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«Don’t Worry Darling» fait couler son potentiel5 minutes de lecture

par Leïla Favre
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Après être passée derrière la caméra pour la première fois en 2019 avec Booksmart, Olivia Wilde quitte les sentiers de la comédie de façon radicale avec son thriller psychologique Don’t Worry Darling. Un film qui s’avère légèrement incomplet malgré une mise en scène soigneusement travaillée.

Alice et Jack Chambers filent le parfait amour sous le soleil californien des années cinquante. Le jeune couple vit dans la petite ville de Victory, communauté bâtie par Frank, dirigeant du mystérieux « Projet Victory», qui préconise le progrès de la ville et la sécurité de ses habitants. Alors qu’elle mène une vie idyllique de femme au foyer sans enfant, Alice commence à s’interroger sur la nature des fonctions de son mari au sein de l’entreprise de Frank ainsi que sur l’origine de la création de Victory.

Lorsque le mieux devient l’ennemi du bien 

Les premières minutes du film exposent une soirée arrosée entre amis en caméra portée. Ce mouvement, qui exprime l’ivresse des personnages, affiche surtout l’effervescence et le bonheur de vivre à Victory. Plus tard, lors d’un après-midi dans le jardin de Shelley (Gemma Chan) et Frank (Chris Pine), couple fondateur de la ville, la caméra effectue un mouvement circulaire autour des invités et les enserre, anticipant le contrôle qui restreindra les comportements des épouses de Victory. Cette rotation prépare ainsi l’imminent enfermement psychologique d’Alice (Florence Pugh). Et lorsque cette dernière émet de plus en plus de doutes concernant les réelles intentions de Frank, son visage et ses émotions sont cadrés en gros plan, exprimant son trouble naissant. Cela souligne l’étouffement croissant de la protagoniste désabusée de manière autrement subtile que la mise en scène et le scénario lui-même.

Don't Worry Darling_1 © Warner Bros. Entertainment Inc.
Don’t Worry Darling © Warner Bros. Entertainment Inc.

La principale maladresse de la réalisatrice est d’avoir largement abusé des bonnes choses. Dès l’instant où l’incertitude de l’héroïne s’installe et que le long-métrage insiste sur la potentielle insanité d’Alice, les procédés se multiplient et parfois écœurent. Si, au cinéma, le miroir est un symbole évident de folie et de trouble de l’identité, il est bon d’en user avec parcimonie. Don’t Worry Darling outrepasse cette sobriété et, malheureusement, les scènes présentant Florence Pugh terrifiée face à son reflet, altéré ou non, perdent de leur effet.

Une impression analogue apparaît après la répétition abusive du souffle haletant, des obscurs inserts et autres flashbacks qui traversent les différentes scènes de suspense, rendant l’atmosphère plus agaçante qu’inquiétante. Une longue partie du film s’attarde sur l’hésitation suivante: Alice devient-elle folle ou Frank cache-t-il effectivement un noir secret ? Question finalement peu originale et traitée avec quelques lourdeurs. Bien que l’exposition du trouble d’Alice freine considérablement le rythme de l’intrigue, l’esthétique des plans est si soignée qu’elle encourage l’intérêt du public. Le jeu de Florence Pugh est également un argument motivant; l’actrice sait excellemment exprimer l’angoisse et l’a déjà prouvé en 2019 dans Midsommar.

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Quelques bonnes manœuvres et un pavé dans la mare

La collaboration au scénario par Shane Van Dyke, connu pour son travail sur des productions du genre horrifique, est bien tangible. Alors oui, à force de répétitions, certains mécanismes mis en place perdent de leur force. Pourtant, leur première apparition fonctionne; nous sommes tenus en haleine par le souffle vibrant et quelques scènes nous font tressaillir. Plusieurs éléments énigmatiques sont glissés dans la première partie du film et éveillent largement la curiosité, bien que certains ne reçoivent finalement que des explications bancales ou carrément inexistantes, sans savoir s’il s’agit d’un choix délibéré de la réalisatrice ou d’un raccourci scénaristique.

Le film oscille donc entre un travail prodigieux sur les plans et une incomplétude narrative dérangeante. Nous ne connaîtrons pas les intentions profondes de Frank, alors qu’Alice ne cesse de répéter que celui-ci cache quelque chose. Malgré le manque de détails sur le projet du personnage le plus évasif du récit, pourtant très important, l’intrigue principale est résolue. D’ailleurs, le dénouement final reste plutôt classique au regard du potentiel du film. On note un décalage des plus désarmants lors de la course-poursuite finale en voiture. L’intrigue, jusque-là, prenait place dans une atmosphère sinistre et pleine de tension. Le changement drastique de genre déconcerte et n’apporte pas grand-chose. D’où une certaine frustration lorsque le film touche à sa fin.

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Don’t Worry Darling © Warner Bros. Entertainment Inc.

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