«Midway»: vous m’avez déçu mon général!

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Midway raconte la guerre du Pacifique entre les Etats-Unis et le Japon pour se focaliser ensuite sur les premiers jours de juin 1942, sur la Bataille de Midway. Les Japonais, en supériorité, ont tendu un piège aux Américains, pour les achever une bonne fois pour toutes. Ils voulaient continuer leur campagne du Pacifique, sans avoir dans les pattes la puissance navale américaine qui n’était à l’époque encore que naissante. Question de chance, de vaillance et de bonnes opérations de décryptage des communications japonaises, les Américains ont fini par l’emporter de justesse, poussant les Japonais dans leur propre piège. Ils ont ainsi évité que «toute la côté est ne soit bombardée et ne parle japonais.»

Midway n’est pas du cinéma

La précision historique du film semble tout à fait correcte. Ponctuée de dates et de lieux, le spectateur suit l’évolution des négociations, des attaques, contre-attaques, défensives sans trop se perdre. Roland Emmerich nous donne avec Midway une bonne leçon d’histoire. Ceux qui s’intéressent à la stratégie militaire de l’organisation des batailles ne seront pas déçus non plus. Des gros plans se focalisent sur les cartes où l’on déplace porte-avions et navires de commandement.

Mais au-delà de ces éléments, le long-métrage est assez raté, pour ne pas dire catastrophique. Le cinéma, même quand il peut s’appuyer sur un épisode palpitant de l’histoire, doit rester du cinéma. Et le cinéma implique un visuel, si ce n’est travaillé, au moins potable pour les yeux. Le cinéma implique des décors, pas forcément proches de la réalité mais en tout cas proches du sens et l’atmosphère que veut donner l’histoire. Le cinéma implique un scénario. Le cinéma implique une immersion dans les personnages de l’histoire. Le cinéma implique des émotions, profondes ou superficielles qu’elles soient. Le cinéma est un voyage, dans une époque, un pays, autour du monde, dans la tête d’un père, dans les yeux d’un enfant, dans le cœur d’un soldat.

Navré, Midway n’est rien de tout cela. Les personnages, jusqu’aux plus hauts gradés qui sont pourtant la plupart du temps dessinés avec subtilité dans les films, n’ont aucune psychologie. Ils n’ont aucun sentiment. Quand ils doivent montrer une soi-disant tristesse pour pleurer la mort d’un camarade, on ne voit qu’une arcade sourcilière se mouvoir. Comme si un marionnettiste demandait à son pantin d’exprimer quelque chose.

Un scénario comique par son ridicule

Jeu des acteurs: pitoyable. Mais il faut leur accorder que le scénario ne les aide pas. Mal écrit, de mauvais goût, sans recherche aucune! Les Américains sont en train de perdre tout leur équipage et l’on entend des jeunes crétins rire avec leurs officiers, sa tapant sur l’épaule: «On est payé pour tuer des Jap’, pas vrai?» Dans les moments les plus graves et solennels, les propos de ces mêmes officiers appellent au sacrifice pour sauver les United States of America, et résultat, personne n’en a rien à foutre, on rit ou on fait semblant d’être inquiet. Mais oui, tout va bien les gars; on est là pour rire un bon coup de toute façon!

C’est à se demander si le scénariste, Wes Tooke, n’a pas voulu ridiculiser la marine américaine par antimilitarisme. Franchement, il est des répliques qui n’ont pu qu’être écrite soit dans une ironie totale, soit dans une idiotie crasse. La femme d’un certain lieutenant, héros du film et héros de guerre, donne pour seul conseil à son mari avant de partir bombarder les navires Japonais: «Contente-toi d’être honnête.» Mais oui, c’est évident!

Ou alors, toujours cette même femme, lorsqu’elle se rend chez d’autres épouses d’officiers pour attendre des nouvelles des maris en guerre, prononce une phrase directement puisée de Pulp Fiction de Quentin Tarantino: «Excusez-moi, je dois aller me repoudrer le nez.» Alors, on comprend bien qu’elle dit ça pour ne pas pleurer devant les autres et aller se cacher aux toilettes. Mais enfin, c’est quand même incroyable que le scénariste n’ait pas pensé que cette réplique est exactement la même que prononce Mia lorsqu’elle va s’enfiler un bon rail de coke aux WC. Déjà qu’il n’y a pas d’émotion, mais si le film prend plaisir à se saboter lui-même il sera difficile d’en sauver quelque chose.  

Un seul hommage

Et pourtant, Midway ne pèche pas que dans son scénario et son jeu d’acteurs. Les erreurs de ces deux derniers sont même minimes vis-à-vis de la plus grande débâcle du film, et peut-être du cinéma de guerre. Les effets spéciaux. Ils sont à pleurer; seule émotion réelle que j’ai vécue durant le visionnage. Rien, rien, rien n’est réaliste. Tout, tout, tout est surfait, dégueulasse. La fumée est fausse. Le feu est faux. Le sang est faux. Les cris sont faux. Les batailles dans les airs sont plus que fausses. Fellini disait que «dans le cinéma, tout est faux.» Oui, mais ça doit être vraisemblable. Là, les vols en avions ont l’air de jeux vidéo. D’autant plus que la caméra filme les mitrailleurs de face ou de derrière, ce qui fait qu’on a l’impression d’être, manette de Playstation en mains, en train de tirer sur «ces putains de Jap’».

La fin, quant à elle, ne sauve pas cette réalisation gâchée par tout le reste, mais a au moins la dignité de rendre hommage à tous les hommes, Américains et Japonais, qui se sont battus dans le Pacifique. Pour présenter ensuite des vraies photos des officiers du film en racontant brièvement leur histoire. Beau geste de la part du réalisateur. C’est bien le seul.

«La mer se souvient des siens.»

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Ascot Elite Entertainment

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