Archives du mot-clé mort

Hommage à Jean-Philippe Smet

Les lundis de l’actualité – Jonas Follonier

Johnny Hallyday décédé, c’est comme un cercle carré, ça n’existe pas. Et pourtant, même si Laetitia ne croyait pas elle-même à ce qu’elle écrivit cette nuit-là, ces mots annoncèrent la nouvelle au monde entier : « Mon homme n’est plus. » Au matin du 6 décembre, l’humanité sembla découvrir pour la première fois la réalité irrévocable de la mort, à l’occasion de celle du plus grand chanteur que la France ait jamais connu.

Johnny Hallyday évoque en chacun de nous au moins quelques souvenirs, parce qu’il faisait partie de nos vies, comme un membre de la famille que l’on ne rencontre pas souvent mais dont nous savons en permanence qu’il existe. Sa mort m’a d’abord renvoyé aux années de l’école primaire, où, avec un ami, nous avions reproduit à notre façon le clip de la chanson Marie. Je découvrais Johnny, qui n’allait plus jamais me quitter. Lire la suite Hommage à Jean-Philippe Smet

« Les Grandes Traversées », du cancer au grand passage

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Le cancer c’est… un mot insupportable. »

Françoise Maye vit sa phase terminale. Son fils, David, l’accompagne dans la traversée caméra sur l’épaule, par un documentaire sans prétentions. Alors qu’une existence en est à son crépuscule, une autre voit le jour. La sœur de David met au monde une petite-fille, qui comble de bonheur les derniers mois de vie de la grand-mère. Le mari de Françoise, quant à lui, s’attèle à la restructuration de la cuisine.

Le petit film de soixante-six minutes pourrait faire penser à une vidéo d’amateur, publiée en guise de témoignage. En réalité, même si la forme reste des plus sobres, le réalisateur devenu orphelin de sa mère raconte non seulement l’union d’une famille toute entière face à la maladie, mais aussi le bilan d’une vie simple qui s’éteint dégustant aux souvenirs ineffaçables par des photographies. Lire la suite « Les Grandes Traversées », du cancer au grand passage

« La Passion Van Gogh », la première peinture animée de l’histoire du cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Pour la première fois dans l’histoire du cinéma, un film d’animation voit le jour sur la base de peintures, et non d’images. Des peintures produites à la main, se voulant le plus proche possible du style de Vincent Van Gogh. La Passion Van Gogh raconte l’histoire d’Armand Roulin, fils du facteur qui transmettait les nombreuses lettres du peintre. Le facteur a demandé à son fils de remettre la dernière lettre de Vincent, désormais mort, destinée à son frère, Theo Van Gogh.

Apprenant que ce dernier est lui aussi décédé, Armand Roulin va mener l’enquête sur la mort de l’artiste. Ce sont des personnages peints par Van Gogh lui-même qui se succèdent sur l’écran, pour le plus grand bonheur de l’esthète comme du cinéphile. Ensuite, c’est un travail colossal : plus de soixante mille peintures réalisées manuellement pour l’occasion, numérisées et animées par les technologies modernes, pour leur offrir un mouvement perpétuel. C’est tout l’univers de Van Gogh que nous retrouvons, les champs de blé, le village d’Anvers, la nuit étoilée, les corbeaux, l’ivrogne assoupi.

Quelques bémols

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« Les Fantômes d’Ismaël » ou le passé qui nous rattrape

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 5 juin 2017, 20h30 – 21h00

« Ne sois pas jalouse des fantômes, ma chérie. »

Vingt et un ans, huit mois et six jours que Carlotta (Marion Cotillard) a disparu. Son mari, Ismaël (Mathieu Amalric), imbibe d’alcool son deuil inassouvi. Son père, Monsieur Bloom (Laszlo Szabo), vit dans l’horreur constante d’imaginer voir sa fille partout. Et voilà qu’elle ressurgit d’entre les morts, sereine. « Je suis partie seule. Je sais plus pourquoi. »

Elle apparaît un après-midi de soleil doux, sur une plage limpide de Bretagne. Seulement, cela fait deux ans qu’Ismaël est sur une voie – maladroite – de reconstruction. Il a rencontré Sylvia (Charlotte Gainsbourg), une astrophysicienne austère et maternelle. Le fantôme, s’imposant d’un élan naïf et blessé, triangule la relation amoureuse. Lire la suite « Les Fantômes d’Ismaël » ou le passé qui nous rattrape

Un Will Smith bouleversant dans « Beauté cachée »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Réalisé par David Frankel, Beauté cachée est un drame américain sorti le 21 décembre dernier. Il raconte la thérapie tout à fait hors du commun de Howard Inlet, un brillant publicitaire qui a perdu sa fille de six ans. L’histoire se passe trois ans après le décès de cette dernière, dû à une maladie. Un très bon choix que celui de Will Smith pour incarner ce père dévasté par le refus de la mort.

Rendu taciturne par le chagrin, Howard n’est pas noyé dans la tristesse, mais dans le néant. Plus rien n’a d’importance : sa fille était tout, et elle n’est plus. La mort d’une personne chère à son coeur, très jeune qui plus est, constitue bien une injustice terrible pour tout être humain. D’où l’étape du deuil. Mais son deuil, Howard ne l’a pas fait. D’autres vont donc prendre les choses en main. Lire la suite Un Will Smith bouleversant dans « Beauté cachée »

Exit, un joyeux suicide

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Il y a aujourd’hui dix nuits de cela, Monsieur « O. » se donnait la mort, dans la solitude de son domicile. Il se sentait « fatigué de vivre », disait-il. Le suicide est sombre et dramatique. Il n’est rien de plus horrible que de perdre son corps en le regardant ridé et marqué d’une vie qui n’a encore jamais cessé. C’est toujours la première fois que l’on meurt. Assister au dernier instant de l’existence, sa propre existence, donne le frisson de la nouveauté, de la grandeur, de la fin. L’ultime frisson : inutile, oublié, mort.

Monsieur O. fut toutefois victime. Ses hostiles frères, Bernard et Claude, ainsi que l’injuste justice genevoise s’étaient opposés à son envie de partir paisiblement. Alors même que l’association Exit avait proposé la solution idéale : un joyeux suicide accompagné. Qu’y avait-il de mal à respecter le choix individuel d’un homme simple et normal ? On en appelle sans cesse à la très sainte liberté pour mener une vie heureuse. Dès qu’il s’agit cependant d’expirer, une bonne fois pour toutes, le souffle des douleurs et du mal-être, la liberté n’est plus prise en considération. Pis encore lorsqu’une telle corruption prend sa source tragique au sein de la justice et de la famille. Apparaît là un second suicide, celui de la compassion. Lire la suite Exit, un joyeux suicide

El Greco, « Entierro del Conde de Orgáz »

Le Regard Libre N° 20 – Loris S. Musumeci

Où va-t-on lors de la mort ? En enfer, au paradis, en décomposition organique ? Pour un pieux homme tel Gonzalo Ruiz, comte d’Orgaz, il est certain que c’est le ciel qui l’attend. C’est du moins ce qu’en dit Domenikos Theotokopoulos, connu sous le nom d’El Greco. Il l’exprime d’une froide et chaude délicatesse par son chef-d’œuvre pictural l’Entierro del conde de Orgáz – l’Enterrement du comte d’Orgaz.

A Tolède, la légende raconte qu’en l’an 1323, aux abords de l’église de San Tomé, l’âme du dévot notable monta dans les hauteurs divines. Cela, pendant que ce furent les saints Augustin et Etienne eux-mêmes qui ensevelirent le corps. Un tel événement ne fut pas complètement considéré comme mystérieux ; Don Gonzalo donna effectivement beaucoup de moyens pour construire l’église miraculeuse, mais surtout il priait sans cesse en vue du bien de tous. Conséquence : l’intervention sacrée. J’en conviens, cependant, que ce n’est pas affaire de tous les jours. Lire la suite El Greco, « Entierro del Conde de Orgáz »