« Jalouse », une Karin Viard en pleine crise de la cinquantaine

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Jalouse est le nouveau long-métrage de David et Stéphane Foenkinos. S’inscrivant dans la comédie dramatique française, il met en scène la tourmente d’une femme s’approchant de la ménopause. Comme le note Le Figaro, cette thématique commence à devenir récurrente en France : « De L’Aurore de Blandine Lenoir à Retour chez ma mère d’Eric Lavaine en passant par L’Avenir de Mia Hansen-Love, le cinéma hexagonal ne paraît pas réfractaire à l’idée de traiter de ce sujet a priori casse-gueule ».

Casse-geule ? Le terme est bien choisi par le quotidien de droite. En effet, si le sujet abordé est grave, et intéressant, il comporte un risque cinématographique du fait de son caractère unilatéral. C’est bien le désavantage de toutes les œuvres à tendance psychologique, qui étendent sur la durée d’un film une question touchant au caractère d’un des protagonistes. Les frères Foenkinos sont tombés à moitié dans le piège, soignant la distribution au détriment de l’intrigue. Explications. Continuer la lecture de « Jalouse », une Karin Viard en pleine crise de la cinquantaine

« La ligue des justiciers » : le bien triomphe du mal

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Le film de Zack Snyder présente une composition hétéroclite de héros qui se battent pour sauver le monde. Ou du moins, à éviter de le voir sombrer dans l’obscurité. Face à Steppenwolf, alias le “super-vilan”, les affrontements s’enchaînent. Jusqu’ici, rien de déroutant. Le casting habituel. L’ennemi et ses combattants, qui se nourrissent de la peur d’autrui, semblent imbattables.

Mais, comme souvent, et c’est peut-être la limite de ce genre de films, le “bien”, incarné par Superman (mort au début du film mais qui, ressuscité, vient apporter son aide à la mission), Batman, Wonder Woman, Aquaman, Flash et Cyborg, finit par triompher du mal. Exprimant au passage, peut-être de façon involontaire, une suite de clichés bien à la mode. Le groupe bat l’individu. Le groupe mixte, coloré, ouvert d’esprit, bat l’individu seul, qui semble se battre par égoïsme pour ses intérêts maléfiques, alors qu’en face, même le richissime Bruce Wayne se bat pour le bien commun. Continuer la lecture de « La ligue des justiciers » : le bien triomphe du mal

« Mise à mort du cerf sacré »

Les mercredis du cinéma – Elias Jutzet

Une opération à cœur ouvert dans un gros plan interminable qui ne donne qu’une seule envie : détourner le regard. C’est la première image que l’on voit ; elle donne parfaitement le ton pour tout ce qui va suivre. Mise à mort du cerf sacré est un film qui va vous prendre aux tripes, qui va vous mettre mal à l’aise et qui va faire de vous le témoin d’événements dérangeants que vous aimeriez n’avoir jamais vus. C’est un film intense dont les échos vont vous suivre bien au-delà de la séance.

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Le Moyen-Orient n’en est pas à bout de ses difficultés

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

Le Moyen-Orient n’en est pas à bout de ses difficultés. Les tensions entre les Etats ainsi qu’entre les différentes communautés religieuses ou ethniques apparaissent dans de nombreux pays. Une nouvelle ligne de front s’est ravivée ces dernières années avec une confrontation entre deux puissances régionales que sont l’Arabie saoudite et l’Iran. Ces deux Etats qui représentent chacun une communauté religieuse, respectivement le sunnisme et le chiisme, s’affrontent dans toute la région. La puissance iranienne qui a adopté une position plus agressive dans la région provoque la peur de son rival saoudien, qui voit la république islamique d’Iran se déployer dans tous les conflits.

L’équilibre de la région risque d’être perturbé et la contre-attaque saoudienne n’a pas tardé partout où l’Iran s’est engagé. Notamment au Yémen, où l’Iran soutient les rebelles contre le gouvernement. L’Arabie saoudite s’est vue obligée d’intervenir dans ce pays limitrophe avec le soutien de plusieurs autres pays arabes. En Syrie et en Irak également où le régime iranien a même déployé des hommes pour soutenir les gouvernements en place, chiites bien évidemment. Au Liban, finalement, où Téhéran soutien le groupe armé et parti politique Hezbollah, fervent chiite lui aussi. Continuer la lecture de Le Moyen-Orient n’en est pas à bout de ses difficultés

« Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

Le Regard Libre N° 33 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Ploukitudes donne matière à penser. L’ouvrage est bouleversant tant il touche un point intime de l’homme, à savoir son côté plouc. Il a fallu qu’un philosophe (Jean Romain) et un journaliste (Stéphane Berney) travaillent ensemble pour peindre la société dans ses revers les plus absurdes et tragiques, à travers leur analyse sociologique. Rencontre dans un café plouc de la gare de Genève.

L. M. et J. F. : Qu’est-ce qui vous a poussés à écrire ensemble le livre Ploukitudes ?

Jean Romain : Je publiais des billets sur Facebook, pour constituer une sorte de manuel pratique de ploukitudes par petits épisodes. Stéphane Berney m’a alors contacté pour m’exposer son idée de transformer cette succession de billets assez disparates en un ouvrage plus structuré.

Stéphane Berney : Il y avait quelque chose de très puissant dans ses billets. Je trouvais que c’était dommage de ne les laisser qu’à Facebook, car ce sont des idées qui résument beaucoup de choses sur la société actuelle, et on voit d’ailleurs que le livre est en train de prendre son envol.

L’idée de base, c’est le plouc. Qui est-il ?

J. R. : Le plouc n’est ni le beauf, ni le con. C’est une personne qui essaie de se mettre à la mode parce qu’elle se sent larguée. Continuer la lecture de « Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

« Calabria », un retour à soi

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

Le rapatriement d’un ressortissant italien, depuis la Suisse où il travailla vers son village natal de Calabre, donne le prétexte à un road movie dans lequel naît un dialogue entre les deux croque-morts chargés de ramener le défunt. Jovan et José ont, tout comme l’italien qu’ils ramènent à son origine, émigrés en Suisse.

L’un tzigane et anciennement chanteur à Belgrade, l’autre originaire du Portugal, intéressé par la culture et avare de paroles, se rencontrent et échangent à mesure que les kilomètres les séparant du cimetière s’amenuisent. De station service en hôtel, d’autoroutes en chemins de campagne, le corbillard créé un espace d’intimité et de confiance, permettant à une complicité toute tolérante de naître, presqu’en huis clos.

Un voyage dans le temps

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« Borg/McEnroe »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Au tennis, l’important c’est comment on gagne. »

Björn Borg est la superstar du tennis. Après avoir remporté quatre Wimbledon d’affilée, il vise le cinquième. La pression qui l’habite est telle, que le tennisman, de nature impassible, en vient à douter de lui, au point de souffrir physiquement d’angoisse et de remettre en cause la totalité de son parcours de champion. Face à lui, se trouve l’intempestif mais non moins talentueux John McEnroe. Les deux dieux du court, s’affrontèrent en finale du prestigieux tournoi le 5 juillet 1980.

Janus Metz Pedersen réussit à rendre son film accessible à tout étranger du tennis. Certes, les passionnées y trouvent davantage leurs marques ; pourtant l’histoire tient quasiment le sport pour prétexte. C’est principalement la quête de deux hommes face à la gloire qui est racontée. Et le scénario léger mais ponctué de puissantes sentences le laisse bien transparaître. Sa construction par de nombreuses analepses sur les jeunesses respectives de Borg et McEnroe accentue encore le trait. Continuer la lecture de « Borg/McEnroe »

« Les Grandes Traversées », du cancer au grand passage

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Le cancer c’est… un mot insupportable. »

Françoise Maye vit sa phase terminale. Son fils, David, l’accompagne dans la traversée caméra sur l’épaule, par un documentaire sans prétentions. Alors qu’une existence en est à son crépuscule, une autre voit le jour. La sœur de David met au monde une petite-fille, qui comble de bonheur les derniers mois de vie de la grand-mère. Le mari de Françoise, quant à lui, s’attèle à la restructuration de la cuisine.

Le petit film de soixante-six minutes pourrait faire penser à une vidéo d’amateur, publiée en guise de témoignage. En réalité, même si la forme reste des plus sobres, le réalisateur devenu orphelin de sa mère raconte non seulement l’union d’une famille toute entière face à la maladie, mais aussi le bilan d’une vie simple qui s’éteint dégustant aux souvenirs ineffaçables par des photographies. Continuer la lecture de « Les Grandes Traversées », du cancer au grand passage

Sophia : citoyenne d’avenir ?

Les lundis de l’actualité – Hélène Lavoyer

Les sciences fictions de tous domaines ont fantasmé sur leur arrivée, les conséquences de leur présence, les dangers ou la simplification dont ils pourraient être les acteurs. Présents pour la première fois dans une pièce de théâtre du tchèque Karel Capek[1], les robots sont aujourd’hui des composants inhérents à bien des domaines, de l’automobile à la cuisine.

Certes, le champ de la robotique s’est transformé et étendu jusqu’à la vie quotidienne ; cependant, ce que l’avenir réserve ouvre des possibles qui n’avaient jusqu’ici existé que dans l’imaginaire de l’homme.

En réalité, l’ère des robots à l’intelligence artificielle (abrégé « I.A.»), capables d’apprendre et de simuler un cerveau humain, de réagir à son environnement en temps réel ou de mettre en relation des évènements afin de déduire la situation postérieure, a déjà commencé.

Bien que pas encore immiscée dans notre quotidien, des recherches comme celles du projet Blue Brain de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) ou de la société Hanson Robotics – recherches unissant les connaissances de neurologues, biologistes, informaticiens et ingénieurs, entre autres – permettent de toucher l’idée d’une vie avec des robots pas comme les autres. Continuer la lecture de Sophia : citoyenne d’avenir ?

Les élites en Suisse, du XXe siècle jusqu’à nos jours

Le Regard Libre N° 33 – Nicolas Jutzet

Longtemps terre d’émigration, la Suisse, dans sa forme moderne, a su devenir un modèle qui fait recette. Et qui attire, depuis la fin du XIXe siècle, de nombreux ressortissants d’autres pays. Les raisons de ce succès sont connues, ses acteurs, eux, beaucoup moins. Qui furent les puissants du pays ? Et qu’en-est-il aujourd’hui ?

Jusque dans les années quatre-vingt, le profil sociologique type du membre de l’élite économique pouvait se résumer de la façon suivante : un homme, blanc, avec un grade à l’armée, ayant effectué des études de droit ou d’ingénierie, actif en politique et issu d’une famille bien établie.

Les femmes laissées de côté

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