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«Summer», dans les limbes du lac et des souvenirs4 minutes de lecture

C’est allongé au bord de l’eau, les pages sentant bon la crème solaire, que j’ai lu ce roman de 2017 (paru en poche en 2019), se déroulant sur les rives d’un lac en Suisse. Quoi de plus normal pour un livre au doux nom de «Summer»? Mais les premières pages ont vite évacué cette impression de candeur estivale… Rien n’est douçâtre dans Summer. Tout n’est que reflux d’amertume.

C’est l’histoire d’un piège qui s’est refermé sur le narrateur il y a des années et dont il ne peut s’extraire: le souvenir d’un être disparu. Sa sœur, aussi brillante que désinvolte, a fait volte-face un jour et n’est jamais revenue. Evaporée comme les brumes matinales. Plus de vingt ans après, son frère vit avec la certitude ancrée en lui qu’elle est quelque part.

«Où sont les êtres que l’on a perdus? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l’intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l’intérieur de nos corps, ils inspirent l’air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l’oreille d’un nouveau-né.»

Les vagues claquent contre les rochers, les phrases se cognent contre les parois de ma tête, tout m’encercle et m’enserre dans un silence assourdissant. Dans le même état de semi-conscience que le narrateur, je surnage dans un flot de pensées: qui est Summer? Et où est-elle? Pris dans le remous des souvenirs qui resurgissent, je cherche à tâtons comment me délester de ces poids qui me tirent vers le fond. La silhouette de Summer apparaît au milieu des flashs, son portrait se dessine, comme une ombre qui chancelle, comme la flamme d’une bougie qui ne tardera pas à s’éteindre. Des instants de vie tus zèbrent le ciel d’une électricité qui menace de tout ébranler. Pour gorger de tension une atmosphère qui se fait de plus en plus instable. Une atmosphère vaporeuse oscillant entre légèreté et morbidité…

Vouloir oublier, c’est y penser tout le temps

Benjamin – c’est le nom de son frère – palpe la vie dans les creux de sa mémoire pour éloigner la mort; il se souvient de l’ondulation des vagues quand ils jouaient dans le lac, de la blondeur que prenaient les cheveux de sa sœur au soleil l’été, des jeux interdits qu’ils avaient avec ses meilleures amies, du regard de défi de sa sœur face à ses parents. Benjamin se souvient de tout ça et vit au travers de cette mémoire perforée. Comment une disparition peut engloutir tout un monde et ne laisser qu’une illusion à la place? Vouloir oublier, c’est y penser tout le temps. Une absence comme une tache d’encre; d’abord un point, puis l’horizon tout entier qui baigne dans un liquide visqueux: celui des oublis impossibles.

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Benjamin ne cesse de tendre la main pour accrocher la présence de sa sœur, mais entre ses doigts ne file que le vent. Summer est un roman comme une oscillation; entre oubli volontaire et souvenirs fabriqués. Troublant comme une photo déchirée, envoûté d’une vérité vénéneuse. Une grâce flottante, indécise, un brouillard attirant, un poison. Implacable.

Ecrire à l’auteur: quentin.perissinotto@leregardlibre.com

Monica Sabolo
Summer
Jean-Claude Lattès
2017
315 pages

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