Pascal Couchepin : « Personnellement, j’étais pour un ticket à deux »

Un entretien inédit préparé par Jonas Follonier et Nicolas Jutzet

Vendredi dernier 1er septembre, le groupe parlementaire PLR a tenu séance à Neuchâtel pour choisir le type de candidature qu’il souhaite lancer dans la succession à Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Un ticket à trois a été choisi : les candidats Ignazio Cassis (le favori), Isabelle Moret et Pierre Maudet restent en lice. Réactions d’un ancien président de la Confédération libéral-radical, Pascal Couchepin.

Jonas Follonier : Ce choix d’un ticket à trois était-il une surprise pour vous ?

Pascal Couchepin : Je n’ai pas été surpris, car dans ce domaine, la préoccupation tactique l’emporte souvent sur la préoccupation du fond. Personnellement, j’étais pour un ticket à deux, et non à trois. Imaginez un ticket à quatre, cinq, six, ce serait laisser les autres partis décider. Non, il est essentiel que le parti s’accorde déjà sur un ou deux noms, afin de faire une première sélection au niveau des compétences, et ne pas laisser l’entier du choix aux autres formations politiques.

A-t-on affaire à trois candidats de grande qualité, comme le disent la plupart des ténors du parti ?

Je dirais que chacun des trois candidats représente un élément très important : la représentation de la Suisse italienne pour Ignazio Cassis, la représentation des femmes pour Isabelle Moret (avec le départ de Doris Leuthard, le nombre de conseillères fédérales sera en sous-effectif) et la jeunesse ainsi que la pratique d’un exécutif pour Pierre Maudet.

On peut modestement dire que vous avez facilité l’ascension de Pierre Maudet. Qu’avait-il de différent ?

Je connais Pierre Maudet depuis une vingtaine d’années, l’ayant rencontré à Genève lorsqu’il était encore étudiant. J’ai ensuite assisté à son exceptionnelle carrière politique. Il a atteint ses objectifs contre toutes les augures, il a assuré une très bonne présidence de la commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ). Il suffit de regarder son parcours pour se rendre compte que ce politicien est exceptionnel, d’autant plus qu’il est jeune. Je lui souhaite un grand avenir ; mais ce n’est pas à moi de dire quand, ni comment.

En tant que radical valaisan, estimez-vous que la différence entre libéraux et radicaux n’existe plus ou se ressent-elle tout de même encore, notamment parmi les trois candidats ?

Cette différence est historique. On peut qualifier quelqu’un de libéral un jour, et de radical le lendemain. Aujourd’hui, seuls les libéraux-radicaux existent. Regardez l’exemple de Genève, où la fusion entre libéraux et radicaux est récente : après la fusion, on a pu observer que les membres du parti votaient une fois dans une direction, une fois dans une autre. Les étiquettes de « libéral » et de « radical » ne sont plus pertinentes, et cela vaut aussi pour l’élection dont nous parlons.

Passons maintenant à la question de la double nationalité, qui fait réagir, surtout à gauche. Vous avez été fait officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur. Estimez-vous qu’il est problématique d’être conseiller fédéral et binational ?

A vrai dire, je trouve cette polémique un peu stérile. Au XIXe siècle, on entendait dire qu’un catholique ne pouvait être un bon conseiller fédéral, car il était de double allégeance. Puis, être juif et suisse en même temps est devenu suspect pour aspirer à faire partie de l’exécutif au niveau national. Soyons sérieux : il y a eu de très bons conseillers fédéraux qui avaient des liens avec d’autres pays. Certains ont des rapports avec la Chine, avec les Etats-Unis. Tout cela existe forcément et peut être considéré comme un apport potentiel.

Au final, c’est le Parlement qui élira le nouveau magistrat. Selon vous, quel sera vraiment le critère déterminant ?

L’intégration des diverses régions de la Suisse pèsera très certainement dans ce qui va faire le nombre de voix de chacun des candidats. Aujourd’hui, cet élément rassemble une majorité du parlement, mais peut-être la campagne qui commence en ce moment va-t-elle changer la donne. Il suffit qu’il y ait un changement de dix voix durant la nuit des Longs Couteaux, et le scénario peut s’inverser.

Vous êtes devenu conseiller fédéral en 1998. Votre élection vous paraît-elle proche ou lointaine ? Quelle image en gardez-vous ?

Elle me semble relativement lointaine. Je constate tout d’abord que la presse avait été beaucoup moins engagée qu’aujourd’hui. Être élu au Conseil fédéral constitue un moment exceptionnel dans une vie. J’en garde un souvenir lumineux. Et je me rappelle que la nuit précédente, je me suis couché tôt, en me disant : « ça ne sert à rien de trop réfléchir ; on verra bien ce que sera demain. »

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Blick

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