Trump passe à l’action : et si ce n’était que le début ?

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Le monde est en effroi, car l’entrepreneur devenu « leader » a simplement décidé d’appliquer le programme qui lui a permis d’être élu, et ce à la lettre. Faisant à nouveau mentir une grande partie des « experts » qu’il humilie avec un certain plaisir à longueur de discours. Nous avions prévu « business as usual ». Que nenni, il passe à l’action. Après lui avoir reproché le contenu, nous lui reprochons désormais d’être un homme de parole. Vous admettrez sans aucune peine que nous sommes légèrement coincés dans une position intenable. Et nous sommes fautifs.

Cette attitude schizophrénique que l’on observe autant dans la presse que sur la nouvelle place publique, les réseaux sociaux, nous mènera à notre perte. En quelques mois, Trump et les autres que nous nommons avec dédain « les populistes » auront donc remis en question notre modèle, détruit la crédibilité de la presse et des analystes. Et nous continuons à croire qu’ils sont seuls, que la folie de Trump est individuelle, oubliant qu’ils sont largement soutenus par la foule. Prétendre vouloir se « réveiller de ce cauchemar », c’est croire que la faute du problème revient uniquement à la tête pensante, alors que les racines du mal sont profondes, que les métastases se sont propagées. Arriverons-nous seulement à sauver le patient ? Continuer la lecture de Trump passe à l’action : et si ce n’était que le début ?

Thiéfaine est venu, nous l’avons vu et il nous a plu

Le Regard Libre N° 23 – Jonas Follonier

La tournée avait débuté le 11 avril 2015, à Reims. Elle s’est achevée le 19 novembre 2016, au Zénith de Paris. Un grand marathon pour le chanteur français Hubert-Félix Thiéfaine, qui tient toujours autant à se produire en province et qui apparaît (presque) toujours autant dans les médias, à savoir quasiment jamais. Ce sont cent neuf dates au total que l’auteur-compositeur-interprète natif de Dole, dans le Jura français, a enchaînées dans le cadre de son « VIXI Tour XVII ».

Autant d’occasions pour ses admirateurs de pouvoir le voir à nouveau après sa dernière et non moins titanesque tournée intitulée « Homo plebis ultimae Tour », qui s’était étendue de 2011 à 2013. Autant d’occasions aussi pour Hubert-Félix Thiéfaine de défendre son dernier album, Stratégie de l’inespoir, un opus de très grande qualité dont nous avions parlé dans notre treizième édition en février dernier. Pas moins de huit titres issus de cette oeuvre de 2014 ont été intégrés au répertoire de la tournée, à côté de chansons plus anciennes et souvent cultes telles que 113e cigarette sans dormir, Alligators 427 et bien sûr La fille du coupeur de joint.

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« Dalida », le grand film biographique de la décennie

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Io ti chiedo, io ti prego
Un po’ d’amore, un po’ d’amore per me »

(« Je te le demande, je t’en prie
Un peu d’amour, un peu d’amour pour moi »)

Le texte de Pace sur la musique d’Hayward ouvre le grand film biographique de l’année, voire de la décennie. « Un peu d’amour », c’est ce qu’a demandé Dalida, toute sa vie durant.

Celle-ci, chacun la connaît approximativement. Iolanda Gigliotti est née au Caire en 1933 d’une famille de migrants italiens. En 1954, elle s’envole pour Paris. D’un cabaret à l’autre, elle est rapidement repérée, jusqu’à atterrir sur la scène de l’Olympia en 1956. Une légende est née. Les succès s’accumulent, le cœur s’émerveille connaissant l’approche d’un premier amour. D’un deuxième amour. D’un troisième amour. Et ainsi de suite. Etoile de la chanson, elle est profondément malheureuse. Ses amants passent et se meurent dans l’abîme d’un passé regretté. En 1987, Dalida se suicide ne supportant plus sa vie tragique. Continuer la lecture de « Dalida », le grand film biographique de la décennie

Noël redonne confiance dans l’être humain

Le Regard Libre N° 23 – Sébastien Oreiller

L’année 2016 fut, semble-t-il, délétère. Attentats, guerres, dernières de nos célébrités mourant avant le 31 décembre. A quoi bon se réjouir ? Dans l’église de Bagnes, à travers une crèche, comme l’évêque dans son prêche de minuit, on fait bien de se rappeler la naissance de cet enfant, dans la pauvreté, la fuite et le froid. Peut-être cette image, triste, de la Nativité, est-elle là pour « remettre l’église au milieu du village », couper, abruptement, avec l’image douceâtre d’un Noël aux petits rennes et aux sucres d’orges, un Noël fantasmé par les films américains. Noël, c’est un solstice, c’est la renaissance du soleil, c’est la naissance d’un enfant, et comme toute naissance, celle-ci se fait dans la douleur.

Un psychologue valaisan controversé soutenait dernièrement que ce n’était pas la douleur qui conférait de la dignité, mais la manière dont on la surmontait. Peut-être est-ce là le vrai message de Noël. Cette naissance dans le froid d’une mangeoire ne préfigure-t-elle pas la montée du calvaire, la crucifixion, cette deuxième naissance pour l’humanité tout entière ? Est-ce donc tout à fait sain de souhaiter à ses proches une bonne année, comme on entendrait une année aseptisée, sans douleurs, en bref dans la même léthargie continuelle que l’on passe les fêtes de fin d’année ? Il serait plus avisé de souhaiter une année enrichissante, c’est-à-dire une année de persévérance et de réussite à travers les épreuves. Continuer la lecture de Noël redonne confiance dans l’être humain

« Demain tout commence » avec Omar Sy

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Le plagiste Samuel (Omar Sy) mène la belle vie, entre soirées arrosées et journées en bateau. Un jour, une « aventure d’un soir » vient lui apporter un bébé qui a curieusement un peu plus de dix mois. Samuel apprend qu’il en serait le père. Et, comble de stupeur, il voit la femme se volatiliser dans un taxi, laissant à Samuel ses affaires et… son enfant. Il va alors s’envoler pour Londres avec le bébé et finalement l’élever dans cette ville aux côtés d’un ami producteur remarquablement bien interprété. La suite, le film vous le dira.

Bien entendu, l’histoire est mielleuse. Bien entendu, le spectateur n’est pas invité à de profondes réflexions. Bien entendu, la mise en scène est « commerciale », comme on dit. Or j’ai de plus en plus de peine à être d’accord avec les médias qui définissent comme mauvaise toute oeuvre jugée populaire, ou efficace. Qu’y a-t-il de foncièrement mauvais à proposer un film qui va plaire à un public large ? N’est-ce pas là plutôt la marque d’un certain talent ? Continuer la lecture de « Demain tout commence » avec Omar Sy

Fabrice A., un malaise en justice

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

« Les juges ont donné toutes les apparences d’un évident parti pris contre le prévenu. »

Après plus de trois ans du meurtre de la sociothérapeute Adeline M., l’affaire Fabrice A. n’est pas encore réglée en justice. Aucune résolution ne semble pouvoir advenir ; au contraire, c’est la confusion qui devient maîtresse alors même que les faits sont parfaitement clairs. Fabrice A., interné à l’asile psychiatrique La Pâquerette, avait égorgé sa curatrice Adeline M., lors d’une sortie.

Le Regard Libre s’était déjà penché sur cette affaire l’an dernier. Le procès s’était tenu du 3 au 7 octobre 2016. Il avait fait grand bruit, certes, par l’importance de la cause, mais également par le comportement du meurtrier, qui s’était montré, à dire peu, totalement impassible. Chacun livrait son interprétation face à un tel spectacle d’indifférence. D’aucuns se braquaient sur la fine malice de Fabrice A., d’autres l’innocentaient, comprenant l’atrocité de son geste par les effets pathologiques. Continuer la lecture de Fabrice A., un malaise en justice

« Tendi Sherpa, plus haut que l’Everest »

Le Regard Libre N° 23 – Loris S. Musumeci

Armand Dussex est alpiniste et passioné de montagne. Il fut longtemps gardien de la cabane des Audannes. Egalement fondateur du Musée valaisan des bisses, à Anzère, il marque là aussi son attachement à la culture. Ce sont en effet son amour de la montagne ainsi que sa soif inépuisable de découverte qui le poussèrent à partir au Népal, il y a quelques années de cela. Il s’y lia d’amitié avec la famille Sherpa, de l’ethnie du même nom. Armand Dussex raconte, dans cet agréable ouvrage Tendi Sherpa, Plus haut que l’Everest, l’histoire de ses compagnons de l’autre bout du monde, en posant un accent particulier sur son cher Tendi, devenu guide de renom dans la région de l’Himalaya. L’alpiniste écrivain a aussi réalisé d’autres livres, toujours en rapport à la montagne, tels que Des bisses et des hommes. Rencontre à Sion.

Loris S. Musumeci : Dans votre ouvrage Tendi Sherpa, plus haut que l’Everest, vous écrivez que l’histoire de Tendi Sherpa « n’est pas banale » et que « celle de ses ancêtres est également remarquable ». Pourquoi ?

Armand Dussex : La famille de Tendi est effectivement particulière. Elle a vécu une première étonnante migration dans les années septante, qui ne provoqua pas seulement un changement de localité, mais un véritable nouveau mode de vie. Ils ont abandonné leur terre, marchant cinq jours durant avec tout leur bétail, pour des motifs, en grande partie, religieux. Là où ils vivaient avant, le monastère était abandonné de tout office car aucun lama (religieux du bouddhisme tibétain) ne s’y trouvait. Moi-même, en 2000, j’ai voulu parcourir ce chemin de migration afin de mieux connaître l’histoire de la famille Sherpa. Aussi, Khamsu, père de Tendi, fut l’acteur d’un second déplacement avec sa femme et ses enfants : celui vers Kathmandou, dans le but de devenir guide de montagne. Voilà pourquoi l’histoire des Sherpa, et par là celle de Tendi, est absolument remarquable. Continuer la lecture de « Tendi Sherpa, plus haut que l’Everest »

Le salaire minimal, une fausse bonne idée ?

Le Regard Libre N° 23 – Nicolas Jutzet

Pour ceux qui ont suivi les dernières élections aux Etats-Unis, le sujet du jour est familier. Tout au long de la campagne, ce fut une véritable surenchère. Et surprise ! pour une fois, ce n’est pas l’homme d’affaire, Donald Trump, mais le Sénateur du Vermont, populiste à ses heures perdues, Bernie Sanders, qui en sort vainqueur. Le quarante-cinquième président des Etats-Unis paraît bien sage avec sa proposition d’un salaire à 10$ / heure sur le plan fédéral. En face, c’est 12$ pour Hillary Clinton et même 15 $ pour celui qui assume fièrement son statut de socialiste dans un pays qui pourtant est habituellement hostile à cette doctrine. C’est avec ce genre de propositions que le sympathique Bernie a un temps fait trembler, notamment grâce à sa capacité à rallier la jeunesse derrière lui (beau succès pour le slogan du septuagénaire « Our Revolution, a future to believe in »), son parti qui a craint un court instant voir la candidate de l’Establishment mordre la poussière dès la primaire. S’ils avaient su…

En s’attardant sur les statistiques de Google Trends, on s’aperçoit que le mot « populisme » a connu une soudaine explosion de son nombre de recherches, entre le 6 et le 12 novembre 2016. Dates qui coïncident avec l’élection désormais entérinée de Trump. Loin de moi l’idée de défendre aveuglement notre nouveau « chef du monde libre », mais force est de constater que parfois il a su faire preuve de bon sens et que le populisme est une discipline pratiquée par nombre de ses collègues politiciens à travers le monde. Et le salaire minimal en est un magnifique exemple. Continuer la lecture de Le salaire minimal, une fausse bonne idée ?

Un Will Smith bouleversant dans « Beauté cachée »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Réalisé par David Frankel, Beauté cachée est un drame américain sorti le 21 décembre dernier. Il raconte la thérapie tout à fait hors du commun de Howard Inlet, un brillant publicitaire qui a perdu sa fille de six ans. L’histoire se passe trois ans après le décès de cette dernière, dû à une maladie. Un très bon choix que celui de Will Smith pour incarner ce père dévasté par le refus de la mort.

Rendu taciturne par le chagrin, Howard n’est pas noyé dans la tristesse, mais dans le néant. Plus rien n’a d’importance : sa fille était tout, et elle n’est plus. La mort d’une personne chère à son coeur, très jeune qui plus est, constitue bien une injustice terrible pour tout être humain. D’où l’étape du deuil. Mais son deuil, Howard ne l’a pas fait. D’autres vont donc prendre les choses en main. Continuer la lecture de Un Will Smith bouleversant dans « Beauté cachée »

Les absurdités de Vincent Peillon, candidat à la primaire du PS

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Quelle infinie déception ai-je ressenti ces derniers jours en découvrant dans la presse certains propos dont on n’aurait jamais soupçonné qu’ils puissent être prononcés par un candidat à la primaire du PS réputé intellectuel. Vincent Peillon, qui se démarquait de ses amis concurrents par sa formation de philosophe et son étoffe de républicain passionné, semble être tombé vraiment bas.

Sa première erreur fut celle commise sur le plateau de France 2 mardi dernier. Le candidat à la primaire de la gauche a déclaré : « Certains veulent utiliser la laïcité, ça a déjà été fait par le passé, contre certaines catégories de population. C’était il y a quarante ans (sic) les juifs à qui on mettait une étoile jaune, c’est aujourd’hui un certain nombre de nos compatriotes musulmans ».

Il y a là une triple méprise. Tout d’abord, il y a quarante ans, les juifs ne portaient pas d’étoile jaune. Vincent Peillon a sans doute voulu parler des années 40, mais n’est-ce pas là une approximation totalement scandaleuse pour une personne prétendant à la Présidence de la République ? Ensuite, ce que veut véhiculer l’agrégé de philosophie à travers cette phrase relève d’une absurdité déroutante : rappelons tout de même qu’il n’y avait pas de djihad juif à cette époque et qu’il n’y en a jamais eu. Enfin, la laïcité n’a jamais constitué la justification de l’horreur antisémite du XXe siècle. Continuer la lecture de Les absurdités de Vincent Peillon, candidat à la primaire du PS

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