Archives de catégorie : Histoire

Que se cache-t-il derrière les rides d’une ville ?

Le Regard Libre N° 50 – Giovanni F. Ryffel

La beauté est promise par les agences touristiques comme un baume qui apaise les névroses d’une vie de bureaux frénétiques, de repas rapides et de stress. Les vacances sont alors la seule lumière qui pointille la vie contemporaine: elles sont presque la goutte exiguë que demande le riche fini en enfer. Mais ce divertissement que l’on promet lorsqu’on visite Porto, Split ou Venise nous permet-il de véritablement goûter la beauté espérée? Et si nous nous désaltérons avec cette eau, que va-t-on laisser à ceux qui ont grandi auprès de cette source?

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La mélancolie de la vraie gauche

Le Regard Libre N° 48 – Ivan Garcia

Face aux échecs du siècle dernier, la gauche a changé de terrain. Plus soucieuse du sort des minorités que des travailleurs, plus emprunte d’hypocrisie que de valeurs sérieuses, elle déçoit. Mais des cendres de la déception naît un étrange sentiment: la mélancolie. Cet affect se révèle la clef d’un retour de la vraie gauche.

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Yuval Noah Harari: l’historien des disruptions du temps présent

Le Regard Libre N° 46 – Diego Taboada

Après le succès de ses deux précédents livres Sapiens et Homo Deus qui exploraient le temps long de l’humanité (son passé dans le premier et l’avenir pour le suivant), l’historien israélien Yuval Noah Harari survole cette-fois ci les enjeux de l’immédiat. 21 leçons pour le XXIe siècle tente de cibler les défis actuels et d’y apporter des réponses. De la disruption technologique et l’intelligence artificielle à la fragilité des démocraties libérales en passant par la crise écologique, chacun de ces thèmes est traité au fil des vingt-et-un chapitres. L’auteur se livre ici à un exercice de pédagogie rafraîchissant, assumant le rôle de vulgarisation que trop de scientifiques et de penseurs ont abandonné.

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Une bédé pour notre Histoire

Le Regard Libre N° 44 – Alexandre Wälti

Un concept simple: remontez les pas de héros ou salauds «anonymes» qui ont incarné leur époque, autant «d’hommes de l’année» que vous n’oublierez pas de sitôt! C’est la promesse que les Editions Delcourt font sur le quatrième de couverture d’une série de bédés où l’Histoire et la création cohabitent à merveille. Même si l’on déplore le manque d’informations complémentaires ou le peu de femmes au centre des histoires.

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Les nouvelles routes de la soie et le poids de l’histoire

Le Regard Libre N° 36 – Clément Guntern

Depuis quelques années, le gouvernement chinois a d’abord initié ce qui n’était qu’un projet parmi d’autres. Celui-ci compte faire revivre l’antique route de la soie, reliant la Chine à l’Europe. Ce projet, comme d’autres exemples, est symptomatique des permanences qui irriguent l’histoire chinoise.

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De l’importance de la mémoire apaisée

Le Regard Libre N° 35 – Clément Guntern

La Russie a commémoré en 2017 le centenaire de la révolution d’Octobre. En 1917, les bolcheviks avaient renversé le gouvernement provisoire pour installer leur propre pouvoir. Pourtant, alors que certains se souviennent de cette date, d’autres la fêtent. La mémoire historique nécessite encore un grand travail.

La mémoire historique d’un peuple peut être détournée en un outil politique d’une grande puissance. Les exemples qui l’illustrent sont légion. La Russie a récemment commémoré en toute discrétion le centenaire de la révolution d’Octobre 1917 qui a mis au pouvoir Lénine et les bolcheviks, ouvrant la voie à plusieurs dizaines d’années de contrôle communiste sur le pays et bien au-delà. A l’occasion de cet anniversaire, un sondage a été réalisé, demandant aux Russes qui serait selon eux le meilleur dirigeant pour le pays aujourd’hui. Et la personne qui arrive en tête est Staline. Continuer la lecture de De l’importance de la mémoire apaisée

Reconnaissance à l’Espagne

Le Regard Libre N° 32 – Hélène Lavoyer

Le second voyage de Christophe Colomb pour l’Amérique du Sud commença le 25 septembre 1493. 524 ans après, la colonisation est encore un sujet brûlant. Le pamphlet Très brève relation de la destruction des Indes, publié en 1552, avait pour but d’être un secours pour les indigènes ; au lieu de cela, c’est surtout un dégoût de l’Espagne qu’il a engendré.

« Très brève relation »

Lorsque le regard se pose sur les mots de Bartolomé de Las Casas, qu’il envoya au Prince Philippe d’Espagne dans sa Très brève relation de la destruction des Indes, on sent son cœur se serrer et s’assécher en découvrant quelques-unes des monstruosités infligées aux Indiens d’Amérique latine du temps de la colonisation, toutes plus atroces les unes que les autres. Il est même difficile de finir cette Très brève relation qui insiste et appuie sur des images d’horreur que l’imagination peine à se figurer.

Bartolomé de Las Casas a été l’une des premières voix à s’élever contre les tortures et l’exploitation subies quotidiennement par les Indiens d’Amérique latine. D’une façon crue, parfois exagérée et souvent discutée, il évoque les communautés indiennes, leur nombre, leurs richesses, leur immatérialisme, leur dévouement et leur docilité à l’égard des conquistadors espagnols. Cet ouvrage d’une puissance inouïe, fait de mots puisés dans le cœur effaré du prêtre, représente la nécessité de crier la disparition de quelque chose d’inestimable, l’urgence de se soulever. Quel noble désir.

Une participation à la Légende Noire

Cependant, même les volontés les plus morales et les désirs les plus nobles peuvent avoir des conséquences inattendues Continuer la lecture de Reconnaissance à l’Espagne

La gauche et la droite selon Olivier Meuwly

Le Regard Libre N° 25 – Nicolas Jutzet

Les appellations politiques « gauche » et « droite » sont-elles pertinentes ? Renvoient-elles vraiment à quelque chose ? Ne devrait-on pas en user avec plus de mesure, comme le préconisait notre rédacteur en chef dans son édito d’octobre 2015 ? L’historien Oliver Meuwly, lui, considère que ces deux catégories sont indissociables de la pensée politique depuis la Révolution française et qu’elles permettent de cerner précisément les tendances qui caractérisent notre paysage politique. Dans son livre La droite et la gauche (2016), le libéral-radical vaudois rappelle l’histoire de ces deux termes tout en analysant leur signification profonde et actuelle.

Nicolas Jutzet : La droite face à la gauche, comment est née l’opposition ?

Olivier Meuwly : La bipolarité s’est créée dans le cadre de la Révolution française et de la répartition des différents groupes à l’Assemblée nationale. La tradition va s’installer, et autour de la droite et de la gauche vont s’agglomérer des tendances qui pensent plus au moins la même chose. Il est important de préciser que ces blocs n’ont jamais été homogènes ni immobiles. Il y a toujours eu des droites et des gauches. Il y a toujours eu des gens qui espéraient meubler l’espace entre deux. Les idées défendues par les deux pôles évoluent au fil du temps, passant d’un camp à l’autre. On a souvent l’image que les idées naissent à gauche avant d’aller à droite. Il n’y aucune ligne rigide, il faut comprendre cette bipolarisation en prenant en compte le mouvement continu des idées. Continuer la lecture de La gauche et la droite selon Olivier Meuwly

L’émancipation progressive de la principauté de Neuchâtel

Le Regard Libre N° 22 – Jules Aubert

Pour bien comprendre dans quel contexte s’inscrit le lent affranchissement de la principauté de Neuchâtel, il faut tout d’abord comprendre qui a régné sur ce petit territoire qui borde le Doubs d’un côté et le lac de l’autre.

L’histoire du comté de Neuchâtel à ceci de particulier qu’en 837 ans, de 1011 à 1848, elle a vu se succéder une multitude de souverains dont nous ne ferons pas la liste exhaustive ici. Nous commencerons donc en 1707, année d’une importance cruciale, puisque Marie de Nemours de la lignée des Orléans-Longueville de manière indirecte décède et se voit refuser le droit de transmettre son autorité sur la principauté par le tribunal des trois Etats. Les Orléans Longueville voient donc mourir avec La Duchesse de Nemours leur prétention sur Neuchâtel. La principauté dépourvue de souverain doit alors déterminer qui succèdera à cette famille française. Le tribunal des trois Etats a seul le pouvoir de choisir le nouveau prince. Continuer la lecture de L’émancipation progressive de la principauté de Neuchâtel

Inauguration du tunnel de base du Saint-Gothard : nous avons rendez-vous avec l’histoire

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

L’heure est à la fête. Après dix-sept ans de travaux qui ont occupé 2400 travailleurs, celui qui devient le plus long tunnel du monde va avoir droit à son inauguration. Le 1er juin, la Suisse, et même l’Europe fêteront ce bijou d’innovation. L’ouvrage de cinquante-sept kilomètres démontre une nouvelle fois à quel point la Suisse est à la pointe. Car oui, ne jouons pas les faux-modestes pour une fois, ce que nous avons réalisé est simplement titanesque, absolument grandissime. Pour faire simple : ein Meisterwerk !

Derrière cette prouesse se cache une longue histoire, celle qui a fait de la Suisse, ce pays autrefois si pauvre, un nouveau riche. Le Gothard d’aujourd’hui est possible grâce au travail de grands acteurs du passé. Et je pense que la Suisse doit profiter de cette occasion pour laver un affront, soigner une blessure restée ouverte. Petit retour en arrière : le premier à avoir vu l’importance que revêtait une jonction ferroviaire nord-sud pour la Suisse, c’est Alfred Escher. A mes yeux, c’est à ce bourreau de travail, véritable visionnaire, que nous devons la réussite de notre Suisse moderne. Lui qui dès 1852, avec sa loi sur les chemins de fer (la construction et l’exploitation du réseau confiées à des sociétés privées), a permis à notre pays de rattraper son retard en la matière. Pour rappel, il n’existait auparavant qu’une seule et ridicule voie ferrée reliant Zurich et Baden ! Continuer la lecture de Inauguration du tunnel de base du Saint-Gothard : nous avons rendez-vous avec l’histoire