Dans la bactérie se trouve notre salut spirituel

Regard sur l’actualité – Léa Farine

Deux informations apparemment anodines ont retenu mon attention cette semaine. Selon la première, publiée lundi sur le site de RTS Info, l’OMS a identifié « une liste de 12 familles de bactéries contre lesquelles elle juge urgent de développer de nouveaux antibiotiques, en raison des risques que font peser leurs résistances aux traitements actuels. » De la même source, nous apprenons également, jeudi cette fois, que « des fossiles de bactéries âgés de près de quatre milliards d’années », donc 300 millions d’années plus vieux que ceux que nous connaissions déjà, ont été trouvés au Québec.

Ces découvertes ne changent pas la face du monde, même pas sur le plan scientifique. Elles ne constituent pas un sujet brûlant. Mais elles sont néanmoins actuelles, ou devraient l’être, en cela qu’elles permettent d’adopter un point de vue holistique sur notre environnement en tant qu’écosystème. Nous avons tendance, et c’est normal, à porter notre regard sur ce qui nous est proche, dans l’espace, dans le temps, dans la forme. Nous voyons ce qu’il est facile de voir. Or, les bactéries sont invisibles. Pourtant, alors même que je suis en train d’écrire, elles vivent et se dupliquent, dans mon estomac, sur ma peau, sur mon clavier d’ordinateur, partout autour de moi.

Elles étaient présentes sur terre avant même qu’existe la possibilité logique d’une existence humaine. Elles seront toujours présentes, ici ou ailleurs, quand l’espèce humaine se sera éteinte, extinction qui pourrait d’ailleurs être causée par l’une ou l’autre épidémie bactériologique. Elles sont nécessaires à l’équilibre global du monde que nous habitons, beaucoup plus nécessaires que nous, en fait, car si la plupart des bactéries n’ont pas besoin d’autres organismes vivants pour survivre, les autres organismes vivants ont besoin d’elles.

Dans la bactérie se trouve notre salut spirituel. L’homme moderne est confronté à une révolution métaphysique complexe. Les religions traditionnelles ont totalement échoué à l’avènement d’une humanité à la fois libre et heureuse. Le matérialisme également, de façon presque encore plus insidieuse, en faisant croire à la possibilité d’un bonheur purement pratique. Toutefois, l’état de nos connaissances est tellement avancé que nous avons maintenant la possibilité d’appréhender le monde comme un système global et de penser notre individualité propre et notre individualité en tant qu’espèce au sein de ce système. D’une certaine manière, nous ne sommes plus rien : ni la création chérie d’un dieu supérieur, ni un animal si séparé des autres qu’il puisse indéfiniment se multiplier et épuiser les ressources à sa disposition sans craindre pour sa propre survie.

Pourtant, à la fois, nous sommes tout. Nous savons que des bactéries et une infinité d’autres espèces survivent grâce à nous, et que nous vivons grâce aux bactéries et à une infinité d’autres espèces. Il n’y a plus de séparation. Sans le système auquel il appartient, l’être humain n’existe tout simplement pas, pas plus que toute forme d’existence individuelle. Pourquoi, alors, craindre la mort ? Nous ne pouvons pas disparaître, sinon isolément. La vie, elle, ne disparaît pas. Dans un univers infini, elle est éternelle. Elle existe, toujours, à l’un ou l’autre moment du temps, ici, ailleurs. C’est un miracle. L’existence même de la vie dans un organisme aussi simple qu’une bactérie est déjà un miracle. La possibilité, pour nous, après notre mort, de nourrir d’autres formes de vie telles que les insectes nécrophages, est un miracle.

Il n’y a pas d’informations anodines. Je pense au contraire que le défi de notre génération consiste à apprendre à voir le plus largement possible, à réfléchir en termes de système ou d’ensembles, à s’extraire du carcan de la notion d’individu. Il ne s’agit pas de niveler les différences, mais plutôt de comprendre à quel point l’équilibre global d’un monde composé de formes de vie et de formes de pensées distinctes est nécessaire à l’existence la plus pleine possible des éléments qui le composent, et inversement. Nous en avons maintenant les moyens, grâce à l’état de nos connaissances, grâce à la circulation du savoir. De plus en plus, nous nous rapprochons les uns des autres et, intellectuellement, de notre environnement.

Dès lors, nul besoin de trouver notre salut dans de fausses idoles ou dans une recherche effrénée du plaisir par la consommation. Il est là, simplement là, autour de nous, dans ce monde qui nous est de moins en moins étranger et que, dès lors, nous pouvons aimer pour ce qu’il est : une unité à laquelle nous contribuons et au sein de laquelle nous n’avons ni plus ni moins que notre juste place, au même titre, d’ailleurs, que la plus minuscule des bactéries.

Ecrire à l’auteur : lea.farine@leregardlibre.com

Crédit photo : AquaPortail

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