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Yvette Z’Graggen, une femme précurseure3 minutes de lecture

par Alexandre Wälti
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Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

C’est peut-être l’histoire d’une exilée de l’intérieur. Non seulement Yvette Z’Graggen a grandi tiraillée entre la Suisse romande et ses origines alémaniques, mais elle figure parmi les écrivains hélvétiques dont l’œuvre mérite une attention particulière parce qu’elle a été construite en écho direct aux événements du XXe siècle. Une femme qui a toujours été en avance sur son temps, comme le montre parfaitement le documentaire Yvette Z’Graggen – Une femme au volant de sa vie de Frédéric Gonseth.

Pensons d’abord à son besoin d’indépendance précoce. Forcée ? Toute jeune déjà, elle écrit des histoires pour fuir la réalité. Elle vit la faillite d’un père dentiste, dépensier et un peu trop porté sur la boisson, levant parfois la main sur sa mère, tandis que la famille dégringole progressivement dans l’échelle sociale. Un passionné de belle voiture se retrouve soudain à pédaler sur un vélo. Un deux-roues qu’Yvette Z’Graggen utilise ensuite pour faire le tour de du pays durant les années silencieuses de la Seconde Guerre mondiale. Une enfance où l’imagination sert d’abri contre les réalités et qui est nourri très tôt par un besoin d’apprendre malgré l’impossibilité – due à des questions financières – de faire l’université.

Une femme qui panse ses cicatrices grâce à l’écriture. Une journaliste qui questionne les grands auteurs de son temps à la radio et dont la nécessité de savoir infuse même son œuvre littéraire. Un questionnement continuel qui l’amène par exemple à interroger son propre passé en le mettant en parallèle avec les réalités de la Seconde Guerre mondiale dans Les années silencieuses. Des extraits, intelligemment choisis dans les livres d’Yvette Z’Graggen, parsèment par ailleurs tout le documentaire et nourrissent notamment les scènes de fiction.

Une femme, puis l’écrivaine

Frédéric Gonseth applique le même procédé pour son documentaire. Il reconstruit en effet chronologiquement la vie d’Yvette Z’Graggen, grâce à des images et des interviews d’archives, et met à son tour en parallèle l’Histoire et les réalités quotidiennes de l’écrivaine. Deux axes qui traversent toute sa vie s’en dégagent : d’un côté, la relation fusionnelle fille-mère – car elle se construit bien dans ce sens – et, de l’autre, le sentiment d’abandon qui naît notamment à cause du père lorsque la petite Yvette compte les trams en espérant le voir sortir.

Voilà l’essentiel des choix de Frédéric Gonseth. Un documentaire dont la principale qualité est celle de mettre en lumière une écrivaine dont les textes ont toujours étroitement cohabité avec l’existence de la femme en avance sur son temps. Le fond est plus intéressant que la forme. Cette dernière est classique et assez scolaire : photos, intervention de proches, etc. Toutefois, il y a une véritable volonté de laisser une place importante aux textes originaux de la part du documentariste Il inclut effectivement des épisodes de fiction dans son travail qu’ils a tournés pour mettre en image les mots d’Yvette Z’Graggen. Ce qui, franchement, dans le cas d’un documentaire sur une écrivaine, est plus que louable. Il manque néanmoins une certaine fluidité entre les passages d’interviews à ceux d’extraits de l’œuvre mis en images. Cette spécificité donne par ailleurs un caractère très didactique au documentaire.

Enfin, et ce n’est pas des moindres, l’intérêt est surtout dans le regard amoureux que le documentariste pose sur une femme passionnée de voitures, vivant librement sa vie sentimentale entre ses vingt et trente ans, autrement dit dans les années quarante. Une écrivaine dont l’écriture a toujours été en lien avec l’Histoire et histoire personnelle de la femme. Cette liberté, elle l’a choisie et l’a expérimentée jusqu’à son mariage. Un homme qu’elle a divorcé par la suite à une époque où ce genre de comportement était tout sauf la norme sociale.

Encore une fois, Yvette Z’Graggen n’en a fait qu’à sa tête depuis toute petite. Voilà une chose que le documentaire rend parfaitement bien. Une heure et demie pour découvrir une écrivaine importante, atypique. Une femme qui s’est exilée de soi, en imaginant toutes sortes d’histoires, avant de poser un regard acéré sur les réalités politico-sociales de son temps.

Ecrire à l’auteur : alexandre.waelti@leregardlibre.com

Crédit photo : © cineworx

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« Les années silencieuses » questionnent sans cesse | Le Regard Libre 22 mai 2018 - 17 05 06 05065

[…] A lire aussi : « Yvette Z’Graggen, une femme précurseure » […]

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