Archives de catégorie : Histoire

Que se cache-t-il derrière les rides d’une ville ?

Le Regard Libre N° 50 – Giovanni F. Ryffel

La beauté est promise par les agences touristiques comme un baume qui apaise les névroses d’une vie de bureaux frénétiques, de repas rapides et de stress. Les vacances sont alors la seule lumière qui pointille la vie contemporaine: elles sont presque la goutte exiguë que demande le riche fini en enfer. Mais ce divertissement que l’on promet lorsqu’on visite Porto, Split ou Venise nous permet-il de véritablement goûter la beauté espérée? Et si nous nous désaltérons avec cette eau, que va-t-on laisser à ceux qui ont grandi auprès de cette source?

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«Frère d’âme»: un Goncourt des lycéens au style africain

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #2

Le Regard Libre N° 48 – Loris S. Musumeci

«Il m’a dit: ‘Par la grâce de Dieu et par celle de notre grand marabout, si tu es mon frère, Alfa, si tu es vraiment celui que je pense, égorge-moi comme un mouton de sacrifice, ne laisse pas le museau de la mort dévorer mon corps! Ne m’abandonne pas à toute cette saleté. Alfa Ndiaye… Alfa… je t’en supplie… égorge-moi!’»

Un roman qui fait froid dans le dos et qui raconte une guerre au sacrifice de la jeunesse, à l’apogée de la folie. Alfa Ndiaye et Mademba Diop sont deux «frères d’âmes»: amis intimes qui ont grandi ensemble, sous le même toit. Le premier est fort, grand, beau et vaillant; le second, tout aussi vaillant, n’a pas la puissance de son camarade, il est même plutôt frêle. Et ça ne pardonne pas quand on est tirailleur sénégalais et qu’on est envoyé au front. Malgré tous les efforts d’Alfa pour protéger Mademba, ce dernier ne tarde pas à succomber. Mais ce qui hante l’esprit du survivant: l’agonie du mort. Il l’a supplié trois jours de souffrance durant de l’achever, mais rien n’y fit. Alfa ne put le tuer. Il a été inhumain. Pour combler la douleur, il vide ses ennemis de leurs tripes et collectionne leurs mains.

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«L’été des quatre rois»: un Grand prix du roman à lire calmement

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #2

Le Regard Libre N° 48 – Loris S. Musumeci

«Les affaires de la France étaient une chose bien trop grave pour la laisser entre les mains de boutiquiers et de ferblantiers qui, le soir venu, lisaient Voltaire à la lumière de leur quinquet en buvant de la camomille puis, le dimanche venu, beuglaient les chansons de Béranger dans les estaminets.»

Le roi se lève. Charles, dixième du nom. Il cherche son prie-Dieu à tâtons, parce qu’il a mauvaise vue et parce qu’il est bon chrétien. On est au petit matin du dimanche 25 juillet 1830. L’heure est grave; une révolution s’annonce. Et en effet, l’été de cette année-là verra défiler quatre rois d’ici au 16 août: Charles X, Louis XIX, Henri V et Louis-Philippe. C’est le début d’une nouvelle ère, la presse joue un rôle central dans ces remous estivaux et des écrivains tels qu’un certain Chateaubriand, qu’un Hugo ou un Stendhal s’en inspirent. Jusqu’à Camille Pascal, primé pour son travail par l’Académie française.

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La mélancolie de la vraie gauche

Le Regard Libre N° 48 – Ivan Garcia Face aux échecs du siècle dernier, la gauche a changé de terrain. Plus soucieuse du sort des minorités que des travailleurs, plus emprunte d’hypocrisie que de valeurs sérieuses, elle déçoit. Mais des cendres de la déception naît un étrange sentiment: la mélancolie. Cet affect se révèle la … Continuer la lecture de La mélancolie de la vraie gauche

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«Le Sillon»: un Renaudot instructif

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #1

Le Regard Libre N° 47 – Loris S. Musumeci

«Le Sillon est dédié à ceux dont l’absence et le souvenir résonnent entre ces lignes.»

Entre fiction et témoignage, Valérie Manteau raconte la déambulation d’une jeune journaliste française à Istanbul. Cette dernière se met sur les traces de l’éditorialiste arménien Hrant Dink, assassiné le 19 janvier 2007 par un nationaliste turc devant les portes de son journal d’opposition Agos à Istanbul. Le roman ressuscite la mémoire de ce martyre de la liberté dans une Turquie bouffée par l’islamisme et le totalitarisme.

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Yuval Noah Harari: l’historien des disruptions du temps présent

Le Regard Libre N° 46 – Diego Taboada

Après le succès de ses deux précédents livres Sapiens et Homo Deus qui exploraient le temps long de l’humanité (son passé dans le premier et l’avenir pour le suivant), l’historien israélien Yuval Noah Harari survole cette-fois ci les enjeux de l’immédiat. 21 leçons pour le XXIe siècle tente de cibler les défis actuels et d’y apporter des réponses. De la disruption technologique et l’intelligence artificielle à la fragilité des démocraties libérales en passant par la crise écologique, chacun de ces thèmes est traité au fil des vingt-et-un chapitres. L’auteur se livre ici à un exercice de pédagogie rafraîchissant, assumant le rôle de vulgarisation que trop de scientifiques et de penseurs ont abandonné.

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Une bédé pour notre Histoire

Le Regard Libre N° 44 – Alexandre Wälti

Un concept simple: remontez les pas de héros ou salauds «anonymes» qui ont incarné leur époque, autant «d’hommes de l’année» que vous n’oublierez pas de sitôt! C’est la promesse que les Editions Delcourt font sur le quatrième de couverture d’une série de bédés où l’Histoire et la création cohabitent à merveille. Même si l’on déplore le manque d’informations complémentaires ou le peu de femmes au centre des histoires.

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Les nouvelles routes de la soie et le poids de l’histoire

Le Regard Libre N° 36 – Clément Guntern

Depuis quelques années, le gouvernement chinois a d’abord initié ce qui n’était qu’un projet parmi d’autres. Celui-ci compte faire revivre l’antique route de la soie, reliant la Chine à l’Europe. Ce projet, comme d’autres exemples, est symptomatique des permanences qui irriguent l’histoire chinoise.

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De l’importance de la mémoire apaisée

Le Regard Libre N° 35 – Clément Guntern

La Russie a commémoré en 2017 le centenaire de la révolution d’Octobre. En 1917, les bolcheviks avaient renversé le gouvernement provisoire pour installer leur propre pouvoir. Pourtant, alors que certains se souviennent de cette date, d’autres la fêtent. La mémoire historique nécessite encore un grand travail.

La mémoire historique d’un peuple peut être détournée en un outil politique d’une grande puissance. Les exemples qui l’illustrent sont légion. La Russie a récemment commémoré en toute discrétion le centenaire de la révolution d’Octobre 1917 qui a mis au pouvoir Lénine et les bolcheviks, ouvrant la voie à plusieurs dizaines d’années de contrôle communiste sur le pays et bien au-delà. A l’occasion de cet anniversaire, un sondage a été réalisé, demandant aux Russes qui serait selon eux le meilleur dirigeant pour le pays aujourd’hui. Et la personne qui arrive en tête est Staline. Continuer la lecture de De l’importance de la mémoire apaisée

Reconnaissance à l’Espagne

Le Regard Libre N° 32 – Hélène Lavoyer

Le second voyage de Christophe Colomb pour l’Amérique du Sud commença le 25 septembre 1493. 524 ans après, la colonisation est encore un sujet brûlant. Le pamphlet Très brève relation de la destruction des Indes, publié en 1552, avait pour but d’être un secours pour les indigènes ; au lieu de cela, c’est surtout un dégoût de l’Espagne qu’il a engendré.

« Très brève relation »

Lorsque le regard se pose sur les mots de Bartolomé de Las Casas, qu’il envoya au Prince Philippe d’Espagne dans sa Très brève relation de la destruction des Indes, on sent son cœur se serrer et s’assécher en découvrant quelques-unes des monstruosités infligées aux Indiens d’Amérique latine du temps de la colonisation, toutes plus atroces les unes que les autres. Il est même difficile de finir cette Très brève relation qui insiste et appuie sur des images d’horreur que l’imagination peine à se figurer.

Bartolomé de Las Casas a été l’une des premières voix à s’élever contre les tortures et l’exploitation subies quotidiennement par les Indiens d’Amérique latine. D’une façon crue, parfois exagérée et souvent discutée, il évoque les communautés indiennes, leur nombre, leurs richesses, leur immatérialisme, leur dévouement et leur docilité à l’égard des conquistadors espagnols. Cet ouvrage d’une puissance inouïe, fait de mots puisés dans le cœur effaré du prêtre, représente la nécessité de crier la disparition de quelque chose d’inestimable, l’urgence de se soulever. Quel noble désir.

Une participation à la Légende Noire

Cependant, même les volontés les plus morales et les désirs les plus nobles peuvent avoir des conséquences inattendues Continuer la lecture de Reconnaissance à l’Espagne