« Le sang », extrait n° 3

Le Regard Libre N° 27 – Sébastien Oreiller

Chapitre I : La Perte (suite)

Il avait pensé que la fille le soignerait, comme autrefois, avec son cortège charnel et son souffle sur sa nuque ; qu’il pourrait cueillir sur ses lèvres le goût de sa jeunesse. Mais le baiser ne lui laissa qu’un goût amer, comme quelque chose de faux. Pour la première fois, il avait volé, il avait usé de la force, de la brutalité presque, pour obtenir ce qu’il voulait. C’était peut-être ça, être un homme, et il le détestait. Faire usage de sa brutalité et l’apprécier encore plus qu’elle. Prendre et ne rien demander ; prendre et ne rien laisser.

Naguère, il avait fallu qu’elles vinssent le chercher, timide, derrière un sourire. Non pas qu’il les craignait, non pas qu’il les fuyait. Mais parce qu’il aimait se faire aimer et qu’il les aimait mieux en retour, plus faible et peut-être plus beau jusque dans l’étreinte, secrète, promesse des nuits lucides comme celle-ci. Des nuits d’été quand il fait encore chaud, et que la ferveur religieuse pousse à l’exaltation de ce qui est grand, l’exaltation dans le silence, sans plus de parure aucune que la peau nue sous les corps, dans la nuit sans voile. Continuer la lecture de « Le sang », extrait n° 3

« Le désert… c’est comme l’idée de l’éternité », mars 1970 – août 1979

Le Regard Libre N° 27 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (6/6)

Riches et profondément attachants que ces Jours fastes s’étendant de 1942 à 1979. La correspondance des deux époux écrivains Corinna Bille et Maurice Chappaz s’achève dans les parfums d’Afrique et les couleurs d’Asie par le cinquième chapitre : « Le désert… c’est comme l’idée de l’éternité » (1970 à 1979).

L’Afrique post-familiale

« Mais le désert, Maurice, le désert… c’est comme l’idée de l’éternité qu’on ne peut comprendre avant de la vivre. »

Telle est la première impression marquante du voyage de Corinna vers l’Afrique. Le désert. Contemplé dans l’éternité d’un regard ébloui au hublot. L’aventurière n’est pas au bout de ses surprises. Elle a encore tout à découvrir du nègre continent. De plus, les retrouvailles avec son fils Blaise, établi à Abidjan pour le travail, ne sont qu’un prétexte trop heureux. Continuer la lecture de « Le désert… c’est comme l’idée de l’éternité », mars 1970 – août 1979

« Les Fantômes d’Ismaël » ou le passé qui nous rattrape

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 5 juin 2017, 20h30 – 21h00

« Ne sois pas jalouse des fantômes, ma chérie. »

Vingt et un ans, huit mois et six jours que Carlotta (Marion Cotillard) a disparu. Son mari, Ismaël (Mathieu Amalric), imbibe d’alcool son deuil inassouvi. Son père, Monsieur Bloom (Laszlo Szabo), vit dans l’horreur constante d’imaginer voir sa fille partout. Et voilà qu’elle ressurgit d’entre les morts, sereine. « Je suis partie seule. Je sais plus pourquoi. »

Elle apparaît un après-midi de soleil doux, sur une plage limpide de Bretagne. Seulement, cela fait deux ans qu’Ismaël est sur une voie – maladroite – de reconstruction. Il a rencontré Sylvia (Charlotte Gainsbourg), une astrophysicienne austère et maternelle. Le fantôme, s’imposant d’un élan naïf et blessé, triangule la relation amoureuse. Continuer la lecture de « Les Fantômes d’Ismaël » ou le passé qui nous rattrape

Point final pour Fabrice A. ?

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

L’affaire « Fabrice A. » n’a pas fini de donner les frissons. Le psychopathe en question avait égorgé sa sociothérapeute, Adeline, le 12 septembre 2013. Après un premier jugement annulé en janvier dernier pour « un évident parti pris contre le prévenu », selon les dires de la défense, le second procès s’est tenu la semaine dernière.

La situation est toujours aussi délicate et révoltante. Alors que les experts psychiatres ont témoigné d’une possibilité de changement sur le long terme pour Fabrice A., la partie plaignante continue de traîner sa souffrance, son insatiété. Soif de justice oblige. Le verdict est attendu pour mercredi.

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Soyons prudents avec le concept de réchauffement climatique

Le Regard Libre N° 27 – Florent Aymon (notre invité du mois)

Le réchauffement climatique, cause de la hausse du niveau des océans, de la migration de masse, de la disparition de certaines espèces polaires, de tsunamis en Asie, de tremblements de terre en Amérique du Sud, etc. Il a bon dos, ce réchauffement climatique, auquel on attribue tous les maux. D’autres facteurs empiriques doivent néanmoins entrer dans les champs d’explication. Nous allons ici nous concentrer sur deux exemples concrets : les ouragans, et l’avenir des migrations dues au climat.

De nombreux spécialistes estiment que les pertes économiques liées aux ouragans ont augmenté parce que le réchauffement climatique rend ce genre d’événement plus fréquent. Par ailleurs, de nombreux dirigeants politiques pensent que, dans les années à venir, en raison du réchauffement climatique, les migrations internationales vont augmenter. Selon Stuart Lane, professeur de géographie à l’Université de Lausanne, un moyen de constater les pertes économiques liées aux ouragans sont les coûts pour les assurances après le passage d’un de ceux-ci. Après investigations, il découvre qu’entre 1890 et 2010, ces coûts ont en effet tendance à s’accroître. Cependant, il estime nécessaire d’introduire d’autres facteurs que l’unique changement climatique pour expliquer l’avenir des migrations et des ouragans au XXIe siècle.

Le nombre d’ouragans croît-il vraiment  ?

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Le réchauffement climatique, un défi économique

Le Regard Libre N° 27 – Nicolas Jutzet

Il existe un consensus parmi les spécialistes de la thématique : si nous ne changeons rien, nous allons sous peu faire face aux lourdes conséquences induites par une augmentation de la température moyenne non maîtrisée. Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) prévoit une augmentation de la température moyenne de 2,5° à 7,8° C. avant la fin du siècle. Le consensus scientifique postule que la limite supérieure qui serait gérable et acceptable pour l’humanité se réduit à une augmentation de 1,5° à 2° C. maximum. Par ailleurs, il s’accorde sur l’origine humaine du réchauffement climatique.

Parvenir à atteindre cet objectif nécessitera des efforts considérables. La tâche s’annonce ardue car ni la croissance démographique, ni le souhait légitime des pays émergents d’atteindre un niveau économique semblable aux actuels pays développés n’aidera. Au contraire. Le problème est reconnu depuis la fin du XXe siècle, mais malgré les bonnes intentions des diverses parties impliquées, difficile d’identifier à ce jour un réel mouvement global à même de changer la donne. Quelles sont les raisons de ce surplace ? Continuer la lecture de Le réchauffement climatique, un défi économique

« Et les mistrals gagnants », une leçon de bonheur

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 5 juin 2017, 20h30 – 21h00

Un film sur l’instant présent, sur le bonheur, sur l’enfance, sur l’humanité, sur la maladie. Et les mistrals gagnants est tout cela à la fois. Ce documentaire signé Anne-Dauphine Julliand réunit toutes les qualités d’un bon documentaire, et propose un regard non pas sur les maladies graves touchant les enfants, mais sur les enfants touchés par les maladies graves. Des enfants respirant la joie de vivre. Un chef d’oeuvre que cette mise en lumière d’enfants gravement malades mais heureux.

C’est justement ce mais qui est questionné dans le long métrage. Centré sur cinq enfants malades ayant entre six et neuf ans, le film ne les porte pas pour autant. C’est eux qui portent le film. Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual donnent tout simplement une leçon bouleversante au spectateur. Une leçon de vie. Le bonheur est à la portée de chacun, et il ne consiste pas en la somme maximale de plaisirs : il est une foi dans l’existence, avec tout ce qu’elle comporte. Continuer la lecture de « Et les mistrals gagnants », une leçon de bonheur

Manuel Valls, symbole d’un monde qui meurt

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Le grand perdant de la primaire de la gauche, qui avait pris ses distances avant même le premier tour avec sa famille politique, semble perdu. Isolé. Lâché par son ancien parti, logiquement courroucé pour son infidélité, le voici (à nouveau) refoulé par En Marche! qu’il pensait rejoindre, empruntant un tapis rouge. Mais rien n’y fait, le prétendant ne trouvait pas, et ne trouve toujours pas, malgré son passé, son expérience, ses relations, son rôle de Premier Ministre, grâce aux yeux du symbole du renouveau. Pris entre le marteau et l’enclume, Manuel est seul, abandonné.

Triste sort pour celui qui avait milité auprès du Président sortant pour faire entrer ce technocrate ambitieux dans son gouvernement. Avec lui, il allait faire des réformes, pouvoir se profiler comme le « Schröder » français. Quelques mois et quelques impertinences distillées dans une presse complaisante plus tard, voilà Valls dépassé. Ringardisé par ce nouveau venu qui contrairement à lui sait convaincre, sait plaire et écouter. Bref, incarner ce renouveau qu’il voulait porter. La loi Macron, qui avait une majorité pour la faire passer par simple votation, servira de réponse. Valls emploie le 49-3 pour torpiller l’image et le travail de titan fourni en coulisse par le jeune arrogant. Mais rien n’y fait, la dynamique ne s’inverse pas. Valls est piégé. Entre un Président en disgrâce et la coqueluche des médias, il ne reste que peu de place pour celui qui se rêvait en synthèse des deux. Il voit l’étau se refermer. Continuer la lecture de Manuel Valls, symbole d’un monde qui meurt

La ballade de Jim Harrison

Le Regard Libre N° 27 – Léa Farine

« Le plus souvent, rien de particulier ne me tracasse, du moins rien qui ne soit aussitôt rectifiable, rien d’autre que le besoin de faire un pas de côté loin de ma vie pendant un ou deux jours et de marcher en pays inconnu. Peu après l’aube, équipé d’une carte de la région, je me promène dans les champs déserts, les canyons, les bois, mais de préférence près d’un torrent ou d’une rivière, car depuis l’enfance j’aime leur bruit. L’eau vive est à jamais au temps présent, un état que nous évitons assez douloureusement. » (Jim Harisson, En Marge)

Le temps présent – voilà peut-être ce qui caractérise le mieux l’œuvre de Jim Harrison. Cet écrivain et poète américain, né en 1937 dans le Michigan et mort en 2016, use du langage comme d’un matériau brut, presque physique, qui fait voir et fait sentir sans jamais verser dans une esthétisation trop artificielle.

Son confrère Yann Queffelec écrit dans Le Nouvel Observateur en 1981 : « Le style est à lui seul un chef-d’œuvre, une leçon pour auteurs français plus habiles à sodomiser les mouches de la ponctuation, à sacraliser des arguties qu’à livrer une inspiration urgente. » Que l’auteur décrive les grandes plaines et forêts américaines, ses parties de chasse en solitaire, les grandes beuveries qu’il affectionne, ou l’existence et les rêves de ses personnages, c’est toujours avec chair, avec sang, avec bruits et odeurs – ça vit. Continuer la lecture de La ballade de Jim Harrison

« Le Procès du siècle » et l’exigence de vérité

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une rubrique partenaire de Cinérevue, l’émission cinématographique de NeuchVox. Prochain direct : lundi 5 juin 2017, 20h30 – 21h00

« La voix de la souffrance sera entendue. »

Le professeur Deborah Lipstadt (Rachel Weisz) enseigne l’histoire et la littérature juives à l’Université Emory d’Atlanta. La mémoire de l’Holocauste n’est, pour elle, pas seulement une tâche de son métier. C’est un devoir moral. Une vérité à reconnaître comme telle. L’historien anglais à succès, David Irving (Timothy Spall), n’a pas choisi la même direction. Il préfère « remettre en cause les affirmations de la bien-pensance », selon ses dires. Cette témérité le mène progressivement jusqu’au négationnisme pur et dur. Il est prêt à tout pour proclamer sa construction idéologique au sein des plus hautes sphères intellectuelles. Résultat : il colle un procès à sa rivale sémite, qui a impunément critiqué ses ouvrages. Sans concession.

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