« Hostile », ou quand le cinéma ose dépasser la frontière des genres

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 7 août 2017, 20h30 – 21h00

Il fallait oser. Marier en un film le cinéma d’épouvante fantastique et le drame romantique. Tel a été le défi de Mathieu Turi avec son premier long-métrage. Ce jeune cinéaste français se lance dans une carrière prometteuse : le film qu’il a présenté hier soir au NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival) succède à une expérience cinématographique remarquable. Fort de deux courts métrages qui ont marqué les mémoires, Mathieu Turi a travaillé comme assistant réalisateur auprès de géants tels que Clint Eastwood, Quentin Tarantino ou encore Woody Allen.

Hostile, c’est l’histoire d’une femme écorchée par les épreuves de la vie, qui se retrouve enfermée dans son véhicule suite à un accident. Une situation catastrophique, d’autant plus que l’humanité se trouve à un stade de reconstruction post-apocalyptique et que des créatures inquiétantes rodent la nuit pour déchiqueter toute présence humaine. Le huis clos que nous propose Mathieu Turi est un film d’horreur habilement ficelé. Surtout, il est composé d’une autre dimension fondamentale : une série de « flash-back » romantiques.

C’est ce qui fait de cette œuvre cinématographique un ovni très intéressant. Personne avant ne l’avait fait, du moins pas aussi clairement. De plus, il faut savoir manier la mise en scène pour éviter une incompatibilité entre ces deux genres opposés. Mais surtout, une telle entreprise artistique permet de proposer au spectateur une lecture métaphorique du huis clos. La ronde de la créature autour du véhicule, les stratagèmes de défense de la protagoniste, le rôle clef des lampes, des phares, du talkie-walkie, l’atmosphère nocturne, tout élément peut se lire à la lumière du passé de l’héroïne.

Pour que cette symbiose puisse s’opérer, la réalisation doit être maîtrisée jusqu’au moindre détail. Tout, dans le film, est réussi, à commencer par le jeu des acteurs. Brittany Ashworth, sublime, dans le rôle d’une Juliet abîmée par les fantômes de la drogue et les meurtrissures d’un amour fini ; Grégory Fitoussi, éblouissant, en galeriste d’art légèrement stéréotypé ; et le célèbre Javier Botet, plus que jamais dans son élément, incarnant la créature. Celle qui va faire tout l’intérêt du film.

La photographie, elle aussi, mérite de bonnes critiques. S’ouvrant sur des couleurs tout en jaunes et en oranges, Hostile enchaîne les images sobres et bien pensées. Les différents enchaînements et la musique d’ambiance sont également très bien ajustés à l’ambiance claustrophobique de ce thriller français, mais anglophone. Mathieu Turi l’a dit franchement à l’issue de la projection neuchâteloise : pour espérer avoir un certain succès international, l’anglais est une nécessité. Le succès, c’est tout ce que nous lui souhaitons !

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © braindamaged.fr

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