Archives pour la catégorie Histoire

Les nouvelles routes de la soie et le poids de l’histoire

Le Regard Libre N° 36 – Clément Guntern

Depuis quelques années, le gouvernement chinois a d’abord initié ce qui n’était qu’un projet parmi d’autres. Celui-ci compte faire revivre l’antique route de la soie, reliant la Chine à l’Europe. Ce projet, comme d’autres exemples, est symptomatique des permanences qui irriguent l’histoire chinoise.

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De l’importance de la mémoire apaisée

Le Regard Libre N° 35 – Clément Guntern

La Russie a commémoré en 2017 le centenaire de la révolution d’Octobre. En 1917, les bolcheviks avaient renversé le gouvernement provisoire pour installer leur propre pouvoir. Pourtant, alors que certains se souviennent de cette date, d’autres la fêtent. La mémoire historique nécessite encore un grand travail.

La mémoire historique d’un peuple peut être détournée en un outil politique d’une grande puissance. Les exemples qui l’illustrent sont légion. La Russie a récemment commémoré en toute discrétion le centenaire de la révolution d’Octobre 1917 qui a mis au pouvoir Lénine et les bolcheviks, ouvrant la voie à plusieurs dizaines d’années de contrôle communiste sur le pays et bien au-delà. A l’occasion de cet anniversaire, un sondage a été réalisé, demandant aux Russes qui serait selon eux le meilleur dirigeant pour le pays aujourd’hui. Et la personne qui arrive en tête est Staline. Lire la suite De l’importance de la mémoire apaisée

Reconnaissance à l’Espagne

Le Regard Libre N° 32 – Hélène Lavoyer

Le second voyage de Christophe Colomb pour l’Amérique du Sud commença le 25 septembre 1493. 524 ans après, la colonisation est encore un sujet brûlant. Le pamphlet Très brève relation de la destruction des Indes, publié en 1552, avait pour but d’être un secours pour les indigènes ; au lieu de cela, c’est surtout un dégoût de l’Espagne qu’il a engendré.

« Très brève relation »

Lorsque le regard se pose sur les mots de Bartolomé de Las Casas, qu’il envoya au Prince Philippe d’Espagne dans sa Très brève relation de la destruction des Indes, on sent son cœur se serrer et s’assécher en découvrant quelques-unes des monstruosités infligées aux Indiens d’Amérique latine du temps de la colonisation, toutes plus atroces les unes que les autres. Il est même difficile de finir cette Très brève relation qui insiste et appuie sur des images d’horreur que l’imagination peine à se figurer.

Bartolomé de Las Casas a été l’une des premières voix à s’élever contre les tortures et l’exploitation subies quotidiennement par les Indiens d’Amérique latine. D’une façon crue, parfois exagérée et souvent discutée, il évoque les communautés indiennes, leur nombre, leurs richesses, leur immatérialisme, leur dévouement et leur docilité à l’égard des conquistadors espagnols. Cet ouvrage d’une puissance inouïe, fait de mots puisés dans le cœur effaré du prêtre, représente la nécessité de crier la disparition de quelque chose d’inestimable, l’urgence de se soulever. Quel noble désir.

Une participation à la Légende Noire

Cependant, même les volontés les plus morales et les désirs les plus nobles peuvent avoir des conséquences inattendues Lire la suite Reconnaissance à l’Espagne

La gauche et la droite selon Olivier Meuwly

Le Regard Libre N° 25 – Nicolas Jutzet

Les appellations politiques « gauche » et « droite » sont-elles pertinentes ? Renvoient-elles vraiment à quelque chose ? Ne devrait-on pas en user avec plus de mesure, comme le préconisait notre rédacteur en chef dans son édito d’octobre 2015 ? L’historien Oliver Meuwly, lui, considère que ces deux catégories sont indissociables de la pensée politique depuis la Révolution française et qu’elles permettent de cerner précisément les tendances qui caractérisent notre paysage politique. Dans son livre La droite et la gauche (2016), le libéral-radical vaudois rappelle l’histoire de ces deux termes tout en analysant leur signification profonde et actuelle.

Nicolas Jutzet : La droite face à la gauche, comment est née l’opposition ?

Olivier Meuwly : La bipolarité s’est créée dans le cadre de la Révolution française et de la répartition des différents groupes à l’Assemblée nationale. La tradition va s’installer, et autour de la droite et de la gauche vont s’agglomérer des tendances qui pensent plus au moins la même chose. Il est important de préciser que ces blocs n’ont jamais été homogènes ni immobiles. Il y a toujours eu des droites et des gauches. Il y a toujours eu des gens qui espéraient meubler l’espace entre deux. Les idées défendues par les deux pôles évoluent au fil du temps, passant d’un camp à l’autre. On a souvent l’image que les idées naissent à gauche avant d’aller à droite. Il n’y aucune ligne rigide, il faut comprendre cette bipolarisation en prenant en compte le mouvement continu des idées. Lire la suite La gauche et la droite selon Olivier Meuwly

L’émancipation progressive de la principauté de Neuchâtel

Le Regard Libre N° 22 – Jules Aubert

Pour bien comprendre dans quel contexte s’inscrit le lent affranchissement de la principauté de Neuchâtel, il faut tout d’abord comprendre qui a régné sur ce petit territoire qui borde le Doubs d’un côté et le lac de l’autre.

L’histoire du comté de Neuchâtel à ceci de particulier qu’en 837 ans, de 1011 à 1848, elle a vu se succéder une multitude de souverains dont nous ne ferons pas la liste exhaustive ici. Nous commencerons donc en 1707, année d’une importance cruciale, puisque Marie de Nemours de la lignée des Orléans-Longueville de manière indirecte décède et se voit refuser le droit de transmettre son autorité sur la principauté par le tribunal des trois Etats. Les Orléans Longueville voient donc mourir avec La Duchesse de Nemours leur prétention sur Neuchâtel. La principauté dépourvue de souverain doit alors déterminer qui succèdera à cette famille française. Le tribunal des trois Etats a seul le pouvoir de choisir le nouveau prince. Lire la suite L’émancipation progressive de la principauté de Neuchâtel

Inauguration du tunnel de base du Saint-Gothard : nous avons rendez-vous avec l’histoire

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

L’heure est à la fête. Après dix-sept ans de travaux qui ont occupé 2400 travailleurs, celui qui devient le plus long tunnel du monde va avoir droit à son inauguration. Le 1er juin, la Suisse, et même l’Europe fêteront ce bijou d’innovation. L’ouvrage de cinquante-sept kilomètres démontre une nouvelle fois à quel point la Suisse est à la pointe. Car oui, ne jouons pas les faux-modestes pour une fois, ce que nous avons réalisé est simplement titanesque, absolument grandissime. Pour faire simple : ein Meisterwerk !

Derrière cette prouesse se cache une longue histoire, celle qui a fait de la Suisse, ce pays autrefois si pauvre, un nouveau riche. Le Gothard d’aujourd’hui est possible grâce au travail de grands acteurs du passé. Et je pense que la Suisse doit profiter de cette occasion pour laver un affront, soigner une blessure restée ouverte. Petit retour en arrière : le premier à avoir vu l’importance que revêtait une jonction ferroviaire nord-sud pour la Suisse, c’est Alfred Escher. A mes yeux, c’est à ce bourreau de travail, véritable visionnaire, que nous devons la réussite de notre Suisse moderne. Lui qui dès 1852, avec sa loi sur les chemins de fer (la construction et l’exploitation du réseau confiées à des sociétés privées), a permis à notre pays de rattraper son retard en la matière. Pour rappel, il n’existait auparavant qu’une seule et ridicule voie ferrée reliant Zurich et Baden ! Lire la suite Inauguration du tunnel de base du Saint-Gothard : nous avons rendez-vous avec l’histoire

Il y a deux cents ans : Frédéric Gard (1767-1848)

Article inédit – Sébastien Oreiller

L’histoire, selon Nietzsche, s’arrête pour bien des hommes à l’époque de leur grand-père. En cette année où nous fêtons le bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération, année de mémoire et d’identité, il me semble de mon devoir de rendre honneur à un ancêtre, Frédéric Gard, qui, député du dizain d’Entremont, avait voté l’union du Valais avec la Suisse.

Né en 1767 dans une dynastie de notaires bagnards, Frédéric Gard sert d’abord en tant que capitaine au service d’Espagne, avant d’occuper la charge féodale de banneret et capitaine d’Entremont.[1] A l’évidence, l’engouement pour les idées libérales le saisit assez rapidement puisqu’il prend déjà part à la révolution bas-valaisanne de 1798 en tant que membre du comité général des communes du Bas-Valais (gouvernement indépendant[2])[3]. Qui plus est, son frère, le docteur et chevalier Arnold Gard, connu pour avoir introduit la vaccination en Valais[4], épousera une nièce du grand-bailli de Rivaz[5], acteur majeur et parfois infortuné de cette période révolutionnaire. Lire la suite Il y a deux cents ans : Frédéric Gard (1767-1848)