Etats-Unis – Iran: la guerre dont personne ne voulait

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

En quelques jours, les tensions plus ou moins ouvertes entre les Etats-Unis et l’Iran se sont dévoilées un peu plus crûment, entre assassinat, représailles et sanctions. Ce qui se dégage à ce stade est le manque de vision à moyen terme des Américains et la volonté de ne pas trop renchérir des Iraniens.

En réalité, Trump ne sait pas vraiment ce qu’il veut dans cette histoire. Ni avec l’Iran de manière générale d’ailleurs. Selon des informations publiées dans les médias américains, la solution de l’assassinat du général Soleimani était l’action la plus extrême proposée par l’administration. Même les Saoudiens ont demandé s’il y avait un plan derrière cet assassinat, si Trump avait de la suite dans les idées. Il s’est avéré qu’il n’en avait pas vraiment. D’ailleurs, le président des Etats-Unis ne sait pas ce qu’il se veut à propos de l’Iran. Certes, il a menacé plusieurs fois le pays de destruction totale et soutient son allié israélien qui y voit le mal incarné. Pourtant, lorsqu’on lui demande s’il cherche à faire tomber le régime iranien, Monsieur Trump répond que ce n’est pas son but.

Personne n’en veut

A vrai dire, le seul gouvernement dans la région qui voudrait éventuellement une guerre ici et maintenant, ce serait celui d’Israël. En effet, Donald Trump n’est pas éternel à la Maison-Blanche, et il représente le meilleur allié de Benjamin Netanyahu pour en finir avec la menace nucléaire iranienne. Mais il est difficile de concevoir que le président américain souhaite vraiment une guerre. Le problème des Etats-Unis est qu’ils ne peuvent pas, une fois de plus, baisser la tête et reculer au Moyen-Orient. En même temps ils ne peuvent pas se permettre un nouvel engagement de longue durée dans la région. C’est ce qu’a promis Trump et c’est ce qu’il fera envers et contre tout. Il n’est pas un belliqueux dans l’âme, mais plutôt un impulsif qui répondra de manière irréfléchie. Ce qui, au final, peut revenir au même. Bref, Trump ne veut pas d’une guerre.

Du côté iranien, le problème principal est que ce pays, dans la situation actuelle, ne peut pas vivre, ou survivre, autrement qu’en perturbateur régional et en rival de l’Arabie saoudite. On sait que les Iraniens cherchent désespérément, et depuis longtemps, à étendre leur domination sur la région, et en particulier en Irak où ils sont très présents, pour assurer leur sécurité. L’accord nucléaire iranien, déchiré par Donald Trump et dont il pensait qu’il menacerait la sécurité mondiale, ne donnait peut-être pas toutes les garanties de la fiabilité des Iraniens, mais il était de toute façon préférable à la situation actuelle avec la menace d’une guerre.

L’Iran est acculé

Lorsqu’un pays est mis dans l’impasse, lorsqu’il est poussé dans la marginalité internationale, surtout par les tout-puissants Etats-Unis, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il ait une attitude passive et pacifique. Son échappatoire la plus évidente, et qui évite de se transformer en un Etat vassal de qui que ce soit, est de s’imposer par la force, de se créer des soutiens et des alliés dans la région et si possible parmi les puissants. L’Iran, qu’il se soit marginalisé de lui-même ou qu’on l’y ait poussé, se trouve dans une position aux frontières de la communauté internationale; il est acculé, dos au mur.

A quoi pourrait bien ressembler une solution à long terme pour un tel conflit? On peut imaginer un retour progressif de l’Iran sur la scène international, ce que l’accord sur le nucléaire proposait déjà. D’un autre côté, le gouvernement iranien devrait abandonner son idée révolutionnaire et ses actions de déstabilisations. Et pourquoi pas arrêter de souhaiter, à la moindre occasion, la destruction d’Israël? Pour l’instant, Trump ne sait pas où il va dans son escalade militaire et l’Iran préfère s’épuiser dans des interventions extérieures dispendieuses, alors que le pays souffre.

Ecrire à l’auteur: clement.guntern@leregardlibre.com

Crédit photo: © Wikimedia CC 4.0

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