Inauguration du tunnel de base du Saint-Gothard : nous avons rendez-vous avec l’histoire

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

L’heure est à la fête. Après dix-sept ans de travaux qui ont occupé 2400 travailleurs, celui qui devient le plus long tunnel du monde va avoir droit à son inauguration. Le 1er juin, la Suisse, et même l’Europe fêteront ce bijou d’innovation. L’ouvrage de cinquante-sept kilomètres démontre une nouvelle fois à quel point la Suisse est à la pointe. Car oui, ne jouons pas les faux-modestes pour une fois, ce que nous avons réalisé est simplement titanesque, absolument grandissime. Pour faire simple : ein Meisterwerk !

Derrière cette prouesse se cache une longue histoire, celle qui a fait de la Suisse, ce pays autrefois si pauvre, un nouveau riche. Le Gothard d’aujourd’hui est possible grâce au travail de grands acteurs du passé. Et je pense que la Suisse doit profiter de cette occasion pour laver un affront, soigner une blessure restée ouverte. Petit retour en arrière : le premier à avoir vu l’importance que revêtait une jonction ferroviaire nord-sud pour la Suisse, c’est Alfred Escher. A mes yeux, c’est à ce bourreau de travail, véritable visionnaire, que nous devons la réussite de notre Suisse moderne. Lui qui dès 1852, avec sa loi sur les chemins de fer (la construction et l’exploitation du réseau confiées à des sociétés privées), a permis à notre pays de rattraper son retard en la matière. Pour rappel, il n’existait auparavant qu’une seule et ridicule voie ferrée reliant Zurich et Baden !

Il finira par convaincre le reste du pays de la nécessité de creuser un tunnel sous le massif du Saint-Gothard. Il créera au passage le Crédit Suisse devant lui permettre d’aller lever les fonds manquants à l’étranger. Malheureusement, la tâche herculéenne que représente le Gothard prend du retard, Escher tombe en disgrâce et finit malheureusement par être écarté du projet. Lors de l’inauguration du tunnel le 25 mai 1882, sacrilège, son nom n’est même pas cité. A cause de multiples tensions, personne n’ose lancer une fleur à celui qui pourtant est à la base de tout. Alfred ne s’en remettra jamais, mourant en décembre de la même année.

J’ose espérer qu’Adolf Ogi et les autres convives, au moment de s’auto-féliciter le 1 juin, auront une pensée pour celui dont la statue à présent trône fièrement à la Gare de Zurich. Si, aujourd’hui, nous épatons le monde avec nos prouesses, nous le devons entre autres à nos prédécesseurs. Tâchons de ne pas l’oublier !

Ecrire à l’auteur : nicolas.jutzet@leregardlibre.com

Crédit photo : RTS

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