En pleines « Forêts »

Promenades théâtrales (2/6)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

« EDMOND. Ma mémoire est une forêt dont on a abattu les arbres. »

Forêts. Une quête tragique pour retrouver les arbres abattus et ainsi reconstruire l’histoire de femmes, d’hommes, de fils, de pères, de frères : d’une famille à l’héritage en ruines, tel un crâne fracassé dont il faut recomposer les morceaux.

La pièce appartient à la tétralogie du Sang des promesses de Wajdi Mouawad. Elle en est la troisième tragédie, réalisée en 2006 ; la première étant Littoral (1997), la deux-ième Incendies (2003), la quatrième Ciels (2009). Selon l’auteur, sans comporter « une suite narrative, ces histoires, puisqu’il s’agit d’histoires avant tout, abordent, de manière différente et, j’ose l’espérer, de manière à chaque fois plus complexe et plus précise, la question de l’héritage. Celui dont on hérite et celui que l’on transmet à notre tour. » Lire la suite En pleines « Forêts »

Un album philosophique signé Francis Cabrel

La richesse de la chanson française (3/6)

Le Regard Libre N° 15 – Jonas Follonier

Après un passage plus musical à travers un album de Michel Polnareff, nous nous intéresserons ce mois-ci aux textes d’un autre chanteur français digne de louanges, Francis Cabrel. Et plus spécifiquement au caractère philosophique des paroles de trois chansons issues de son avant-dernier album, Des roses et des orties, sorti en 2008.

La chanson éponyme débute avec des interrogations existentielles qui se retrouveront dans les deux autres chansons. « Vers quel monde, sous quel règne et à quel juge sommes-nous promis ? / A quel âge, à quelle page et dans quelle case sommes-nous inscrits ? » Le chanteur tire de ces questionnement une conclusion que je partage, et ce dans le refrain : « On est lourds / Tremblant comme les flammes de bougies. / On hésite à chaque carrefour / Dans les discours que l’on a appris. / Mais puisqu’on est lourds / Lourds d’amour et de poésie / Voilà la sortie de secours. » Ne commentons pas, apprécions.
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Tous à table !

Le Regard Libre N° 15 – Jonas Follonier

Cela fait des millénaires que certains philosophes, religieux, intellectuels et autres gourous nous invitent à mépriser le corps, à nous détourner du sensible, du sensuel, du sentiment, à nous diriger vers le monde supérieur de l’intellect, du spirituel, du divin. Cela fait plus précisément depuis Platon, « le grand calomniateur de la vie » comme l’écrit Nietzsche, qu’une telle conception hante la pensée occidentale.

Et si nous arrêtions d’écouter leur baratin ? Et si nous nous disions que ce qu’il y a de plus haut, de plus beau (et non de plus faux et de plus sot) en l’homme consiste à user avec mesure de toutes ses facultés – spirituelles et sensibles – et de s’extasier de leur interaction ? Et si nous envisagions que si la vie est absurde, ce n’est pas parce qu’une meilleure vie nous attend dans l’au-delà mais parce que c’est justement le propre de toute chose d’être absurde (pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien…) et que cela nous invite à la meilleure transcendance d’ici-bas, j’ai nommé l’art ? Lire la suite Tous à table !

Heureuses Pâques

Au sein d’un horizon plat, vide et profondément chaotique, ne trouvant refuge dans la froideur déconcertante du ciel gris, noir et blanc, nous restons assis, pleurant face à l’absurdité étouffante.

Mais le printemps est là, les fleurs renaissent ; les hommes sont purifiés du sentiment amer de non-sens, parce qu’ils retrouvent, dans la beauté d’un fin pétale et d’un immense ciel azur, le bonheur de respirer enfin librement la joie, parfois douloureuse, du don.

Pâques, c’est justement la libération de l’obscurité pour entrer dans les couleurs savoureuses de la vie, ainsi que le don par amour.

Heureuses Pâques, dans la solitude ou la convivialité.

La rédaction

160327 Heureuses Pâques

Dessin à l’encre de Chine : Loris S. Musumeci

Escapade baroque au « Bal des Laze »

La richesse de la chanson française (2/6)

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

Ce n’est pas un hasard si la période baroque de l’histoire littéraire, qui s’étend de 1580 à 1640, a été redécouverte dans les études des années 1960 : des thèmes comme le changement, l’artifice et la singularité qui caractérisaient la poésie de Chassignet et le théâtre de Viau s’avèrent être aussi les principales revendications du mouvement de mai 68.

Ce n’est donc pas un hasard non plus si l’on retrouve l’esthétique baroque dans la musique des années 60. La chanson française avait besoin de sortir des sixties et de trouver un nouveau support musical qui fût plus élaboré que celui des yéyés, ces chanteurs débutants. Au rockabilly, au rock ‘n’ roll, au folk rock et à la naissante pop rock succéda un genre musical passé inaperçu et pourtant fondamental : la pop baroque. Lire la suite Escapade baroque au « Bal des Laze »

L’invasion des individualités

Le Regard Libre N° 14 – Sébastien Oreiller

Umberto Eco n’est pas encore froid que déjà, sur Facebook et autres Twitter, fleurit la désormais célèbre citation : « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles ».

Si vrai et pourtant si paradoxal ! Les amateurs de réseaux sociaux eux-mêmes reconnaîtraient la vacuité de leur Moi exacerbé ? La parole au peuple, pour le peuple, contre le peuple, cela ne semble néanmoins pas déranger les manipulateurs de tous bords, les saboteurs et autres populistes ; en témoignent certains UDC (mais cela est également vrai pour les révolutionnaires de gauche), s’offusquant pour un tout et pour un rien, par exemple contre un pape qui ne leur a fait aucun mal, sinon de prôner la paix. « Ce n’est pas mon pape ! » Toujours ce moi, toujours autant peu d’intérêt intellectuel, surtout quand il s’agit d’un message aussi universel que celui de François. Chacun s’invite sur le net ; même Le Regard Libre y est ! C’est peut-être pour cela que nous essayons, peu à peu, de passer au papier, une avancée que d’aucuns qualifieraient de régression, mais pour nous une légitimité que les pixels de notre écran ne possèdent pas. Quoi qu’il en soit, le flot continuel de toutes les individualités, aussi (in)intéressantes soient-elles parfois, est devenu incontournable. Pour lui donner une raison d’être, les constructivistes l’appelleront « arène de socialisation ». Amen ! Enfin soit… Lire la suite L’invasion des individualités

Il s’agirait d’écouter maman

Le Regard Libre N° 14 – Julien Auriach (rédacteur invité)

Une vieille rengaine. Voilà à quoi ressemble le texte de l’initiative populaire « Non à la spéculation sur les denrées agricoles ». Il demande d’une part l’interdiction des produits dérivés agricoles et, d’autre part, que la Confédération s’engage au niveau international à lutter contre la spéculation sur les denrées. Dans leur argumentaire, les jeunes socialistes osent. Ils vont jusqu’à citer maman : « on ne joue pas avec la nourriture ». Normal qu’avec un slogan qui sent bon la moraline, un vent de lassitude écorche le paysage politique. Une économie au service des hommes, un énième vœu pieux d’une gauche en manque d’idéal ?

Il est vrai, 800 millions de gens meurent chaque année de faim. Il est aussi vrai qu’ils ne meurent pas en Suisse… Un écran, voilà ce qu’est devenu le négoce de matières premières alimentaires. Une pellicule de peinture sur la fenêtre, et qui, à force de patiner, parvient à briller par son opacité. La finance a cette particularité qu’elle semble complètement déconnectée des conséquences de ses actes. Catherine Morand, porte-parole de Swiss Aid, une ONG qui défend l’initiative, a les idées claires. « Après la crise, de nouveaux acteurs ont commencé à miser des sommes colossales sur ces matières qui sont devenues comme des valeurs refuges et c’est cela qui a donné des emballements, des émeutes de la faim à travers le monde. » Ce glissement s’est opéré tout doucement, la libéralisation tranquille. Les décisions se prenant à Berne, à l’heure de la pause café (équitable et bio), c’est en Ethiopie que l’on trinque, mais ça, on ne le voit pas dans l’open space. Et si la peinture était une paroi de crasse ? « L’UDC est contre, ils pensent défendre les intérêts de l’économie suisse », prévient Catherine Morand. Et ces derniers ne sont pas minces ; il faut rappeler que « près de 80 % du volume des transactions de grains se fait par l’intermédiaire de sociétés basées en Suisse ». Lire la suite Il s’agirait d’écouter maman

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