Sion sous les étoiles 2017 : une affiche spectaculaire

Le Regard Libre N° 30 – Jonas Follonier et Loris S. Musumeci

La quatrième édition du festival Sion sous les étoiles s’est déroulée du 12 au 16 juillet derniers sur la plaine de Tourbillon, à Sion. Cet événement valaisan est désormais un véritable rendez-vous romand. Nous y étions pour deux soirs. Nos impressions.

Si Sion sous les étoiles commence à concurrencer le géant Paléo, c’est que le festival mise sur une programmation très ambitieuse. Deux grandes stars sont à l’affiche chaque soir. Certes, cela se ressent sur les prix, oscillant entre 90.- et 110.- CHF la soirée, mais le public en a pour son argent. Le mercredi 12 juillet, ce sont Michel Sardou et Sting qui sont montés sur la scène sédunoise. Avant eux, le groupe suisse Aliose a conquis les spectateurs par sa musique lumineuse et recherchée, suivi de Slimane, vainqueur de la cinquième saison de l’émission télévisée « The Voice ».

Un Sardou cérémonieux

A 20h20 précises, des portraits de Michel Sardou de ses débuts jusqu’aujourd’hui se sont succédés sur l’écran géant, avant de laisser entrer le maître âgé de septante ans. « Ça fait déjà longtemps qu’on se connaît. » Salut : quelle meilleure chanson pour une entrée en scène sonnant déjà comme le début d’un adieu. Après une carrière de cinquante ans, le chanteur français à décidé de faire de cette tournée sa « Dernière danse », pour ensuite se consacrer au théâtre.

Sardou n’a rien perdu de sa dimension cérémonieuse. Arrogant et austère pour certains, sobre et classe pour d’autres, l’auteur de Vladimir Ilitch cultive une réputation de chanteur de droite qui lui a valu moult polémiques, dont il n’a pas manqué de rappeler quelques-unes. « Quand j’ai sorti Etre une femme, je me suis fait incendier par les féministes de tous bords. Je dis bien de tous bords. » Des propos plutôt réactionnaires qui ont bien passé en terre valaisanne.

Que l’on aime ou non le personnage, le répertoire de Michel Sardou est unaniment salué pour les très grandes chansons qu’il renferme. La java de Broadway, Le France, Je vole ou encore La Maladie d’amour ont été interprétés avec brio par l’artiste, accompagné par un orchestre symphonique de trente-et-un musiciens de grande qualité. Un concert de titres cultes, parfois revisités avec goût, comme Les Ricains sur un arrangement de cuivres ou le toujours émouvant Il était là (dans ce fauteuil) au son du saxophone sublimant les cordes.

Dans sa relation au public, l’ami Sardou a su laisser place aux rires et aux confidences sympathiques. Certes, le monstre de la scène joue des mimiques tantôt tragiques, tantôt amusées ; mais, au fil du concert, il a su mettre de côté le masque théâtral pour se révéler au naturel. Léger sourire aux lèvres, les yeux pleins, pour adresser à son public de discrets « merci ». Les bons artistes reçoivent tant des spectateurs qu’ils se donnent en retour dans un rapport sincère. Ce ne sont d’ailleurs pas que la voix puissante, les paroles regorgeant de passion qui ont fait pleurer à tendres larmes une dame près de nous au cœur de Je vais t’aimer. Il y a quelque chose de plus. Ce quelque chose, Sardou le connaît.

Si le chanteur a pu paraître fatigué sur scène à plusieurs reprises, son œuvre, elle, reste vive pour toutes les générations ; en témoigne le fameux En chantant issu de son tout premier album. En ce sens, Michel Sardou est immortel et les thèmes universels qu’il aborde, comme l’amour, la famille, l’Histoire, la transmission, sont autant d’exemples de ce que la chanson française a de plus beau à offrir pour nous aider à transcender le quotidien.

Rien que de la musique : Sting

Une légende vivante, âgée de soixante-cinq ans, mais qui paraît en avoir cinquante. L’ancien chanteur et bassiste du fameux groupe de rock The Police. Surtout, un musicien talentueux. Sting, l’extraordinaire Sting, s’est produit en dernière partie de soirée pour le plus grand plaisir d’un public unanimement admiratif, même si certaines personnes s’étaient déplacées plutôt pour d’autres artistes.

Dans cette nuit valaisanne, ce sont les accords des tubes sortis en solo par le chanteur britannique, mais aussi des grands succès du groupe The Police, qui ont résonné dans la plaine et sont montés jusque dans les premiers plateaux des vallées attenantes. Roxanne, Message in a Bottle, sans oublier l’éternel Every Breath You Take à la fin du concert. Un véritable régal musical, sans aucune pause. C’est cette image d’un Sting svelte et bien taillé, à la voix et à l’instrument maîtrisés jusqu’à la dernière note, qui restera dans les mémoires.

Sting
Le chanteur Sting au festival Sion sous les étoiles (juillet 2017)

Véronique Sanson, des larmes de vie

Le vendredi 14 juillet fut le jour d’une grande représentante de la chanson française de qualité : Véronique Sanson. Après un début de soirée très pop rock avec le Valaisan Pat Burgener et le fiston du boss, David Hallyday, la chanteuse entre en scène après s’être fait attendre par ses fans et un public curieux.

Hormis quelques nouveaux titres issus de son dernier album, Dignes, dingues, donc, l’ex-compagne de Michel Berger a enchaîné les tubes : Amoureuse, Chanson sur une drôle de vie ou encore Rien que de l’eau. Les mélodies sont connues. Lui offrant un sourire sincère tout au long du spectacle, Véronique a confié à son public : « s’il vous plaît, j’aimerais vous entendre chanter avec moi, parce que vous êtes mon seul bonheur. C’est comme ça. »

Véronique Sanson
La chanteuse Véronique Sanson au festival Sion sous les étoiles (juillet 2017)

Quel ne fut pas le bonheur des spectateurs, eux aussi, devant ce concert à la fois vivant et nostalgique, dévoilant une Véronique Sanson au croisement de deux mondes. Celui, chalheureux, du rythme jazzy qu’elle a dans la peau ; celui, douloureux, de son passé de femme battue et d’alcoolique. Ces épreuves se retrouvent dans nombre de ses chansons, les plus profondes sans aucun doute.

L’artiste n’a pas manqué d’interpréter les meilleures d’entre elles, dont certaines seule au piano à la fin d’un concert qu’elle n’a apparemment pas hésité à allonger. Vancouver, Toute une vie sans te voir et le renversant Je me suis tellement manquée ont montré à quel point son œuvre mérite d’être toujours et encore redécouverte.

Enfin, le style Zucchero

Les Italiens venus en masse l’attendent. C’est l’une de leurs plus grandes légendes musicales qui se produit sur la scène de la petite Sion. En réalité, Zucchero est bien connu, même chez les francophones. Les innombrables spectateurs l’adulant, mains levées, en témoignent. L’artiste rock est international, grâce à un style unique qu’il porte dans sa musique comme dans son personnage.

Chapeau haut-de-forme et long manteau, Zucchero fait son apparition sous les ovations. S’il a laissé place aux chansons, et à elles seules, aux dépens d’une interaction avec le public, celui-ci n’a pas manqué de fredonner avec lui ses classiques. Senza una Donna ou Miserere, où le spectre éternel de Luciano Pavarotti a été convoqué, donnent à la complainte de chacun une voix rugissante et douce. L’émotion est là.

Les nouveautés n’ont pour autant pas manqué au spectacle. Elles lui ont même apporté ce souffle nouveau qui tient Zucchero en maître de l’esprit de dérision. Partigiano reggiano et 13 buone ragioni, du nouvel album Black Cat sorti l’an dernier, ont emporté les Sédunois dans le monde mouvementé et rythmé du lion sur scène.

Ecrire aux auteurs : jonas.follonier@leregardlibre.com / loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédits photos : © sionsouslesetoiles.ch / 20min.ch

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