La longue route du Brexit

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

Le 8 décembre, l’Union européenne et le Royaume-Uni se sont mis d’accord sur la première étape du Brexit. Celle-ci consiste en un règlement de la sortie en tant que telle de l’Union. Les discussions ont porté sur le sort des ressortissants des deux entités vivant chez l’autre et sur le paiement de la contribution britannique à l’UE comme promis jusqu’en 2020. Le dernier sujet porte sur la frontière entre l’Ulster, partie du Royaume-Uni, et la République d’Irlande qui, selon les accords de paix de 1998, ne peut pas être matérielle, ce qui pose problème vu que cette frontière deviendrait une frontière extérieure de l’UE. Ce dernier sujet n’est d’ailleurs pas encore tranché sur le fond, ce qui augure de très vifs débats. Ces questions plus ou moins réglées, le passé entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni est censé être liquidé. Maintenant, c’est l’avenir de leur relation qui devra être envisagé, soit la question la plus difficile à régler. Et pour cause, cette première phase a pris presque une année alors qu’elle est censée être la plus facile à régler.

Le gouvernement britannique n’est donc pas au bout de ses peines. Il doit manœuvrer entre les partisans d’un Brexit dur, soit une sortie totale de l’UE, et les défenseurs d’une ouverture au monde. Ces personnes veulent rendre le Royaume-Uni plus attractif et espérer attirer du monde entier ce qui lui manquera de l’Europe. De l’autre côté, on retrouve les partisans d’un Brexit plus doux qui souhaitent conserver une bonne relation avec l’UE en se basant sur ce qui se fait déjà au Canada, en Suisse ou en Norvège.

Alors que toute la politique du pays vit au rythme du Brexit, un sondage montre qu’une majorité des Britanniques se prononcerait contre la sortie de l’UE. L’écart entre les deux camps n’a jamais été aussi large depuis le vote en juin 2016. Il est loin le temps où les souverainistes et les nationalistes célébrait le peuple qui, enfin, avait osé affronter les élites de Londres et de Bruxelles. Les sondages s’étaient trompés et on mettait en avant la vraie volonté des peuples. Ce qui a été célébré en vrai furent la bêtise des personnes qui ont mené la campagne et la crédulité des personnes qui les ont suivies.

Le premier indice, c’est qu’aucun des plus grands partisans du Brexit lors de la campagne n’a osé prendre les rênes du gouvernement, ce qui démontre leur profonde impréparation et leur absence de plan pour réaliser le Brexit. Ceux-ci croient que si le Royaume-Uni se détourne de l’UE, le pays pourra développer lui-même des accords commerciaux avec des pays dans le monde entier. Alors même qu’au sein de l’UE il bénéficie d’un grand nombre d’accords. Quand le Royaume-Uni va sortir, tous ces accords tomberont d’un seul coup et le pays se retrouvera sans aucun accord pendant un certain temps.

De plus, tant que le Royaume-Uni n’est pas sorti de l’UE, soit avant 2019, celui-ci n’a pas le droit de négocier à l’avance de nouveaux traités comme il est encore un Etat membre. Pour finir, les accords qui déjà au sein de l’UE se négocient avec difficulté seront encore plus difficile à conclure, étant donné que le Royaume-Uni n’aura plus le même poids en dehors de l’UE et ne pourra plus peser autant lors des négociations

Lors de la campagne, les leaders du pro-Brexit ont tout fait pour simplifier les choses. Ils faisaient miroiter une sortie de l’UE, la fin de la libre-circulation, le contrôle de l’immigration et en même temps un accès au marché intérieur de l’UE. Le beurre et l’argent du beurre. Ce fut la même situation en Suisse avec l’initiative UDC contre l’immigration de masse qui promettait des quotas d’immigration et en même temps le statu quo sur les accords économiques. Un tel raisonnement est soit un mensonge, soit un manque de réflexion sur la façon dont fonctionne l’Union européenne.

D’une manière générale, il a fallu un tel événement pour qu’une partie des Britanniques se rendent compte de l’importance de l’UE, même dans leur vie quotidienne. Finis, les déplacements sans barrières en Europe ou les études à l’étranger. Et surtout, ils voient la complexité des liens qui unissent leur pays et l’Union, des liens qu’il est très difficile de défaire sans dégâts.

Le dilemme que devront se poser les Britanniques est le même que celui auquel les Suisses ont dû répondre depuis vingt-cinq ans : comment être en dehors de l’Union sans être marginalisé ou soumis à elle ? En un quart de siècle, la Confédération suisse n’a toujours pas trouvé la relation qui lui convienne à 100%, alors qu’il reste toujours une grande part de mécontents. Le Royaume-Uni, lui, a jusqu’en mars 2019 pour trouver une solution. La voie du Brexit est encore très longue et toutes les difficultés n’ont pas encore été rencontrées.

Ecrire à l’auteur : clement.guntern@leregardlibre.com

Crédit photo : © Reuteurs

Laisser un commentaire