Archives pour la catégorie Histoire

La gauche et la droite selon Olivier Meuwly

Un entretien paru dans Le Regard Libre N° 25

Les appellations politiques « gauche » et « droite » sont-elles pertinentes ? Renvoient-elles vraiment à quelque chose ? Ne devrait-on pas en user avec plus de mesure, comme le préconisait notre rédacteur en chef dans son édito d’octobre 2015 ? L’historien Oliver Meuwly, lui, considère que ces deux catégories sont indissociables de la pensée politique depuis la Révolution française et qu’elles permettent de cerner précisément les tendances qui caractérisent notre paysage politique. Dans son livre La droite et la gauche (2016), le libéral-radical vaudois rappelle l’histoire de ces deux termes tout en analysant leur signification profonde et actuelle.

La droite face à la gauche, comment est née l’opposition ?

La bipolarité s’est créée dans le cadre de la Révolution française et de la répartition des différents groupes à l’Assemblée nationale. La tradition va s’installer, et autour de la droite et de la gauche vont s’agglomérer des tendances qui pensent plus au moins la même chose. Il est important de préciser que ces blocs n’ont jamais été homogènes ni immobiles. Il y a toujours eu des droites et des gauches. Il y a toujours eu des gens qui espéraient meubler l’espace entre deux. Les idées défendues par les deux pôles évoluent au fil du temps, passant d’un camp à l’autre. On a souvent l’image que les idées naissent à gauche avant d’aller à droite. Il n’y aucune ligne rigide, il faut comprendre cette bipolarisation en prenant en compte le mouvement continu des idées. Toutefois, il y a toujours des éléments qui restent. Dans mon livre, je me focalise principalement sur l’égalité et la liberté. Liberté dans le sens de l’acceptation des inégalités. Et d’autres éléments autour, pas seulement le plan économique qui est beaucoup thématisé aujourd’hui, mais le rôle de l’Etat. Aucune partie ne nie son utilité, mais chacun voit son intervention de manière différente. Il y aura toujours deux grandes façons contradictoires de voir des problématiques. La construction du politique se fait sur la rencontre, plus au moins conflictuelle, plus au moins agressive de ces deux pôles. Et de là peut sortir une multitude de courants. C’est le système de la démocratie qui organise et canalise les discussions de manière optimale.

« L’architecture gauche/droite qui guide notre propos commence à prendre forme, entre un pôle de droite, fixé dans une vision mystique et monarchique du monde, et un pôle de gauche plus composite mais qui, globalement, se mire dans une même vision holistique de la société. Ce second pôle se scinde toutefois en deux courants : le premier en extrait la primauté d’un Etat contrôlé par des mécanismes d’une démocratie strictement égalitaire, alors que son rivale s’enivre d’une société régie non plus par des centres investis d’un pouvoir quelconque, mais par les individus eux-mêmes, immergés dans une liberté souveraine. »

Au regard de cet extrait de votre livre, seules les idées de gauche ont survécu après la Révolution ?

On dira d’une certaine façon qu’il y a eu un mouvement. Prenons l’exemple du libéralisme : à la base, il est placé à gauche. Or il n’est pas non plus dans l’esprit purement révolutionnaire. Pour Benjamin Constant et bien d’autres, la question est la suivante : comment gérer la Révolution, comment faire en sorte que l’apport de la Révolution soit le plus fructueux possible et éviter d’être absorbé par ses dérives. Il s’agit aussi de chercher comment organiser cette nouvelle liberté. Selon Tocqueville, en y instillant des éléments de l’Ancien Régime, qui permettent de la dompter, de la canaliser au besoin. La droite, elle, va reprendre une partie de ces idées-là, tout en s’adaptant à la nouvelle donne. Lire la suite La gauche et la droite selon Olivier Meuwly

L’émancipation progressive de la principauté de Neuchâtel

Le Regard Libre N° 22 – Jules Aubert (notre invité du mois)

Pour bien comprendre dans quel contexte s’inscrit le lent affranchissement de la principauté de Neuchâtel, il faut tout d’abord comprendre qui a régné sur ce petit territoire qui borde le Doubs d’un côté et le lac de l’autre.

L’histoire du comté de Neuchâtel à ceci de particulier qu’en 837 ans, de 1011 à 1848, elle a vu se succéder une multitude de souverains dont nous ne ferons pas la liste exhaustive ici. Nous commencerons donc en 1707, année d’une importance cruciale, puisque Marie de Nemours de la lignée des Orléans-Longueville de manière indirecte décède et se voit refuser le droit de transmettre son autorité sur la principauté par le tribunal des trois Etats. Les Orléans Longueville voient donc mourir avec La Duchesse de Nemours leur prétention sur Neuchâtel. La principauté dépourvue de souverain doit alors déterminer qui succèdera à cette famille française. Le tribunal des trois Etats a seul le pouvoir de choisir le nouveau prince.

Le Conseil d’Etat appelle donc toutes les familles ayant des prétentions à la succession à faire valoir leurs droits en leur soumettant des preuves permettant de contrôler le fondement de leur revendication. Ils sont nombreux à ambitionner le trône de la principauté ; tous viennent avec des documents attestant leurs liens généalogiques plus ou moins éloignés avec une des familles ayant régné à Neuchâtel. Sur vingt prétendants, le tribunal n’en retiendra que neuf. Et le 4 novembre 1707, le procès s’achève et la principauté est officiellement accordée au Roi de Prusse, Frédéric Ier de Hohenzollern. Lire la suite L’émancipation progressive de la principauté de Neuchâtel

Inauguration du tunnel de base du Saint-Gothard : nous avons rendez-vous avec l’histoire

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

L’heure est à la fête. Après dix-sept ans de travaux qui ont occupé 2400 travailleurs, celui qui devient le plus long tunnel du monde va avoir droit à son inauguration. Le 1er juin, la Suisse, et même l’Europe fêteront ce bijou d’innovation. L’ouvrage de cinquante-sept kilomètres démontre une nouvelle fois à quel point la Suisse est à la pointe. Car oui, ne jouons pas les faux-modestes pour une fois, ce que nous avons réalisé est simplement titanesque, absolument grandissime. Pour faire simple : ein Meisterwerk !

Derrière cette prouesse se cache une longue histoire, celle qui a fait de la Suisse, ce pays autrefois si pauvre, un nouveau riche. Le Gothard d’aujourd’hui est possible grâce au travail de grands acteurs du passé. Et je pense que la Suisse doit profiter de cette occasion pour laver un affront, soigner une blessure restée ouverte. Petit retour en arrière : le premier à avoir vu l’importance que revêtait une jonction ferroviaire nord-sud pour la Suisse, c’est Alfred Escher. A mes yeux, c’est à ce bourreau de travail, véritable visionnaire, que nous devons la réussite de notre Suisse moderne. Lui qui dès 1852, avec sa loi sur les chemins de fer (la construction et l’exploitation du réseau confiées à des sociétés privées), a permis à notre pays de rattraper son retard en la matière. Pour rappel, il n’existait auparavant qu’une seule et ridicule voie ferrée reliant Zurich et Baden ! Lire la suite Inauguration du tunnel de base du Saint-Gothard : nous avons rendez-vous avec l’histoire

Il y a deux cents ans : Frédéric Gard (1767-1848)

Article inédit – Sébastien Oreiller

L’histoire, selon Nietzsche, s’arrête pour bien des hommes à l’époque de leur grand-père. En cette année où nous fêtons le bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération, année de mémoire et d’identité, il me semble de mon devoir de rendre honneur à un ancêtre, Frédéric Gard, qui, député du dizain d’Entremont, avait voté l’union du Valais avec la Suisse.

Né en 1767 dans une dynastie de notaires bagnards, Frédéric Gard sert d’abord en tant que capitaine au service d’Espagne, avant d’occuper la charge féodale de banneret et capitaine d’Entremont.[1] A l’évidence, l’engouement pour les idées libérales le saisit assez rapidement puisqu’il prend déjà part à la révolution bas-valaisanne de 1798 en tant que membre du comité général des communes du Bas-Valais (gouvernement indépendant[2])[3]. Qui plus est, son frère, le docteur et chevalier Arnold Gard, connu pour avoir introduit la vaccination en Valais[4], épousera une nièce du grand-bailli de Rivaz[5], acteur majeur et parfois infortuné de cette période révolutionnaire. Lire la suite Il y a deux cents ans : Frédéric Gard (1767-1848)

Plaidoyer pour les libertés – Rencontre avec l’historien Philippe Bender

Le Regard Libre N° 10 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Si le Valais compte un grand historien, c’est bien Philippe Bender. Spécialisé dans le radicalisme valaisan et suisse, il est une mémoire vivante qui fait beaucoup parler. Monsieur Bender nous a très aimablement accueillis chez lui, à Fully, pour répondre à nos questions.

Vous êtes un historien spécialisé dans le radicalisme. Pourquoi cette passion ?

L’historien doit aller aux sources, aux documents multiples, en tous genres, et les critiquer selon les règles de l’art. Il doit faire preuve de rigueur, même s’il se consacre à l’histoire du parti de son choix. Il y a beaucoup de choses à ap-prendre sur l’évolution du mouvement libéral et radical depuis 1830. D’abord, c’est le plus grand courant intellectuel, en Suisse et en Valais. Ensuite parce qu’il a forgé les mentalités et pesé cons-tamment sur la politique et l’économie.

Le fait d’être minoritaire dans le Valais de 2015 pousse à se surpasser.

Quels ont été historiquement les grands enjeux, moments, de ce mouvement ?

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La franc-maçonnerie : mythe et réalité

Le Regard Libre N° 2 – Sébastien Oreiller 

Alors que les romans à la Dan Brown fleurissent et que les théories du complot s’enracinent de plus en plus chaque jour, qu’en est-il vraiment de cette organisation discrète de la franc-maçonnerie ? Certes, le voile qui couvre cette institution est opaque, mais il est possible de s’en faire une idée assez précise. Lire la suite La franc-maçonnerie : mythe et réalité

Réflexions d’un historien sur l’immigration

Le Regard Libre N° 1 – Jonas Follonier

Patrick Willisch est professeur au Lycée-Collège des Creusets. Il s’est spécialisé dans l’étude des migrations et a écrit sa thèse de doctorat sur l’octroi du droit de bourgeoisie aux heimatloses dans le canton du Valais. Lire la suite Réflexions d’un historien sur l’immigration