«Solaris»: un film dans l’eau et l’eau-delà

Les mercredis du cinéma – Edition spéciale: La coronarétrospective du cinéma vous présente Tarkovski – Loris S. Musumeci

Ouverture. Plan fixe sur le fleuve. Nage l’eau à la surface de l’eau. Silence. Bruissent les algues. Une bande son composée par la nature. Vole la mouche. Hennit le cheval. Aboie le chien. Solaris s’ouvre sur la vie. La vie, c’est l’eau. Mais l’eau, c’est bien plus encore. Il y a l’eau sur terre qui hydrate et qui inonde. L’eau qui pleut du ciel, l’eau qui coule du front, l’eau qui coule des yeux. L’eau-delà. Cette eau qu’on ne connaît pas. Cette eau qui réserve des mystères. L’eau de l’océan. L’océan de Solaris.

Solaris, c’est la planète intrigante qui a été découverte par des cosmonautes. Ils étaient arrivés en nombre, ont installé une station d’exploration, mais seuls trois sont désormais déclarés vivants. Cette planète est entièrement recouverte d’eau. Parce que cette eau semble avoir des effets psychologiques, voire plus, sur les scientifiques qui se trouvent sur Solaris. On décide alors d’envoyer le brillant psychologue Kris sur la planète, pour qu’il observe de lui-même la situation. Pour qu’il puisse dresser un rapport sur la démence des scientifiques qui s’y trouvent, ou pour qu’il puisse comprendre les effets réels et concrets de cette eau sur l’esprit humain.

Solaris, une planète. Solaris, le film. Un chef-d’œuvre absolu. Parce qu’il est réalisé par Tarkovski, et parce que ce dernier ne manque pas d’y intégrer les symboles et les réflexions qui lui sont chers, et qui le suivent de film en film. Tout y est. Une photographie à couper le souffle. Même les effets spéciaux, dont Tarkovski lui-même se moque pourtant, gardent leur charme jusqu’aujourd’hui. Chaque phrase, chaque mot a son poids. Le scénario est ciselé, précieux et avare en bavardages. Chacune des syllabes prononcées par les acteurs est philosophique. Un long-métrage bouleversant. Dont on ne ressort pas indemne. Trop de pensées, trop de questions, peu de réponses.

Le sentiment de culpabilité anime la réalisation, le retour incessant du passé rythme la réalisation, et la présence de l’eau réanime la réalisation lors de chaque scène principale. L’eau est un fil rouge. Qui revient à chaque moment décisif. Sous toutes ses formes. L’eau qui laisse à la vie couler son cours. L’eau que l’on boit. L’eau en sueur. L’eau qui tue. L’eau qui coule en abondance dans une maison en déconcertant le spectateur. L’eau de l’océan de Solaris qui, diabolique ou angélique, donne chair à des êtres défunts, appartenant au passé. Une eau qui nous laisse perplexes dans la scène de clôture du film. Lorsque Kris, en fils prodigue, retrouve son père, s’agenouille devant lui, et que la caméra s’élève, l’eau semble prendre une apparence d’eau-delà. L’eau, la source de vie? La source de l’illusion?

Voir le film en version originale sous-titrée en français:

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Potemkine Film

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