Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

Le Regard Libre N° 31 (pas encore paru) – Jonas Follonier

Dracula : un personnage fameux surtout pour ses diverses apparitions au cinéma. C’est cette fois sur les planches que l’on peut voir le célèbre vampire, et c’est une première. Le roman épistolaire Dracula de Bram Stoker a été revisité par le metteur en scène Stéphane Albelda, bien connu pour son talent en Valais et au-delà.

Le résultat est époustouflant. La troupe de Nova Malacuria a bien atteint les objectifs que se fixe cette institution culturelle depuis plus de trente ans : faire se rencontrer les différents arts de la scène. Mais c’est avant tout à la frontière des genres que se situe cette création.

Passant des larmes les plus glacées au rire le plus entier, le public peut assister jusqu’au 2 septembre à un spectacle total sous la lune des jardins du Collège des Creusets, à Sion, du mercredi au samedi, à 20h30. Portés par une musique décapante composée par Baptiste Mayoraz et interprétée en direct, les acteurs, jeunes pour la plupart, témoignent d’un jeu subtil, réaliste et tragique. Rencontre avec l’un d’entre eux, Thibault Hugentobler.

Jonas Follonier : Est-ce la première fois que vous jouez dans la troupe de Nova Malacuria ?

Thibault Hugentobler : J’avais déjà joué au sein de cette troupe dans la pièce Guillaume Tell, il y a deux ans. Stéphane Albelda était alors assistant de mise en scène. Baptiste Mayoraz et Rachel Morend étaient aussi déjà dans l’aventure.

Dracula a toujours été un personnage très moderne. Le rendre « autrement » moderne, voilà le défi de cette pièce. Ce défi est-il réussi selon vous ?

Je trouve que les objectifs de la mise en scène ont été largement atteints. La volonté de s’écarter de tout ce qui est sanguinolant a été sublimement réalisée. Stéphane Albelda souhaitait faire de Dracula un personnage révolté et que le public voit cette révolte, qu’elle ne soit pas cachée sous des strates inférieures. Le moment où l’acteur Stéphane Liard arrive sur le devant de la scène et annonce à Dieu qu’il le renie, cela ne doit pas être simplement une phrase, mais un acte de détachement.

En quoi ce personnage est-il intéressant à notre époque ?

La pièce peut être vue comme une série de duos. Dracula ne renvoie pas forcément à l’immortalité, mais plutôt à cette facination et cette peur de l’autre. Quand le professeur Van Helsing (incarné par Hadrien Praz) annonce à Dracula qu’il est le monstre, celui-ci lui répond : « Tu tueras le monstre, mais est-ce que tu tueras le mal ? ». Evidemment que non. Dracula est l’altérité même : nous avons à la fois envie de l’avoir et, puisqu’il nous terrifie, de le détruire.

Vous incarnez le personnage de Renfield, un déséquilibré mental fort intéressant. Quels ont été les défis d’interprétation ?

J’ai mis un an à trouver mon personnage, à le nourrir d’influences, de réflexions, de travail technique avec l’aide de Stéphane Albelda et de Stéphane Liard. Le plus difficile a été mon regard sur mon propre jeu. J’ai dû beaucoup travailler pour revenir à des émotions simples et dénuées d’intellectualisme. Puis, c’est en répétant un samedi de juillet que j’ai saisi ce que devait être mon Renfield : un lucide de l’extrême, pas un fou qui gueule sur une scène un soir d’été. C’est là que le texte est revenu à la charge avec sa signification entre ce que Renfield dit et ce que Seward dit de Renfield.

Passons maintenant à votre panthéon en matière de théâtre. Quels sont vos dramaturges favoris ?

Wajdi Mouawad, qui écrit des textes exceptionnels, et Vincent Macaigne, un acteur, metteur en scène et réalisateur français, que j’ai découvert assez récemment. C’est un auteur dont les oeuvres, notamment En manque, nous font réfléchir pendant des semaines et des semaines après les avoir vues.

Merci pour vos réponses.

Thibault Hugentobler est étudiant en histoire de l’art et en science politique à l’Université de Lausanne. Il a commencé le théâtre en 2013 dans la troupe du Lycée-Collège des Creusets, à Sion, et a donc tout d’abord joué dans Le Cercle de Craie caucasien de Bertolt Brecht.

Nova Malacuria est une institution culturelle sédunoise ayant pour but de constituer une plate-forme d’échange et de création, au carrefour des différents arts de la scène. De Farinet (1985) à Dracula (2017), Nova Malacuria est un théâtre aux airs d’agora qui s’est peu à peu imposé comme un événement incontournable des étés valaisans.

Crédit photo : © Nova Malacuria

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