« Place publique », une métaphore de Thierry Ardisson

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Castro (Jean-Pierre Bacri) est un célèbre animateur de télévision dont la notoriété commence à s’effriter à cause des années. Il est convié par sa productrice, Nathalie (Léa Drucker), à la pendaison de crémaillère de sa nouvelle demeure, à une trentaine minutes de Paris. Décor champêtre, brochette d’invités issus du gratin audiovisuel de la capitale : l’ambiance est aux festivités, mais aussi à la bien-pensance. Castro, misanthrope et réplique parfaite de Thierry Ardisson, fait contraste parmi tous ces bobos – dont son ex-femme. La soirée va alors s’enflammer sous fond de tensions sociales, professionnelles et familiales.

Place Publique marque la nouvelle collaboration de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, après toute une série de pièces de théâtre et de films en commun. Les deux ont co-écrit le scénario, la seconde a pris en charge la réalisation ainsi que le rôle d’Hélène, l’ancienne épouse de l’animateur. On remarque que le duo fonctionne et qu’il repose sur de précédentes réussites. Hasard du calendrier cinématographique, Bacri réapparaît juste après Le Sens de la fête, où le cynisme du personnage et le contexte de la fête étaient déjà présents.

Un cinéma de goût

Si on le confronte aux précédentes créations du duo Bacri – Jaoui, peut-être bien que Place Publique pourrait se situer à un niveau inférieur. Cependant, il convient parfois de ne pas recourir à la comparaison, mais plutôt d’analyser le film en lui-même. Et là, il faut bien constater la beauté d’un tel cinéma. Quelle poésie, quel humour, quelles femmes, quel film ! L’art français dans toute sa splendeur, avec un sens du comique incarné par des acteurs formidables, des seconds rôles fort attachants – sublime jeu de séduction entre Nina Meurisse, si craquante, et Kevin Azaïs, sans doute craquant – , une dénonciation des faux-semblants de la société mondaine et un sens esthétique de l’image.

Cette poésie est soutenue par un personnage tout aussi essentiel : la musique. La bande-son, conçue avec soin, propose de nombreux morceaux aux tonalités espagnoles spécialement composés pour le film, suscitant des émotions simples et belles qui n’auraient pu être engendrées par des répliques lyriques dont, de toute manière, on ne voulait pas. Elle met également à l’honneur la chanson française, tantôt avec humour quand Jean-Pierre Bacri singe Yves Montand, tantôt avec une mélancolie aussi noire que ses lunettes de soleil et que son âme lors de son Osez Joséphine final – « Je suis le roi des scélérats, à qui sourit la vie ».

Porté par tant d’éléments positifs, le long-métrage co-produit par France2 Cinéma peine pourtant à faire s’envoler de grands éclats de rire ou à faire couler de chaudes larmes. Le scénario y est sans doute pour quelque chose : trop peu d’audace, point de coups de théâtre, tout semble en demi-teinte, inachevé, juste abordé. Au final, peut-être est-il pertinent de regarder cette œuvre comme on lirait Madame Bovary : on s’embête un peu, ça tourne en rond – de même que mes références récurrentes à ce fameux roman – mais qu’est-ce que c’est beau.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © Frenetic Films

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