«Marriage Story», l’histoire où l’amour brille par son absence

Le Netflix & chill du samedi – Lauriane Pipoz

Vous avez peut-être déjà entendu parler de Marriage Story: disponible sur la plateforme Netflix depuis début décembre après une courte sortie en salles, le dernier film de Noah Baumbach, le compagnon de Greta Gerwig, a été nommé aux Golden Globes 2020. Une aubaine pour une œuvre Netflix, plateforme qui était boudée lors des récompenses il y a une année. Une critique originale de ce film? Difficile à faire, tant tout a été dit – et bien. Mais relevons le défi! Une matière mérite spécialement un traitement inédit, selon moi: le talent du réalisateur pour nous raconter un amour qui n’existe plus.

Marriage Story est l’histoire d’une union qui n’en est plus une. Après de nombreuses années de vie commune et un enfant, Nicole (Scarlett Johansson) et Charlie (Adam Driver) se séparent. Parce qu’ils ne veulent plus les mêmes choses. Malgré les dires de Charlie lors de leur décision de divorcer:

«We want the same things.»

Le problème principal? Nicole n’est plus d’accord de suivre systématiquement l’avis de Charlie: elle, qui n’a jamais su ce qu’elle voulait, décide soudain de le découvrir.

Noah Baumbach est un habitué du thème des séparations. Lui-même divorcé, il puise dans son propre passé et dans les expériences de son entourage pour écrire ses films. Problème, pour rendre une séparation poignante à l’écran, il faut avant tout montrer l’amour qu’il y a eu dans un couple. Le moyen le plus instinctif est sans doute le flashback. D’ailleurs, le réalisateur use bien de celui-ci pendant quelques minutes au début du film: les deux époux expliquent en voix off quelles sont les qualités qu’ils apprécient le plus chez l’autre, illustrées par des anecdotes touchantes du quotidien. C’est également cet extrait vibrant qui est présenté dans la bande-annonce.

Présenter des personnages humains…

Commencer l’œuvre en peignant un portrait général positif de Nicole et Charlie sans en avoir l’air est une excellente stratégie. On s’attache à eux, on a l’impression de les connaître en entrant dans leur intimité, ce qui nous permettra ensuite de leur trouver des excuses lorsqu’ils commenceront à s’entretuer. Autre avantage de ce début attendrissant: ces choses du quotidien dévoilées avec une pointe d’humour bien dosée nous aident même à nous identifier facilement aux deux protagonistes, qui sont finalement Monsieur et Madame Tout le Monde. Même s’ils ont particulièrement bien réussi dans l’univers singulier du spectacle, ils connaissent les mêmes joies et les mêmes peines que vous et moi.

Les éléments plus sombres de la vie du couple à la dérive nous seront dévoilés ensuite beaucoup plus pudiquement, dans les dialogues – absolument superbes! – ou à travers la mise en scène – aussi touchante que loufoque, ce qui m’a poussée à passer du rire aux larmes comme Nicole l’émotionnelle. En misant sur des acteurs principaux de qualité, Noah Baumbach a pu se permettre de laisser ses personnages raconter longuement leur version de l’histoire par eux-mêmes, en gros plan. Et c’est bien clair, ils crèvent l’écran – Johansson et Driver ont d’ailleurs été nommés aux Golden Globes 2020.

La mise en scène, bien plus épurée que dans un film grand écran, souligne quant à elle sans s’attarder leurs plus gros travers. On pense surtout à l’égocentrisme de Charlie et à la peine à se trouver de Nicole, qui sont représentés de manière égale. Mais si de nombreux critiques ont relevé avec justesse le souci du réalisateur de ne pas trop tirer la couverture du côté d’un époux ou de l’autre, ils ont souvent ajouté que le mari en prenait quand même un peu plus pour son grade. Chacun aura sa propre appréciation de la situation, mais chaque protagoniste semble avoir eu de façon équitable son temps de parole pour expliquer ses erreurs. Et en commettre d’autres. Mais nous ne sommes pas ici pour faire leur procès. Ou peut-être que si?

…représentés par des avocats inhumains

Si ce couple est si raisonnable, comment justifier la sale tournure que prend son divorce, qui glisse vers un étalage de linge sale? Par l’intégration des personnages de l’avocate en guerre contre les hommes et de l’avocat accro à la gagne, véritables requins prêts à tout pour l’emporter sur l’autre. Ce sera la seule réserve que je peux émettre sur ce film définitivement excellent: les protagonistes principaux sont presque considérés comme des victimes de leur propre litige. Comme des blessés collatéraux de leurs représentants excessifs. Et s’ils avaient voulu eux aussi gagner pour gagner, trait de caractère qui leur appartient d’après les flashbacks du début du film? N’aurait-on pas réussi à les apprécier quand même?

Ecrire à l’auteure: lauriane.pipoz@leregardlibre.com

Crédit photo: © Netflix

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