les équipes qu’ils méritent. Apparemment, ce monsieur Shaqiri (ou peut-être s’agit-il d’un autre, je ne sais pas), serait prêt à quitter notre équipe nationale. Qu’il fasse donc, nous ne sommes pas en train de revivre Marignan. Ou peut-être que si, en fait. Il est étonnant de voir à quel point le football cristallise les antagonismes séculaires, à coups d’hymnes nationaux, de présidents sur place, et d’agressivités à l’égard des autres supporteurs. Le sport adoucirait donc les mœurs. En tous cas, il contient les tensions dans un cadre codifié, et donne un exutoire à la vindicte populaire, tout en nourrissant les cheiks du Qatar. Ce qui est d’autant plus étonnant quand la plupart des joueurs ne sont pas forcément représentatifs du pays qu’ils défendent. L’important n’est donc pas là : on ne sait pas pourquoi on déteste l’autre, on le déteste c’est tout, on le déteste un bon coup, on klaxonne, on s’endort content et on fait de beaux rêves. Lire la suite Shaqiri, chat qui pleure