Archives par mot-clé : mémoire

Metin Arditi: «Dans tous mes livres, j’ai cherché l’estime de mon père»

Le Regard Libre N° 37 – Jonas Follonier

Connu pour ses nombreux engagements dans le milieu culturel, Metin Arditi est devenu depuis quelques années l’un des écrivains les plus importants de Suisse. L’auteur d’origine turque séfarade nous a ouvert les portes de son domicile, à Genève, pour une discussion autour de son dernier roman, Mon père sur mes épaules (2017), paru aux Editions Grasset. Un entretien aussi bouleversant que son ouvrage.

Jonas Follonier : Dans votre ouvrage Mon père sur mes épaules, vous racontez l’épisode marquant où l’une de vos deux filles atteint l’âge de sept ans. Vous écrivez : « Soudain je compris de quoi, à son âge, j’avais été privé. Je fus anéanti. » Est-ce le point de départ de ce livre ?

Metin Arditi : Dans la question de savoir s’il faut condamner Pâris et Hélène du fait que leur amour a déclenché la guerre de Troie, le véritable problème à affronter est le suivant : s’ils n’étaient pas tombés amoureux l’un de l’autre, est-ce que la guerre de Troie aurait eu lieu oui ou non ? Il s’agit de se demander s’il y a une véritable connexion entre les deux événements. Toutes proportions gardées, c’est un peu la même histoire ici. L’observation que j’avais faite de ma fille lorsqu’elle avait sept ans, c’est la cause profonde, en effet. Mais il y a eu des causes beaucoup plus immédiates qui m’ont amené à écrire ce livre, dont une particulièrement.

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Dissolution d’ETA, le défi d’une réconciliation

Les lundis de l’actualité – Diego Taboada

Les espagnols l’attendaient depuis des mois. Après cinquante-neuf ans d’activité, l’organisation terroriste Euskadi Ta Azkatasuna (ETA – pays basque et liberté en basque) a annoncé jeudi dernier la dissolution de son organisation et le démantèlement de toutes ses structures. L’annonce, faite à Genève, entérine la disparition d’un groupuscule qui avait déjà renoncé à toute activité terroriste en 2011.

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Philippe Forest : « De certaines expériences extrêmes, on ne peut jamais rien dire »

Le Regard Libre N° 37 – Loris S. Musumeci

Philippe Forest est un homme de lettres reconnu pour ses amples connaissances en la matière. Il est professeur de littérature et contribue à de prestigieuses revues telles que la NRF. Depuis la mort de sa fille, Pauline, arrachée à la vie toute petite par un cancer, Philippe Forest a commencé à écrire des romans, liant la démarche du deuil à celle de l’écriture. Après plusieurs grands succès, comme son premier roman, L’Enfant éternel (1997), ou Sarinagara (2004), l’auteur se livre à une réflexion romanesque sur l’oubli. Nous l’avons rencontré à Fribourg.

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De l’importance de la mémoire apaisée

Le Regard Libre N° 35 – Clément Guntern

La Russie a commémoré en 2017 le centenaire de la révolution d’Octobre. En 1917, les bolcheviks avaient renversé le gouvernement provisoire pour installer leur propre pouvoir. Pourtant, alors que certains se souviennent de cette date, d’autres la fêtent. La mémoire historique nécessite encore un grand travail.

La mémoire historique d’un peuple peut être détournée en un outil politique d’une grande puissance. Les exemples qui l’illustrent sont légion. La Russie a récemment commémoré en toute discrétion le centenaire de la révolution d’Octobre 1917 qui a mis au pouvoir Lénine et les bolcheviks, ouvrant la voie à plusieurs dizaines d’années de contrôle communiste sur le pays et bien au-delà. A l’occasion de cet anniversaire, un sondage a été réalisé, demandant aux Russes qui serait selon eux le meilleur dirigeant pour le pays aujourd’hui. Et la personne qui arrive en tête est Staline. Continuer la lecture de De l’importance de la mémoire apaisée

La musicothérapie : un remède d’exception

Le Regard Libre N° 31 – Hélène Lavoyer

Utilisée aujourd’hui dans de nombreux hôpitaux et cabinets, la musicothérapie permet d’améliorer la qualité de vie de personnes souffrant de dépression, mais pas seulement ; rythmes et sons permettent aux patients atteints de schizophrénie de rétablir la communication avec le monde extérieur, aux personnes atteintes d’Alzheimer de retrouver des souvenirs qu’ils pensaient oubliés à jamais, et soulage certains symptômes de l’autisme.

Un succès intemporel

C’est en 1729, dans Medicina Musica, que Richard Browne expose pour la première fois une théorie décrivant l’utilisation de la musique dans le domaine médical. Il n’est pourtant pas le premier, et de loin, à avoir pensé à son utilité. La musique, présente sous forme de rythmes tambourinés ou de chants, est présente dans le quotidien des Hommes depuis bien longtemps. Dans la Bible, le roi Saül fut guéri de l’esprit malin par David, qui vint lui jouer de la harpe. Le monde antique grec, qui étudiait la musique comme une science mathématique, considérait déjà les bienfaits de celle-ci pour réguler passions et humeurs, mais pas seulement ! Aux quatre coins du monde et depuis des millénaires, la musique est présente, soigne, « adoucit les mœurs ». Le chamanisme amérindien, lui aussi, offre aux cercles rythmiques une place de choix. Continuer la lecture de La musicothérapie : un remède d’exception